P comme Pose, Première, Pierre et Pause

Où l’on apprend qui a posé la première pierre de l’autel de l’église de Cheviré-le-Rouge le 14 janvier 1705, ainsi que beaucoup d’autres choses…

Quelques notes et divagations autour de cette petite notation trouvée dans les registres de Cheviré qui nous raconte la pose de la première pierre de l’autel de l’église Notre-Dame… et petite pause au milieu de mes investigations sur Généanet !

Le quatorziesme jour du mois de janvier l’an mil sept cent cinq nous avons pozé la première pierre de nostre grand autel de l’église de Cheviré, moy Paul COSNIER curé dudit Cheviré et Paul COSNIER mon nepveu estudiant au Collège de La Flèche, laquelle première pierre est faite en croix et escrite qu’elle a esté posée par nous, lequel grand autel a esté construit par Me Pierre BOZÔ architecte demeurant en la ville de Baugé pour le pris et somme de quatre cent livres que moy curé susdit luy ay payé et ay fourni de sept cent cinquante tuffeaux pris à Monplacé, quatre pipes de chau et le sable que j’ay faict charroyer et ay nourri ledit BOZÔ pendant qu’il a travaillé audit grand autel et ay faict faire la figure de Nostre Dame qui est au haut dudit grand autel par le nommé De La MOTTE sculpteur qui a fait la sculpture dudit autel, signé et arresté par nous curé de Cheviré, ce cinquiesme jour de janvier mil sept cent six.

La Chapelle de Montplacé

Montplacé est situé sur la paroisse voisine de Jarzé. Il s’y trouve – encore actuellement – une Chapelle qui, après avoir été le théâtre de nombreuses vicissitudes, est devenue néanmoins un lieu de pèlerinage relativement important. Il semblerait donc que certaines des pierres de cette Chapelle – dont la construction a été fort longue et compliquée – aient servi à construire l’autel de Cheviré…

Joseph Grandet, dans Notre-Dame Angevine écrivait au sujet de la Fondation de Notre-Dame de Montplacé :

Environ l’an 1450, Robert de Montplacé, écuyer, sieur de l’Île-Perdue, fonda, dans l’église de Jarzé, une chapelle sous l’invocation de Notre-Dame et de tous les Saints, d’une messe par mois, mais la mort le prévint avant qu’elle fût décrétée […]. Jean de Montplacé, son fils ainé, aussi seigneur de l’Île Perdue, fit décréter cette chapelle […] le 6 juin 1510, près de 60 ans après sa première fondation […]

Il paroit, par cette dernière fondation, qu’il n’y avoit point encore de chapelle en l’année 1610, mais qu’on avoit dessein d’y en faire bâtir une, La tradition du pays est qu’il y avait seulement un petit arceau ou apenti avec un autel sur lequel étoit placée l’image de Notre-Dame, qu’on y voit encore : mais cette espèce de chapelle étoit tellement négligée qu’o y faisoit loger des troupeaux de moutons comme dans une étable. Une femme y étant allée, dit-on, un soir mener les siens, fut frappée d’une grande lumière qui sortit de l’image et fut renversée par terre.

Ce fait étant rapporté par celle à qui il étoit arrivé, fit que les voisins traitèrent ce lieu, quoique très pauvre et désert, avec plus de respect, on commença à y venir faire ses prières et invoquer la mère de Dieu.

La dévotion du peuple augmenta par les guérisons miraculeuses que plusieurs malades assurèrent y avoir reçues. Les miracles qui firent le plus de bruit, arrivèrent, vers l’année 1650, sur M. Le Gras, qui avoit une fièvre opiniâtre, et un jeune homme contrefait de naissance qui, s’étant voué à Notre-Dame de Montplacé, fut guéri en un instant. [… jusques à l’âge de 7 ans il avoit une jambe plus courte de demi pied que l’autre, qui l’empêchoit de marcher, ses parents le vouèrent à Notre-Dame de Montplacé et y firent une neuvaine, au bout de laquelle, ayant laissé l’enfant devant l’image pendant quelque tems seul, il s’étoit senti guéri tout d’un coup, et étoit allé en même tems se divertir avec de petits garçons dans la place publique, ses parents étant revenus pour le quérir avoient été fort surpris de ne plus le trouver où ils l’avoient laissé et encore plus entièrement guéri. Ce miracle augmenta la dévotion à la chapelle, on y fit une queste pour la bâtir, et l’enfant y mit la première pierre avec une truelle d’argent, et en grande cérémonie.]

On se vit bientôt en état de bâtir une chapelle ; on acheta des matériaux … Le plan en fut dressé pour qu’elle fût grande, solide, voûtée et même magnifique, mais ce dessein ne fut pas sitôt exécué ; le démon, jaloux de cette entreprise, la traversa longtemps, les ouvriers avec qui ont avoit fait marché et qui séétoient fait avancer l’argent firent banquereoute et étant demeurés insolvables, abandonnèrent l’ouvrage après avoir jeté les fondements; On attendit plusieurs années, jusqu’à ce qu’on eût amassé quelques sommes considérables par les offranes des fidèles. Enfin on continua l’ouvrage commencé et on le conduisit jusqu »à la voûte, mais l’architecte qui l’avoit marchandé emporta aussi l’argent qu’on lui avoit donné, de soirte qu’il fallut encore attendre …

Enfin, après une longue suite d’années, on acheva cette chapelle tant désirée…

Et de nos jours, cette chapelle a son site web ! …


L’architecte Pierre BOZO ou BOZEAU…

La Revue de l’Anjou, a publié un Annuaire des artistes (en ligne sur Geneanet !) dans lequel on trouve des informations sur Pierre BOZO. En 1711 il est dit architecte et mari de Marie Rétif, à Baugé.

Revue de l’Anjou, Angers, 1914, page 62.

Visiblement, l’auteur de ce texte a mal lu l’archive du curé précédemment citée. Mais, un peu plus loin, l’erreur est rectifiée :

Ibid., page 536

Pierre BOZO s’est effectivement marié en 1698 avec Marie RETIF. Voici sa signature que j’ai découverte dans les registres. Sa vie mériterait un article à lui tout seul : tour à tour signalé comme architecte, entrepreneur ou tailleur de pierres, il eut au moins… sept filles !

Signature de Pierre BOZO.

Pour en savoir plus sur Pierre BOZO voir également ici.


Le sculpteur De LA MOTTE

On trouve dans Les artistes angevins, peintres, sculpteurs, maitres-d ‘œuvre, architectes … de Célestin Port, plusieurs DELAMOTTE (p. 91).

Claude DELAMOTTE, le jeune, architecte, mari d’Anne NAU, 1659, à Fontevraud. Sa fille, Marie-Céleste, est tenue sur les fonts par l’abbé de N. D. du Louroux, Phillippe Victoire de Comminges et par l’abbesse Gabrielle de Rochechouard, le 23 août 1674. Un acte le qualifie en 1683 de sculpteur.

Charles DELAMOTTE, Maître sculpteur, fils de Claude DELAMOTTE, argentier de l’abbesse de Fontevraud, épouse, à Montreuil-Bellay, le 17 février 1683, Anne BASILLE, fille d’un avocat. La femme du précédent assiste à la cérémonie. C’est lui sans doute qui, le 16 mai 1702, passa marché, moyennant 12 écus, avec de Caignou, prieur de Beaufort, pour la façon de deux figures, dont un Ange gardien, qui furent placées, en juillet, sur le grand autel.

Nicolas DELAMOTTE, architecte, entrepreneur des ouvrages du roi, 1695 ; 1700, résidait à Fontevraud – Il y est inhumé, le 4 octobre 1704, âgé de 34 ans.

François Louis Epiphane DELAMOTTE, ingénieur, Angers, 1711.

On peut éliminer les deux derniers. Notre sculpteur est très certainement Charles DELAMOTTE, dénommé sculpteur et dont les dates correspondent parfaitement. Claude DELAMOTTE, cité ci-dessus, était son frère, qui avait épousé Anne VIAU (et non Anne NAU).

Charles DELAMOTTE, signature, 1687 – (AD49)

Eglise paroissiale Saint-Médard de Cheviré-le-Rouge.

Célestin Port écrit, je cite :

L’Eglise, dédiée à St Médard (succursale, 5 nivôse, an XIII), a été reconstruite vers 1860, et n’a conservé d’antique que le chœur et le clocher. Le chevet, en appareil moyen régulier, surmonté d’un pignon percé d’une étroite baie, est contrebuté au centre d’un épais contrefort qui remplit tout l’espace vide entre deux fenêtres ; deux énormes pilastres appuient les angles. Sur la gauche s’élève la masse du clocher de deux époques distinctes ; – la base carrée, de construction grossière, avec porte basse refaite, surmontée d’une antique et étroite fenêtre romane sans ornementation ; au-dessus, en retrait, une seconde plus allongée encore ; puis le mur nu, entre d’épais contreforts formant masse, dont un à gauche contient l’escalier ; – au-dessus encore, deux ordres, chacun de doubles fenêtres plein cintre superposées, celles de l’étage supérieur bordées de cinq et six rangs d’arcatures du XIIe s., tandis que la base paraît d’un siècle antérieur. Elle forme intérieurement une chapelle, qui appartenait à la famille de Morant. La cloche porte la date de 1754 et les noms du fondeur et des parrains.

La nef reconstruite affecte le style du XIVe s. Des vitraux de Thierry en font la principale décoration : dans la tribune St Pierre et St Paul ; aux fenêtres, à droite, Ste Emérance, St François d’Assise, St François Xavier, St Charles Borromée ; à gauche, Ste Geneviève, St Laurent, évêque, St Médard, St Grégoire, pape ; dans le transept, à droite, St Jean, St Luc et St Louis, roi ; à gauche, St Marc, St Mathieu et St Maurice ; dans le chœur, aux angles, statues de St Médard et de St Sébastien ; chaire moderne à l’entrée du chœur, dont les quatre faces représentent les quatre Evangélistes. Les colonnes tronquées de la voûte du chœur se terminent par des figures d’hommes et de femme, de facture moderne mais assez originale ; aux nervures des voûtes, des musiciens, des anges en adoration ; – le Christ et la Vierge, dans les vitraux du fond du chœur. – En détruisant la nef dont l’appareil attestait une construction du XIe s., on a trouvé des corridors souterrains aboutissant à des cheminées et de nombreuses sépultures, dont une de pierres réunies par un ciment rose ; auprès du corps, des vases en verre, des coquilles bivalves, dont partie est recueillie à la Cochardière, et une statuette recouverte d’un vernis de plomb (XIIe s.), qui figure au Musée d’Angers ; on n’a pu pénétrer sous le chœur, où paraissaient se diriger les couloirs interrompus.

Voir également ici.

Église paroissiale Saint-Médard (651 x 512) – © Inventaire Général, ADAGP.

Bon, voilà une petite pause qui m’a bien occupée… Maintenant en route pour la fin du challenge ! Il reste encore… 10 lettres !


Vignette – Manufacture Hartmann Risler et Cie. Lambris en marbre et en pierre. Rixheim1801.

Publicité

Une réflexion sur “P comme Pose, Première, Pierre et Pause

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.