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Tiercé – Dictionnaire Historique du Maine-et-Loire, Célestin Port (1878)

Annexe de l’article TIERCÉ

Célestin Port, Dictionnaire Historique du Maine-et-Loire, 1878

Tiercé, chef-lieu de canton, arr. d’Angers (20 kil.). – Teceium 1236 (H Chaloché, t. II, p. 66), 1263 (Ib., t. III, p. 237) – Tysceium 1244 (Ib., p. 82) – Tyceium 1263 (H Toussaint, ch.or.) – Parochia de Tieche 1272 (H.-D. B 92, f.8) – Tieceium 1296 (Ib., B 66) – Treceyum  1326 (G 16). – Tierceium 1362, Terce, Tierce 1370 (H. Toussaint). – Prioratus curatus de Tierceio 1362 (Ib.).  – Entre la Sarthe à l’O. et le Loir à l’E. – Briolay (6 kil.1/2) au S., Soucelles (7 kil.) au S.-E., Montreuil-sur-Loir (5 kil.), Seiches et Baracé à l’E., Daumeray (14 kil.) au N., Etriché (4 kil. 1/2) au N.-O., Cheffes à l’O., outre-Sarthe.

Au bourg se concentrent, en s’entrecroisant, les chemins de grande communication d’Angers à Morannes et de Seiches à Thorigné, – le premier montant du S. au N., le second traversant de l’E. à l’O. et rejoint aux premières maisons du bourg par le chemin d’intérêt commun de la Bohalle, – tandis qu’au coeur de la partie orientale se rencontrent ceux de Durtal à Tiercé et de St-Laurent-des-Mortiers au Loir. – Une station du chemin de fer de l’Ouest s’arrête au bourg, derrière l’église.

A l’Ouest la Sarthe enveloppe extérieurement le territoire en formant deux belles îles vis-à-vis Portebise et en fécondant tout du long d’admirables prairies ; – un premier pont la traverse en communication par une levée avec le pont de Cheffes ; – à l’Est une courbe du Loir forme limite sur deux kilomètres, où afflue un ruisselet descendant des alentours vers l’Ouest de la Bennerie. – Y naissent les ruisseaux de la Filière-de-l’Etang et de l’Etang-Pené.

En dépendent les villages et hameaux de Portebise (39 mais. 117 hab.), de Bourienne (16 mais., 65 hab.), de la Mariochère (11 mais., 37 hab.), du Haut-de-Cimbré (11 mais., 33 hab.), de la Coutardière (11 mais., 33 hab.), du Rocher (17 mais., 57 hab.), du Petit-hardy (10 mais., 30 hab.), de la Perronnière (11 mais. 30 hab.), de la Guimeraie (10 mais., 29 hab.), du Carrefour (9 mais., 27 hab.), des Simonnières (9 mais.n 26 hab.), de la Chaussée (9 mais., 40 hab.), de la Marsilière (7 ais., 35 hab.), de la Cuetterie (8 mais., 24 hab.), d’Idré (5 mais., 12 hab.), de l’Ormeau (6 mais., 24 hab.), des Picardières (5 mais. 16 hab.), de l’Artusière (8 mais., 25 hab.), de la Vieillère (6 mais., 23 hab.), de la Fruitière (9 mais., 24 hab.), des Guiniers (7 mais., 24 hab.), de la Juliennerie (7 mais., 21 hab.), de la Rabotière (7 mais., 21 hab.), du Brossay (7 mais., 18 hab.), de la Brénillère (8 mais., 21 hab.), de la Savatterie (7 mais., 22 hab.), des Chevrolleries (7 mais., 18 hab.), de Champagné (4 mais., 12 hab.), du Moulineau (5 mais., 18 hab.), de la Métairie (4 mais., 12 hab.), de la Roirie (5 mais., 18 hab.), de la Thibaudière ( 7 mais., 21 hab.), du Châtelet (5 mais., 15 hab.), de la Burelière (3 mais., 17 hab.), du Viel-Hêtre (5 mais., 16 hab.), de la Fourmière (6 mais., 14 hab.), de Launay (5 mais., 15 hab.), de la Croix-Trahin (3 mais., 10 hab.), de la Pinochère (4 mais., 10 hab.), de la Bretonnière (3 mais., 10 hab.), de la Ferrerie (6 mais., 18 hab.), des Cinq-Routes ( 4 mais., 12 hab.), des Maisons (5 mais., 17 hab.), de la Guérandière (3 mais., 11 hab.), de la Barbotière (3 mais., 11 hab.), des Coneries (5 mais., 16 hab.), de la Conraie (4 mais., 14 hab.), de la Fardelière (4 mais., 10 hab.), des Saulières (4 mais., 13 hab.), de Maquillé (3 mais., 9 hab.), les chât. de la Bennerie et de Cimbré et 56 fermes ou écarts.

Superficie : 3370 hect., dont 145 hect. de prairies, 90 hectares en vignes. Il existait encore en 1828, à la rédaction du Cadastre, 240 hectares de landes, aujourd’hui en pleine culture.

Population : 419 feux en 1720 – 431 feux, 1683 hab. en 1790 – 2023 hab. en 1831 – 1989 hab. en 1841 – 2026 hab. en 1851 – 2149 hab. en 1861 – 2250 hab. en 1866 – 2147 hab. en 1872 – 2201 hab. en 1876, en accroissement constant depuis trente ans, que promet d’entretenir le développement régulier des vives ressources du pays.

Le bourg (160 mais., 218 mén., 608 hab.), situé sur le rebord de la vallée de la Sarthe, longtemps avant d’être reconnu officiellement comme le chef-lieu du canton, en était devenu le centre réel, par la direction des principales voies, la création de la gare, la construction de la levée et des ponts de la Sarthe, qui en font le passage des communications des deux rives, – surtout par la richesse des revenus communaux (40000 fr.), qui ont permis rapidement de le transformer et de le doter d’un ensemble d’édifices rare même en des groupes d’importance supérieure.

Culture renommée de chanvres, de lins, de foins, de froment dans la vallée de la Sarthe ; – élève de bétail dans le Sénelais – carrière de sable au Tertre-Montchaud. – On signalait dès 1761 au Bureau d’Agriculture d’Angers un dépôt de marne près le bourg, qui n’a pas encore été exploité.

Foires autrefois le 1er vendredi de l’année – aujourd’hui le 25 avril et le 1er vendredi de mai. – Marché tous les vendredis, créé par arrêté du 11 septembre 189.

Belle Mairie neuve, – avec galerie latérale formant Halles couvertes, – construite par adjudication du 14 décembre 1874.

Ecoles communales laïques de garçons, bâties par adjudication du 22 juin 1865, petit monument-type, où sont réunies les élégances de l’art moderne aux exigences de tous les services scolaires et qui pourrait facilement être transformé en petit collège. – Une institution dirigée depuis 1800 à la Chapelle-St-Laud, par M. Jouanneau, avait été transféré en 1809 à Tiercé. – Ecole de filles (Sœurs de St-Gildas), construite en 1872 sur les dépendances de la nouvelle cure, au bord de la voie ferrée.

Gendarmerie construite en 1872 à l’entrée du bourg vers Sud.

L’Eglise, dédiée à Saint Marcel de Chalon (succursale, 30 septembre 1807, avec vicariat, 22 juin 1820), était devenue insuffisante. Un premier plan de l’architecte Richou, étudié en 1845, restaurait l’oeuvre antique, dont le chœur carré, à voûte plantagenet, et le clocher surtout du XIIe s. avec sa flèche de pierre dominant en hauteur de plus de 280 pieds le transept central, auraient mérité d’être conservés. Des influences diverses firent préférer en 1853 une seconde étude du même architecte, qui déplaçait l’édifice. Le terrain nouveau en fut acquis le 3 juin 1855 et l’adjudication des travaux, réalisée le 26 juin 1856, sur des devis qui promettaient de ne pas dépasser 100 000 francs et qui ont atteint là peu près le double, plus de 196 000 francs. Le premier adjudicataire s’y ruina et l’architecte, mort au courant des travaux, fut remplacé en novembre 1859 par M. Bibard, son associé déjà pour la direction spéciale de la décoration artistique et qui termina l’entreprise. L’oeuvre a été consacrée le 9 octobre 1861. Elle comprend, outre un porche, chargé d’un élégant triforium, une triple nef, de quatre travées, XIV e s., avec transept dont les ailes, closes vers les bas-côtés, ouvrent sur des absidioles en communication latérale avec les trois étroites travées du chœur et la principale abside. La chaire de pierre, taillée à jour avec compartiments et niches de saints, et le grand autel par Chapeau, les bénitiers, les confessionnaux, le baptistère, les statues qui entourent le chœur, par Moisseron, les peintures par Guyot, la sculpture des chapiteaux et le St Marcel du portail par Graneau, les vitraux par Thierry – tous artistes d’Angers – complètent l’ornementation dans un même goût d’élégance, qui touche à la coquetterie et où l’on sent trop l’imitation nullement naïve de la naïveté gothique. – On a malheureusement, lors de la destruction de l’ancienne église, brisé et perdu dans les fondations une belle pierre tumulaire, XIIIe s. portant l’effigie gravée d’un chevalier, avec inscription fruste – mais le Musée diocésain a recueilli, outre la première pierre du grand autel posée en 1676, une plaque de marbre noir portant inscrite en lettres d’or une fondation de Louis de Cheverue en date du 22 juillet 1674 avec ses armes : d’azur à 3 têtes de chèvres arrachées d’argent 2 et 1.

Un beau presbytère, dans un style approprié au voisinage de l’église,  a complété, par adjudication du 22 juin 1865, cette création monumentale d’édifices communaux, dûs également, cure, mairie, écoles, et pour partie église, aux plans et à la direction d’un même architecte, M. Bibard.

Aucune trace antique n’est signalée sur le territoire. La grande voie longeant la rive gauche de la Sarthe, du vieux Briolay aux Moulins-d’Yvré, et celle montant de la Roche-Foulques, se réunissaient certainement au bourg, tandis qu’un embranchement, dont la ligne dessine encore la limite orientale, remontait vers Baracé, rejoint par la voie venant d’Etriché au carrefour des Places-de-Marcé, V. ce mot. Il est singulier que pour ce pays enveloppé de fondations monastiques aucun texte ancien ne renseigne sur l’origine de l’église. On y voit constitués au XIIe s. une cure et un prieuré, ce dernier pourvu d’opulents revenus et dans la dépendance de l’Abbaye de Toussaint d’Angers, très-pauvrement dotée. L’évêque d’Angers, Nicolas Gellent, « pour soulager l’indigence de la mère avec l’opulence du fils » affecta en mars 1279 n. s., à la mense abbatiale une partie des rentes et domaines du prieuré, sans l’exempter d’aucune de ses charges, qu’il savait lui laisser très-tolérables. C’est sans doute par une conséquence prévue ou non de cette mesure souveraine que les deux bénéfices de la cure et du prieuré, mentionnés encore au XIVe s., arrivèrent à se confondre au XIVe s. en un prieuré-cure, auquel on attribue pour armoiries : D’argent à un chevron de gueules, accompagné en chef de deux flammes de même et en pointe d’un massacre de cerf et un chef d’azur chargé de 2 étoiles d’argent. – Au trumeau d’une cheminée de l’habitation on voyait encore en 1870 la notation sculptée de la musique du Domine salvum fac regem. – L’édifice est résé et son emplacement occupé par la mairie neuve.

Les registres de la paroisse ne remontent qu’à 1668.

Prieurs et Prieurs-curés : Guillelmus, 1345. – Thomas Lefelle, † en 1362 – Guillaume Troillet, nommé le 10 octobre 1632 – Pierre Marteau, 1400, 1419 – Jean Foli, 1444 – Jean Milleteau, licencié en droit canon, 1522 – Jean de Bouillé, 1540 – Jean de Breilrond, 1542, 1556 – René Haures, 1567 – Artus Verge, 1592 – Michel Charpentier, 1627 – François Davy, 1628 – Catherine de Cheverue, 1631, 1655 – Louis de Cheverue, 1664.1695, dont le nom reste attaché à de nombreuses fondations. Le 7 novembre 1676 l’évêque Henri Arnaud était venu présider à la consécration du nouvel autel et de l’église transformée. – Pierre Parigot, 1696, † le 2 juin 1720, âgé de 50 ans. – J. Houel, septembre 1720, maître ès-arts de l’Université de Paris, ancien prieur de l’abbaye et curé de St-Georges-sur-Loire, qui est inhumé le 26 février 1728, âgé de 52 ans. – Jacques Simon, prieur de N.-D. d’Harcourt et précédemment prieur-curé d’Argentré au Maine, installé le 8 mars 1728. – jusqu’au 10 mai 1746 – Charles-Hilaire Voisin, juillet 1746, qui résigne en janvier 1779, reste au prieuré et y meurt le 10 octobre 1781, âgé de 85 ans. – Toupelin, février 1779, précédemment curé de St-Laon de Thouars, – jusqu’en 1791.

Une partie du territoire se rattachait spirituellement à la chapelle de Selaine, V. ce mot, qui jouissait des privilèges de fillette de la paroisse. Le prieur-curé en avait cédé tout le temporel à l’abbé de Toussaint pour racheter diverses prestations, notamment le droit de gîte.

Il existait au bourg une confrérie dite de Toussaint dont le chapelain était tenu, au commencement du XVIIe s., « à monstrer et enseigner ordinairement et à escrire tant qu’à l’escolle qu’à l’esglize et en bonnes meurs », avec faculté de se faire payer chaque mois par les enfants, 1608.  – Le prieur-curé Louis de Cheverue ajouta aux divers services l’obligation pour le chapelain d’enseigner gratis six pauvres « auxquels il apprendra seulement la doctine chrestienne ». Le titulaire devait être natif de la paroisse, pourvu qu’il n’en fût pas vicaire, et choisi sur présentation des paroissiens. L’acte de fondation figurait, à la date du 12 juin 1684, jusqu’à ces derniers temps, dans l’ancienne église, transcrit en lettres d’or sur une plaque de marbre noir, qui a été recueillie au Musée diocésain. Le même bienfaiteur avait fondé deux ans auparavant une petite école dans le Selenais et donné d’autre part à la paroisse une somme de 2000 livres pour l’entretien à perpétuité d’un enfant aux écoles, jusqu’à ce qu’il fût en état d’être prêtre. – Une dame Jeanne Guibert, d’Angers, fit de son côté, le 21 juillet 1742, don à la fabrique du lieu de l’Aufrière, V. ce mot, pour contribuer à la subsistance et nourriture « d’une fille » qui devait faire gratuitement l’école aux filles pauvres. Ces deux fondations se maintinrent jusqu’à la Révolution.

Les barons de Briolay jouissaient des honneurs seigneuriaux dans l’église pour leur terre de la Motte en Tiercé, V.ce mot, titrée de châtellenie et vicomté, que Jules-Hercules de Rohan vendit le 17 juin 1762 à Philippe de la Lande, chevalier, seigneur de Cimbré, avec le bois du Breuil et le droit de pacage pour 300 moutons sur les communs du Bois-de-Main. Jacques-Alexandre, marquis de Brémont, gendre de l’acquéreur, en était seigneur en 1789.

A cette date le bétail manquait dans le pays ! Une énorme quantité de landes y restaient incultes et on avouait 400 pauvres vivant de la mendicité !

La paroisse dépendait de l’Archiprêtré de la Flèche, de l’Election d’Angers, du District de Châteauneuf, – et jusqu’en l’an VIII se trouva sous le coup des menaces et des exactions de la Chouannerie.

Maires : Poulain, 9 ventôse an XI. – Jacques Poisson de Gatines fils, 2 janvier 1808, démissionnaire le 12 février 1830. – Pierre Duffay, 18 août 1830  Adrien Poulain, 1832, démissionnaire le 7 janvier 1847 – René Poirier, 13 août 1848 – Ernest de Coislin, 8 juillet 1852, installé le 21 juillet – Victor Daligny, V. ce nom, 18 août 1856, installé le 26 – Rousseau, 1865 – Jacquelot, 1868 – Philippe Berthelot de Villeneuve, 1871, en fonctions, 1877.

Sources

Archives de M.-et-L. C 192 et 201 ; H Cartul. de Toussaint, f. 14-16. Le fonds du prieuré compte 6 volumes et 4 cartons. – Arch. comm.Et.-C. – Minutes Vallin, de Seiches. – Répert. arch., 1862, p. 46 et 127 ; 1868, p. 130, 325, 331. – Pour les localités, voir à leur article, Culay, Selaine, la Motte, la Bennerie, Aussigné, Boisalbert, St-Gautier, la Roche-Frémont, la Fontenelle, Cimbré, le Chaaigner, Maquillé, Biette, Portebise, les Places-de-Marcé, etc.

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