Baugé – Célestin Port, Dictionnaire Historique du Maine-et-Loire (1878)

Célestin Port, Dictionnaire Historique du Maine-et-Loire, 1878

Baugé, chef-lieu d’arrondissement et de canton. – Balgiacum castrum 1035-1060  – Balgi 1070-1080  – Belgiacum castrum xie s., xve s.  – Baugeium 1100-1120 – Via que a Balgiaco, castro comitis, ducit Andegavensis 1124-1126 – Balgeacense oppidum 1145-1149 – Castellum Baugeii 1159 – Castrum Baugeiacense 1150-1168 –  Baugi 1150-1154 – Tertrum de Bauge 1273 – Baugeium novum 1298.

Dans une belle vallée, sur la rive droite du Couesnon qu’un pont de pierre d’une seule arche de 12 mètres y traverse, construit en 1803, – au confluent de l’Altrée qui s’y réunit, caché durant 300 mètres, – sur l’emplacement en partie d’une ancienne forêt domaniale dont les restes couvrent les hauteurs de la commune et des communes avoisinantes – entre Montpollin (5 kil.) et Cheviré-le-Rouge (8 kil.) au Nord, Saint-Martin d’Arcé (3 kil.) et Pontigné (4 kil.) à l’Est, Bocé (3 kil. 300 mèt.) et Vieil-Baugé (2 kil.) au Sud et Sud-Ouest, Echemiré (5 kil.) à l’Ouest. – A 40 kilomètres d’Angers, 35 kilomètres de Saumur, 23 kilomètres de Lude, 16 kilomètres de La Flèche, 17 kilomètres de Durtal, 18 kilomètres de Seiches, 14 kilomètres de Beaufort, 18 kilomètres de Longué, 17 kilomètres de Noyant.

La loi du 20 mars 1854 a annexé à la commune l’allée Parage, à l’extrémité du faubourg St-Nicolas, jusqu’au château de la Gouberie, le Gault, à l’extrémité du Val Boyer, la route de Saumur jusqu’à mi-côte, et le quartier de Jérusalem sur la route de Tours.

Superficie : 655 hectares dont 260 hectares en bois. – La forêt domaniale qui contenait à elle seule 235 hectares 59 ares a été vendue par l’Etat le 25 septembre 1818 à M. Delaunay de la Mottaye pour le le prix de 10 300 francs et appartient aujourd’hui à M. D’Andigné.

Population : La ville « assez misérable »,  dit Colbert (1644), et « très peu considérable en toutes manières » contenait en 1699, d’après Miromesnil, 588 feux – 615 feux, 3700 habitants en 1720 – 520 feux en 1788 – 596 feux en 1790 – En 1836, 3400 habitants – En 1841, 3278 habitants – En 1851, 3329 habitants – En 1861, 3546 habitants – En 1866, 3562 habitants dont 1082 ménages dans 985 maisons.

La ville, pendant les quatre invasions du choléra de 1832, 1834, 1849 et 1854 a été complètement épargnée. On a attribué cette immunité à la proximité des forêts, qui pourtant n’a pas protégé Beaulieu. (V. ce nom).

Agriculture – Commerce – Le pays autrefois composé de forêts et de landes arides ne rapportait que misère. « Je vous baille ma rente de Baugé, c’est-à-dire rien du tout », c’était un dicton angevin. Encore en 1785 les forêts ne pouvaient être exploitées par défaut de rivières navigables. Le commerce des noix seul était estimé par an d’un produit de 300 000 écus.  – La culture s’y continue en grand des noyers, des châtaignieers, des peupliers ; blés, pommes, vins blancs, mûriers – commerce de toiles communes, d’étoffes de laine, d’ouvrages en corne de sabots, de fruits cuits, d’huile de noix et de chenevis – de bestiaux, surtout de porcs gras dont la vente annuelle se monte à plus de 3 000 000 de francs. – Le canal de l’Authion exporte les planches et charpentes confectionnées par l’industrie.

Foires : les lundis gras, lundi après Pâques, lundi avant la Pentecôte, lundi avant l’Assomption, lundi après la Toussaint, premier lundi de décembre, – sur le Champ de foire, acquis en 1811, nivelé et transformé en promenade en 1827 avec une partie du produit de la vente de l’hôtel de la Sous-préfecture – marchés les autres lundis, « les plus fameux de la province » dit une délibération du Conseil de ville du 24 mai 1657. – La mesure du pays comptait 100 chesnées à l’arpent de 10 boisselées, 6 boisselées au journal, 3 au quartier de vigne.

Un Abattoir a été construit en 1868, à l’Ouest de la ville, sur une rue nouvelle de l’allée Parage à la route de Beaufort, et livré aux bouchers le 1er novembre 1869.

Recette particulière et perception comprenant les communes de Baugé, Bocé, Vieil-baugé, Pontigné, Chartrené, Guédéniau et Cuon.

La Promenade a été plantée sur l’emplacement de l’ancien étang, comblé par autorisation du duc d’Estissac en 1764, et dont partie depuis longtemps était convertie en jardins, quoiqu’il y subsistât encore le moulin à foulon établi en 1547.

Sur une petite place centrale a été inaugurée le 20 décembre 1863 une jolie fontaine monumentale dite du roi René, formée d’une vasque circulaire au centre de laquelle une stèle (2 mètres 40 de hauteur) porte sur sa face principale le médaillon du roi René, à l’opposite les armes de la ville : d’argent au sanglier de sable baugé dans un buisson de sinople ; sur les deux autres, les attributs des arts et des lettres. – Le dessin de l’oeuvre est de Léon Rohard, de Trélazé, les sculptures d’Adolphe David, natif de Baugé même.

Baugé est d’ailleurs en l’état actuel une ville neuve, dont les rues écartées de la grande voie gardent seulement quelques grands hôtels des xvii è et xviii è s. et partout un aspect de couvent et de cloître. – Çà et la de rares logis arrêtent par quelque singularité plus antique. Sur une façade se lit en majuscule romaine : Anno maravilioso 1550 aue. li. deregho E toerto, inscription facile à comprendre mais non à interpréter. – Sur l’angle d’une autre maison : On a beau sa maison bastir, Si le Seigneur n’y met la main, Cela n’est que bastir en vain. Psaume 127. Faciebat I. O.P.R. Annon Domini 1561, mense julio, indice sans doute d’un logis de calviniste. – Sur le porche d’une cour de la place du Marché, une inscription, en lettres confuses et parties retournées, entre deux moulures représentant deux seins de femme et des fleurs, recommande la discrétion : Non revelanda snt consilia, à l’entrée d’un immense logis dont la destination reste inconnue.

La Mairie est installée dans une partie de l’ancien château occupé d’abord par l’administration du District (1790), donné ensuite à loyer, puis repris pour la gendarmerie et en dernier lieu concédé à la ville par l’Etat en 1806 pour y établir la mairie, la sous-préfecture, la gendarmerie, les tribunaux, les prisons. La sous-préfecture pourtant n’y résida jamais non plus que les services judiciaires. Les travaux de restauration, entrepris dès 1807 par l’ingénieur Corcelles, furent continués en 1810 par l’architecte Binet d’Angers, qui conserva les tours condamnées dans le premier plan, et de de nouveau repris d’ensemble en 1832 par l’architecte Lachèse. Vers 1836 la partie de l’édifice affectée à la gendarmerie ayant été acquise par le Département, le produit de la vente fut attribué sur un nouveau devis spécial à la restauration de l’aile occidentale où loge la Mairie (1838-1843).

En 1844, dans la grande salle basse centrale un Théâtre a été construit aux frais de la ville par M. Binet, d’Angers.

La fondation du Collège remonte à septembre 1769. Les Affiches du 27 octobre 1775 en publient le prospectus. – En 1791 le directeur l’abbé Houdet devint curé de Chaudefonds. L’établissement fut rouvert en novembre 1805 et comptait dès 1806 environ cinquante pensionnaires, sous la direction de M. Maugin, ex-frère des Ecoles Chrétiennes. Aujourd’hui dirigé par des prêtres, il doit en 1873 passer aux mains laïques. L’édifice actuel date de 1859. – Une école primaire de garçons y est annexée dans des bâtiments construits en 1834. – Deux Ecoles de filles sont sous la direction l’une des Sœurs de St-Charles, l’autre des Sœurs de St-Joseph de Baugé.

Le Tribunal civil fut installé tout d’abord (19 novembre 1790) dans le local de la Sénéchaussée et des juridictions royales supprimées. Il était décidé en 1807 qu’il serait transféré au château, mais les magistrats protestèrent. Par délibération seulement du 17 avril 1858, la ville offrit au Département pour la construction d’un édifice nouveau, le terrain et une contribution de 40 ooo francs, moyennant l’abandon à son profit de l’ancien Tribunal, dans lequel étaient établies les Halles, déjà propriété communale. Le Conseil général, acceptant les offres, vota dans sa session de 1861, sur les plans de M. Rohard, la construction d’un Tribunal et d’une Prison. La première pierre en fut posée le 27 avril 1862. L’inauguration a eu lieu le 7 juillet 1866.

Le grand cimetière avait été acquis par la fabrique le 30 septembre 1694. Il était situé près la porte et dans le faubourg St-Nicolas, c’est-à-dire, dans la rue alors la plus populeuse et infectait tout le quartier. L’évêque l’interdit en 1784 ainsi que celui voisin de l’église et les transféra par ordonnance du 17 septembre 1787 dans un coin de la pièce du Collège. Un nouvel emplacement a été acquis le 8 avril 1853 par la ville au Grand-Pierre-Gallet, dépendance de la métairie de la Noue, et l’ancien vendu par acte du 23 juillet 1859 à M. Commeau-Dupuy, qui s’est engagé volontairement à le conserver à perpétuité comme lieu saint. Par sentence du 20 février 1867 le Tribunal civil a résilié ce contrat, violé par un second acquéreur qui avait bouleversé les tombes et employé les pierres à des usages profanes. La ville, rentrée en possession, l’a revendu, après la translation des ossements (12 février 1868).

Les deux églises de Saint-Laurent et de Saint-Sulpice, données à l’abbaye Saint-Serge d’Angers, furent démembrées de la paroisse du Vieil-baugé tout en restant à la présentation des chanoines de l’église de St-Symphorien jusqu’à la fin du xii è s. – Saint-Sulpice s’élevait hors de l’enceinte fortifiée du château, comme l’exprime formellement la bulle de 1159, au bout du faubourg de Chamboisseau. Ce devait être pourtant la principale puisque la foire se tenait alors le jour de la fête patronale. – Dès le xv è s. « les grands édifices et constructions de sa première fondation » étaient tout en ruines et ce n’était plus qu’une chapelle dont une bulle encouragea la restauration par des promesses d’indulgences (1451). Au xvi è s. elle n’est plus entretenue que par un ermite dont la maison y attient. On y venait célébrer quelques anniversaires pour les défunts qui y étaient enterrés et des processions. Mathurin Cousin en fut le dernier ermite. Un prêtre, Pierre de l’Espine, lui succéda en 1541. C’est l’emplacement actuel des Capucins à qui il fut donné pour leur premier établissement.

Saint-Laurent, aujourd’hui Saint-Pierre-et-Saint-Laurent, est l’église neuve de la ville ou du chaâteau-fort, la seule debout avec titre de paroisse dès le xiv è s. Le chœur et les voûtes en furent refaits en avril 1547. L’exercice public du culte y devint difficile aux habitants à la suite de l’ordonnance du gouverneur d’Anjou du 10 mars 1589 qui enjoignait au capitaine de tenir closes les portes du château. Il fallut aviser. Le service se célébrait en pleine confusion dans le palais royal et dans la vieille église de St-Sulpice. Les habitants furent autorisés à en construire une nouvelle, pour ne pas gêner les nécessités de la défense locale. Convoquée par une ordonnance des Elus (2 avril 1593), l’assemblée décida le 9 mai l’acquisition d’un terrain dans le fief d’Etiau, près la chapelle St-Pierre, en ville. Le chapelain, Pierre Pirauneau, permit même d’y faire l’office de paroisse, et céda en dernier lieu l’emplacement de sa chapelle pour être réuni à la nouvelle église, sous la condition particulière d’associer le nom de son patron à l’ancien. Le roi mit ordre à l’opposition de ses officiers, notamment du lieutenant-criminel, et fit même don par lettres datées de Mantes (26 mai 1593) de 25 pieds de chênes pour la bâtisse. Le pape (août 1594), l’évêque d’Angers (20 mai 1593), Richepot, Puicharic, le duc de Mayenne aidèrent l’entreprise. Mille écus par an pendant trois ans furent égaillés sur l’Election. L’église était déjà assez avancée en janvier 1596 pour qu’il fût fait défense d’y apposer aucune image, autels, bancs, peintures, etc., sans l’avis du curé. La rentrée trop lente des fonds suspendit les travaux, où prirent part les maîtres maçons Joachim Davy, Pierre Poisson, Flavien Richard. Le service provisoire y fut autorisé par sentence du 22 octobre 1609. En attendant la consécration du chœur sous le nouveau vocable de St-Pierre, la paroisse restait dédiée à saint Laurent, comme souvenir de l’ancienne église dont les matériaux furent employés en 1650 à la construction de l’hôpital. – Le 19 juin 1630 eut lieu la pose de la première pierre du clocher. – En octobre 1671 un orage emporta la presque totalité de la couverture et cassa presque tous les vitraux. – Le tabernacle et le grand autel furent entrepris en 1682 par Henri Hamerbut, sculpteur, la chaire en 1690 par Nicolas Bouteiller, sculpteur. – En 1738 de nouveaux travaux dirigés par J. Freslon, architecte de la Flèche, établirent le parvis actuel en supprimant une ancienne clôture de pierre et un puits, ainsi qu’un affreux ballet au-devant de la porte de la Vierge qui fut alors sculptée. Le grand autel, les autels de la Vierge et de St-Sébastien, les fonts baptismaux, les bénitiers furent aussi refaits en marbre, la chaire exhaussée, les ornements d’église renouvelés. – A la suite d’un concours, Lebugle, organiste de Périgueux, prit la direction de l’orgue, qui fut restaurée en 1769-1771 et régulièrement entretenu par le célèbre d’Angeville. (V. ce nom). L’église possédait encore à la Révolution les statues en argent d’une Vierge (16 pouces de haut), de saint Laurent (15 pouces) et de saint Sébastien (11 pouces 1/2). – Y étaient fondées les Confréries de St-Michel par bref du pape Alexandre VII (29 juillet 1662) avec statuts du 10 novembre 1727 – de Notre-Dame-des-Agonisants par bulle du pape Innocent XI (15 avril 1681) – du St-Sacrement – de St-Sébastien avec statuts du 28 novembre 1609, quoique dès le milieu du xvi è s. elle possédât des reliques du saint patron – de Notre-Dame-du-Saint-Rosaire, xvii è siècle.

Un curé et 17 ecclésiastiques desservaient la paroisse. – Le curé habitait auprès de son église, dans le château, et il en fut expulsé par ordonnance du 3 avril 1604. La cure, avant 1789, était la dernière maison, à main gauche, près la porte de la Camusière.

Curés : – …. Mathieu, 1259 – Mathieu Taupineau, 1318 – Pierre Rambaud, 1437, qui résigne en 1469. – Martin Richomme, 1469. – Jean Lethielleux, 1557 – René Sophier, 1615, 1623 – Il finit misérablement en 1624 en place de Grève. V. Pocq. de Liv., Cout. d’Anj., t. II, p. 995. – Michel Hamelin, aumônier de la reine-mère, l’avait remplacé dès 1622, confirmé en sa charge malgré le concurrent à qui Sophier avait résigné sa cure. – Pierre Charbonnier, 1638 – Anselme Goyet, 1669 – Alexandre Bourreau de la Barbinière, bachelier en Sorbonne, 1711 – Il est à la fois, comme son successeur, prieur de Saint-Symphorien du Vieil-Baugé – Charles Meignan, 1728. Il vit encore en 1755 et signe alors : ancien prieur-curé. Le 29 juin 1737 il assistait à la translation des reliques des saints martyrs Benoit, Théodore et Innocent dans des châsses neuves. Il légua en 1756 tous ses livres et ses ornements à la fabrique. – A sa requête, une ordonnance de l’évêque du 2 mai 1749 avait décrété la réunion à la cure du prieuré que, malgré l’opposition des habitants du Vieil-Baugé, un arrêt définitif du Parlement confirma le 18 mai 1762. – René Bérault, docteur en théologie, 1755, V. ce nom. – Ses vicaires Prunier, Couscher, Arlouet furent déportés en Espagne en septembre 1792. – Pierre Drouault, curé de St-Martin-d’Arcé, élu constitutionnellement à baugé le 29 mai 1791, y fut installé le 15 juin.

L’édifice actuel, rendu au culte en février 1801, n’est qu’une construction informe et peu digne d’une « grande ville ». La rue longe un des côtés et dégage à peine, en l’absence de toute façade, l’entrée principale percée latéralement dans la base du clocher carré, que termine une petite coupole. – La nef à voûte basse, lourde, sans style, semble l’annexe d’un rectangle central, qui fait l’office du transept dans le plan des croix latines et déborde à peine sur les côtés. De dtoite et de gauche un pilier carré, sans chapiteau, le divise et porte les nervures d’une voûte à plein-cintre. Dans le choeur règnent des boiseries sans valeur d’art, qu’ailleurs on ne signalerait pas.

Saint-Maimbeuf était la chapelle primitive du château même. Ses ruines, couvertes de peintures encore reconnaissables au XV è s., furent relevées, dit-on, par le roi René, sur l’ancienne motte féodale et reçut le nom populaire de chapelle de Notre-Dame-du-Petit-Mont. Elle a été détruite vers 1804 par le marquis de Champagné, acquéreur, et l’emplacement, qui dépendait du Bois-Hubé, réuni à l’enclos des Incurables par le décret de Moscou du 21 septembre 1812. Quelques uns des vitraux ornent l’entrée de la chapelle de la Providence.

Dès 1214 il est fait mention de deux autres chapelles existant déjà outre les églises paroissiales, toutes deux faisant office d’Aumoneries pour les pèlerins et les malades. Celle de Saint-Michel d’abord desservie par deux frères associés, puis par un seul laïc deux fois marié, avait obtenu du pape l’octroi d’un prêtre et l’usage d’un cimetière. L’évêque Guillaume de Beaumont y mit opposition. – Le 23 mai 1645 Chaillou, titulaire du bénéfice, s’en démit au profit de l’hôpital, dont il constitua ainsi les premiers revenus. L’édifice transformé, où apparaissent à peine les traces des antiques baies, domine la crête du coteau vers Sud-Est, au-dessus du chemin qui descend au Pont-des-Fées.

L’autre est sans doute Saint-Nicolas, dont la construction primitive doit dater de la fin du xii è s. Elle est qualifiée d’église au xv è s. et s’élevait alors près du bourg, aujourd’hui dans le faubourg de son nom. Une inscription dans la pierre au-dessus de la porte d’entrée rappelle en quatre vers latins incorrects une bénédiction nouvelle de l’édifice en 1626, grâce aux soins du prêtre Richomme. C’était encore à la Révolution une petite chapelle flanquée de contre-forts dont la voûte s’était écroulée. On avait cessé d’y célébrer la messe vers 1752. C’est aujourd’hui une propriété particulière dont la partie vers Ouest est convertie en habitation.

La consécration de 1626 s’explique. Là en effet avait été installé le 13 janvier 1582 le Prêche protestant, créé par l’arrêt du 7 décembre 1581, qui supprimait ceux de Sorges, de Cantenay, d’Avrillé. Supprimé aussi à Baugé, puis rétabli par l’édit de Nantes, le culte réformé avait pris à bail en 1671, 1679, de la veuve de Boisron, l’enclos et les appartenances de Beauregard, dans le faubourg St-Michel, pour le prêche et pour le cimetière. Les jardins d’alentour portent encore le nom de Prêche.

L’Hospice civil doit sa fondation à Marthe de la Beausse, V. ce nom, qui commença l’oeuvre et même les constructions avec 20 sous pour toute avance. Le 1er avril 1643 eut lieu la pose solennelle de la première pierre de la chapelle et des salles. Dans une visite à l’hôpital de la Flèche, elle fut remarquée d’une des Sœurs, en religion Anne de la Haye, V. Anne de Melun, qui devait transformer l’entreprise. Par traité du 25 avril 1650 passé avec la ville, les Hospitalières de la Flèche s’engagèrent à venir soigner les pauvres de Baugé. Le lendemain elles acquéraient le Champboisseau où les matériaux de l’église Saint-Laurent leur étaient abandonnés pour l’édifice nouveau. Le 21 novembre elles s’installèrent dans l’hôpital dédié à saint Joseph. Sœur de la Haye les avait précédées le 10 août. Deux ans après sa mort, la chapelle fut consacrée à sainte Anne, sa patronne. Le pape approuva la congrégation de Saint-Joseph par un bref du 7 août 1667. – En 1772 sœur Anne Poulard parvint à obtenir la construction d’une salle particulière pour les hommes. – La chapelle rectangulaire, séparée seulement des salles par une grille en bois, est couverte d’un plafond en caissons peints. L’autel plaqué au mur du fond, conserve un très-beau tabernacle en bois doré et sculpté, surmonté d’une toile remarquable, qui figure Joseph et Marie présentant Jésus enfant aux deux autres personnes de la Trinité ; la colombe plane au-dessus du groupe et le Père occupe le haut du tableau. Il faut signaler aussi un portrait de Mlle de Melun, attribue à Philippe de Champagne, et celui de son frère, – et le cabinet de la pharmacie, tel qu’il fut organisé par la principale fondatrice avec ses poteries et ses boiseries du xvii è siècle.

La Providence a été fondée en 1690, sous la dénomination populaire du Pot-à-Bouillon, par Mlle Taillecour, de Baugé, pour porter des secours à domicile et faire l’école aux pauvres. Elle l’établit dans une maison acquise par elle le 25 septembre 1690, qu’elle donna le 29 novembre 1714. La maison était desservie par une association de dames de la ville, approuvée par l’évêque d’Angers le 1er août 1685. Le règlement en fut régularisé par arrêt du Parlement du 28 août 1777. L’établissement a été réuni par arrêté du 1er novembre 1836 au Bureau de bienfaisance et est administré par les Sœurs du Sacré-Cœur de Marie, ainsi que les Incurables.

Ce dernier établissement, projeté depuis plusieurs années par Dlle Renée-Félix Hardouin de la Girouardière et le curé Bérault (V. ces noms) et autorisé par lettres-patentes de septembre 1786, qui n’eurent pas le temps d’être enregistrées, avait en 1788, et plus tard encore en l’an XII, à lutter contre l’opposition du Conseil de ville qui en contestait l’utilité et en redoutait la charge. – L’enclos du Bois-Hubé y a été réuni par donation du 7 juillet 1811, autorisée par décret du 21 septembre 1812. – Une ordonnance du 4 octobre 1826 a consacré une donation nouvelle de Mme de la Girouardière. – La chapelle  est petite, surmontée d’un hardi clocher. Le 2 octobre 1790 on y transféra la Vraie Croix de l’abbaye de la Boissière, qui s’y conserve encore. Chaque face du reliquaire figure un Christ au nimbe crucifère ; à l’intersection de la branche verticale et du croisillon supérieur, d’un côté un agneau nimbé portant la croix, de l’autre, une colombe aux ailes déployées, le tout en or (xiii è siècle).

Conformément à un décret de l’évêque d’Angers du 9 août 1619, sollicité des habitants, cinq religieuses de la Trinité de Poitiers vinrent établir le 20 septembre 1620 une maison de l’étroite observance de Saint-Benoit dans un logis appelé les Epinettes, sous le titre de Notre-Dame-de-la-Grace. Par traité du 29 décembre l’abbesse abandonna toute juridiction à l’évêque. La règle mitigée fut introduite en 1657, et en 1678 Henri Arnaud donna à ces Bénédictines des constitutions nouvelles. La maison, supprimée en 1756 et dont les biens furent réunis à l’hôpital, un tiers au profit des religieuses, les deux tiers pour les pauvres, servait pendant la Révolution de caserne de gendarmerie.

Le couvent des Capucins de Baugé se trouvait hors la ville, sur les confins de la paroisse de Saint-Martin-d’Arcé. L’enclos actuel, traversé par l’Altrée, qui y forme une belle pièce d’eau, comprend partie des coteaux des deux rives, surtout vers Nord. Le couvent ancien, grande et lourde construction à peu près carrée, a un seul étage, avec vastes combles chargés d’une splendide charpente, domine la rive droite. Il appartient à M. Gelusseau. Les jardins s’étagent en terrasse, entre la pièce d’eau et la route du Lude, et vis-à-vis, sur la rive gauche, une petite futaie complète ce délicieux ermitage.

Histoire – Aucune trace celtique n’a encore été constatée sur la commune même de Baugé, non plus qu’aucune des nombreuses voies antiques qui la traversaient, se réunissant au Vieil-Baugé. Le nom même de Baugé désigné jusqu’au xi è siècle notre Vieil-Baugé d’aujourd’hui, riche alors de deux églises avec prieuré. Foulques-Nerra déplaça le centre de la viguerie en dressant à quelque distance, sur l’emplacement, non pas du château actuel, mais, comme personne ne l’a encore indiqué, dans l’enclos du Bois-Hubé, qui domine tout le val du Couesnon, une motte féodale avec château-fort et église autour desquels se rallia bientôt une nouvelle ville (1015-1025). – Cette motte existait encore en 1827 et fut vendue par charretées pour l’amélioration des terres voisines. – Le comte donna le fief à Gauslia de Rennes, enseveli plus tard avec toute sa famille dans l’abbaye St-Aubin-d’Angers. – A la demande d’un de ses descendants, Hugues de Beaupréau, l’évêque d’Angers, en 1148, concéda à St-Serge les trois églises de Baugé, nom commun encore aux deux groupes, mais la bulle de confirmation du pape Eugène distingue déjà expressément le Vieil et le nouveau Baugé, oppidum Balgeacense et vetus Baugeium.

Ce dernier, rentré sans doute aux maisn du comte à la mort d’Hugues de Beaupréau, fut donné en apanage par Henri Plantagenet à son frère cadet Geoffroy dont la rébellion l’en fit dépouiller en 1153.

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