Les frères AUBRY, fondeurs de cloches ambulants ; de la Lorraine à l’Anjou en passant par le Poitou

Dans le cadre du Généathème de mai, voici ce qui au départ devait être la vie de Louis AUBRY fondeur de cloches et de canons appointeurs, mais qui est devenu l’histoire de toute une fratrie…


Mariage à Corzé, domicile à Seiches…

Le 23 septembre 1732 à Corzé, Louis AUBRY épousait Louise LEPAGE. L’acte précise l’origine de l’époux qui est qualifié de marchand fondeur de cloches ; il est natif de Levécourt en Lorraine.

Corzé – (AD49)

Le vingt et troisieme jour de septembre mil sept cent trante deux appres la publication des bans une fois seulement faitte dans cette églize et celle de Seiches […] j’ai vicaire sousigné fiancé et epousé le mesme jour Louis AUBRY marchand fondeur de cloche, agé de quarante trois ans de la paroisse de Seiche depuis neuf ans et natif de Levescourt en Lorainne […] lequel dit AUBRY est fils de defunct Pierre AUBRY et de defuncte Janne GUILLOT […] et Louise LEPAGE, fille de Pierre LEPAGE et de Louise PAQUIER […]

Naissance en Lorraine

Louis AUBRY est le fils de Pierre AUBRY, fondeur de métal, et de Jeanne GUILLOT. De nos jours Levécourt se situe en Haute-Marne. On trouve, effectivement, dans les registres de cette commune, les actes de baprtême de plusieurs de leurs enfants :

  • Nicolas AUBRY, baptisé le 20 février 1669.
Acte de baptême de Nicolas AUBRY, 20 février 1669, Levécourt – (AD52)
  • Jeanne AUBRY, baptisée le 3 juillet 1671.
  • Anne AUBRY, baptisée le 15 janvier 1673.
  • Marie AUBRY, baptisée le 15 août 1675.
  • Claude AUBRY, baptisé le 6 novembre 1678, décédé le 10 février 1692 à l’âge de 13 ans.
  • Pierre AUBRY, baptisé le 2 novembre 1681.
  • Louis AUBRY, baptisé le 19 septembre 1685.
Acte de baptême de Louis AUBRY, 19 septembre 1685, Levécourt – (AD52)

Si les filles AUBRY sont restées à Levécourt et s’y sont toutes les trois mariées, tous les fils AUBRY, quant à eux, ont émigré dans l’Ouest de la France, en Anjou, en Poitou ou en Touraine. L’aîné des frères AUBRY, Nicolas, s’est marié à La Guerche, en Indre-et-Loire en 1699.

Extrait de l’acte de mariage de Nicolas AUBRY, 9 février 1699 – (AD37)

« … entre Nicolas AUBRY Maître fondeur de cloches fils de feu Pierre AUBRY vivant Maître fondeur de métal et de Jeanne GUILLOT ses père et mère de la paroisse de Levécourt, diocèse de Toul en Lauraine comme appert par le consentement deladite GUILLOT mère dudit AUBRY… »

Son frère Pierre, qui alors n’avait pas encore 20 ans, était présent à ce mariage.

Signatures des frères AUBRY, Nicolas et Pierre, 9 février 1699, La Guerche – (AD37)

Quelques années plus tard, en 1715, Pierre AUBRY se marie aux Aubiers – actuellement dans les Deux-Sèvres – avec Françoise AUDET.

Table des mariages, Les Aubiers, Deux-Sèvres – (AD79)

Les registres des Aubiers n’ont pas été conservés avant 1742 (sauf erreur de ma part car il est difficile de se repérer dans les différentes appelations des Aubiers…). Une table des mariages indique néanmoins très clairement que Pierre AUBRY épousait Françoise AUDET le premier octobre 1715. Cette dernière est morte en couches deux ans plus tard en mettant au monde Charles, son fils, qui sera lui aussi, plus tard, fondeur de cloches et s’établira également aux Aubiers.

Louis, petit dernier des frères AUBRY qui, comme on l’a vu plus haut, s’est marié à Corzé en 1732, a suivi les traces de ses frères ainés devenant fondeur de cloches comme eux, mais s’établissant quant à lui, dans le Maine-et-Loire à Seiches-sur le-Loir.

En 1735, à l’occasion du baptême de sa fille, il est dit non seulement fondeur de cloches, mais aussi fondeur de canon « apointeur ». (J’ai trouvé un certain nombre d’informations sur les fonderies de canon, mais rien au sujet du canon « apointeur »…).

Baptême de Louise Perrine AUBRY, fille de Louis AUBRY, 13 mars 1735 – (AD49)

Deux ans plus tard, Louis a un nouvel enfant, un garçon auquel il donne pour prénoms le sien et ceux de ses frères réunis : Pierre Louis Nicolas, baptisé le 29 avril 1736 à Seiches-sur-le-Loir.

Baptême de Pierre Louis Nicolas AUBRY, 29 avril 1736, Seiches-sur-le-Loir – (AD49)

Je n’ai pour l’instant rien trouvé sur le devenir des deux enfants de Louis…

Une curieuse coïncidence

Pierre et Louis AUBRY, bien qu’en des lieux différents, sont tous deux morts le même jour, le 6 avril 1744. Louis, qui avait 58 ans, est mort subitement à Seiches.

Acte de sépulture de Louis AUBRY, 7 avril 1744, Seiches-sur-Le-Loir – (AD49)

Son frère, Pierre, avait 62 ans. Il est mort aux Aubiers, à une centaine de kilomètres de son frère…

Acte de sépulture de Pierre AUBRY, 7 avril 1744, Les Aubiers – (AD79)

Les cloches des frères AUBRY

Les cloches des frères AUBRY n’ont pas échappé, bien-sûr, à Célestin Port. Voici ce qu’il écrit à leur sujet dans son ouvrage Les artistes angevins, peintres, sculpteurs, maitres-d’œuvre, architectes, graveurs, musiciens, d’après les archives angevines paru en 1881.

On peut lire en effet dans les registres de Bauné à la date du 9 novembre 1693, un acte qui signale la bénédiction d’une cloche de l’église de la paroisse et qui cite Nicolas AUBRY comme fondeur de celle-ci.

« … bénédiction de la grosse cloche de cette église fondue de mercredy dernier par Nicolas AUBRY, natif de la Province de Lorenne, paroisse de Levécourt, Diocèse de Thou, lequel par erreur auroit mis en chifre sur la ditte cloche l’année mil six cent quatre vingt douze pour quatre vint treize… »

En 1693, Nicolas AUBRY a 24 ans. Ses frères sont encore très jeunes et sont encore sans doute en Lorraine. Quand se sont-ils retrouvés tous les trois en Anjou ? Difficile de le dire. Néanmoins, en 1699, Pierre est déjà auprès de Nicolas (Voir plus haut son acte de mariage à La Guerche) et Louis n’a sans doute pas tardé à les rejoindre…


En 1718, il semble que les trois frères enfin réunis aient réalisé ensemble plusieurs cloches. L’acte de Denézé-sur-le-Lude dont fait mention Célestin Port stipule en effet :

« … lesquelles cloches ont esté fondues le dix neuf du présent mois, par Pierre, Louis et Nicolas AUBRY maistres fondeurs demeurants paroisse des Aubiers en Poittou... ».

Bénédiction des cloches de Denézé-sur-le-Lude, 24 mars 1718 – (AD49)

Malheureusement, il ne peut s’agir de l’aîné des frères AUBRY, Nicolas. Celui-ci en effet est mort avant le 23 février 1715, date à laquelle sa veuve, Anne CIRE, se remarie avec Louis COSSÉ à La Guerche.

S’agit-il de son fils né en 1706 et qui aurait eu donc 12 ans ? Peut-être… à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’une erreur… Quoi qu’il en soit, je n’ai pas retrouvé l’acte de décès de Nicolas, ni aux Aubiers ni à La Guerche… mais j’ai retrouvé sa marque, telle qu’il la gravait sur les cloches qu’il fondait. (Merci Gallica !)

Revue Poitevine et Saintongeaise, 1890, numéro 82 – (GallicaNnF)

Il existe d’ailleurs un ouvrage qui recense toutes les cloches poitevines fondues par les frères AUBRY – celles de Nicolas et Pierre du moins, car aucune en Poitou n’est signée de Louis – et par le fils de Pierre, Charles AUBRY. [Lire en ligne sur Gallica]

D’autre part, certains indices – toujours sur Gallica – laissent supposer que Nicolas AUBRY, avant même de gagner la Touraine, le Poitou et l’Anjou, a tout d’abord été apprenti en Limousin ; il aurait fondé en 1886 une cloche pour l’église de Maison-Feyne dans la Creuse, et une autre, en collaboration avec un certain J. Roche, en 1714 pour celle d’Azat-Le-Riz en Haute-Vienne. (Malheureusement les registres des deux communes ne sont pas disponibles pour ces dates-là. Dommage ! J’y aurais peut-être trouvé l’acte de décès de Nicolas Aubry, disparu avant 1715…).


Notes, Sources et Liens

1881

Célestin Port, Les artistes angevins, peintres, sculpteurs, maitres-d’œuvre, architectes, graveurs, musiciens, d’après les archives angevines [Lire en ligne]

1886

Dans le Dictionnaire des fondeurs, ciseleurs, modeleurs en bronze et doreurs, depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque actuelle, paru en 1886, d’Alfred de Champeaux (1833-1903), qui reprend les informations données par Célestin Port dans ses Artistes Angevins, on peut lire à l’entrée AUBRY :

Aubry (Charles), des Aubiers, fondit, le 27 octobre 1767, la petite cloche de la Chapelle-soys-Doué.

Aubry (Nicolas), maître fondeur de Lenoncourt, en Lorraine, refondit, en 1693, la cloche de l’église de Beauné, dont la matière était fournie par Guyot d’Angers ; il fit, en 1706, celle de l’église de Saint-Pierre, de Doué. Il s’était fixé aux Aubiers avec ses deux frères, Pierre et Louis, et on les voit appelés à Denezé-sous-le-Lude (1718) pour y fondre, du même coup, sept cloches pour les paroisses de Dénézé, de Chigné, de Cholonnes et de Noyant. Louis était établi à Seiches (1732) en qualité de fondeur de cloches et fondeur de canon apointeur. (pp.42-43) [Lire en ligne sur Gallica]

1889

Joseph Berthelé (1858-1926) dans son ouvrage Recherches pour servir à l’histoire des arts en Poitou paru en 1889, a consacré un chapitre entier aux cloches poitevines fondées par la famille AUBRY, en particulier Nicolas AUBRY, son frère Pierre AUBRY et le fils de ce dernier, Charles AUBRY. [Lire en ligne sur Gallica]

1896

Joseph Berthelé publie le Carnet de voyage d’un antiquaire angevin dans lequel il évoque de nouveau les frères AUBRY en mettant à jour et en corrigeant les informations données par Célestin Port et par lui-même dans son ouvrage précédent. Je cite : Les Aubry, fondeurs de cloches, d’origine lorraine, – gens vagabonds comme tous les fondeurs de cloches d’autrefois, et probablement gens de talent, comme la plupart des fondeurs de Lorraine, – étaient venus établir leurs pénates au bourg des Aubiers, sur les confins du Poitou et de l’Anjou, à la fin du XVIIe siècle. (page 18) [Lire en ligne sur Gallica]

1903

Dans le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, qui publie un « Dictionnaire des fondeurs de cloches qui ont travaillé dans l’ancien diocèse de Limoges« , on peut découvrir plusieurs AUBRY :

GallicaBnF

La cloche d’Oradour-sur-Glane n’a pas pu être fondu par Louis AUBRY, qui n’était pas encore né, et celle de Saint-Sulpice-le-Dunois ne peut non plus être l’oeuvre de Nicolas AUBRY qui n’avait que 2 ans en 1671. Je pense donc qu’il existait un Nicolas AUBRY plus âgé, sans doute oncle des frères AUBRY – qui est d’ailleurs parrain de notre Nicolas AUBRY (voir son acte de baptême plus haut). La notice confond et mélange deux AUBRY prénommés Nicolas.

1903

Le même Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin signale que Jean ROCHE et Nicolas AUBRY ont fondu la cloche de l’église de Tarn, à Aixe-sur-Vienne (en Haute-Vienne), en 1691. [Lire en ligne sur Gallica]

1907

Le Bulletin de la Société archéologique de Touraine, signale une cloche fondue par Nicolas AUBRY à La-Chapelle-sur-Loire (en Indre-et-Loire), en 1895. Voici l’acte :

« …la grosse cloche de cette église qui a esté refondu par Nicolas Aubry et Bourbonois mestre fondeur qui sont du pais de Lorenne, elle peze cinq cens soixante huit livres… » – (AD37)

1912

Le Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, dirigé par Paul Ducourtieux (1846-1925), ajoute un supplément au Dictionnaire des fondeurs de cloches qui ont travaillé pour l’ancien diocèse de Limoges et signale l’existence de nouvelles cloches fondues par Nicolas AUBRY.

AUBRY (Nicolas) a fondu une cloche pour l’église de Maison-Feyne en 1686. Associé à J. Roche, il en fond une pour celle d’Azat-le-Riz en 1714.

Voir aussi :

La généalogie des frères AUBRY originaire de Lorraine dans mon arbre sur Geneanet. (A suivre…)

La fonderie Cornille Havard, de Villedieu-les-Poêles (Manche). Site d’une fonderie traditionnelle. Vous pourrez y découvrir en particulier les différentes étapes de fabrication d’une cloche.


7 réflexions sur “Les frères AUBRY, fondeurs de cloches ambulants ; de la Lorraine à l’Anjou en passant par le Poitou

  1. Notre famille Aubert de Corzé….
    Le 24 12 1679 à Corzé sépulture devant la grande porte de l’église de Jeanne Launay veuve de Nicolas Aubert vivant fondeur de cloches .
    Prés:Symphorien Launay SR son neveu.
    Mr Jacques de Lisle Md aussi son neveu,et plusieurs autres.
    AM Corzé BMS 1675-1683 (vue 106).

    Aimé par 1 personne

  2. E 1502.Carton.)-5 pièces,parchemin;35 pièces papier.
    1525-1781.
    -AUBERT.-Acquêt par noble homme Jean Guesdon de Mathurine Aubert,femme de noble homme Thibault Moreau,de tous ses droits dans la succession de messire Aubert,prêtre;-contrat d’acquêt par Pierre Aubert marchand fondeur et Renée Arondeau ,sa femme,de la maison de La Croix Blanche en Bressigny;testament de Thomas Aubert,curé de St Pierre d’Angers;accord entre Jean Aubert et sa femme Jehanne Moreau d’une part,et Renée Débonnaire,veuve de Joseph Aubert marchand;Licitation entre Guillaume Aubert et ses cohéritiers;contrat de mariage de Michel Aubert et de Jacquine Volleau;-acquêt par Guillaume Aubert,marchand de draps de soie,d’un logis en la rue Chaperonnière et d’une maison près la Roche-Foulques en Soucelles;-prisée des immeubles dépendant de sa succession;-abandon par Jeanne Aubert de tous ses biens à Perrine Giroust,veuve Jacques Jolly de La Blanchetière,et à Me Pierre-François Jolly ,à la charge d’être nourrie et entretenue par eux;-vente des meubles de Marie Badiet veuve de Jacques Aubert;-acquêt par Jean Aubert d’une maison à Montreuil-Belfroy;-par Françoise Brisset veuve de Claude Aubert d’un logis en Bressigny;-acte de société pour le commerce de draps de soie entre ladite veuve et Joseph -François Marchand son neveu;-partage de la succession d’André Aubert ,chanoine de Saint -Just de Châteaugontier,-renonciation de Bernard Maisonneuve ,capitaine commandant les milices du quartier du Bergue de Saint-Domingue à tout bénéfice de la communauté contractée par mariage entre Jeanne Maisonneuve ,sa soeur et Jacques Aubert de Chessé ,officier des milices.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! Cela fait rêver ! Comme j’aimerais pouvoir lire ces documents !

      Il y a aussi une archive sur les frères AUBERT maîtres fondeurs dans la série G (28 février 1597).

      A cette époque à Angers vivait Julien AUBERT maître fondeur, qui a eu douze enfants avec Germaine GUILLOYS dans la paroisse de Saint Martin d’Angers. Je le soupçonne d’être le père de Nicolas AUBERT, époux de Jeanne DELAUNAY…
      Il avait un frère, Pierre AUBERT marié à Françoise MARTIN (elle sait signer). L’un de leur fils, Mathieu AUBERT a épousé Elisabeth LEROYER (originaire de Pellouailles), toujours à Angers Saint-Martin ; il est dit être alors établi à Seiches…
      Laurent AUBERT, fils de Mathieu et d’Elisabeth LEROYER épouse à Jarzé Hélène GIRARD le 8 novembre 1637. Le couple vit à Corzé…

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  3. Notes déjà transmises en 2015…
    Avec mes excuses.
    Par contre,Renée Arondeau femme de Pierre Aubert,fondeur de cloches ,m’intrigue !
    Pour moi une Renée Arondeau X le 24 1 1656 à Corné avec Pierre Surget (ancêtres à la 11 géné) ?

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