Les fêtes populaires de l’Anjou au XVIe siècle

Revue des Traditions populaires, 1894, p.511.

Il y a de cela quelques années déjà, le monde des lettres s’émut lors de la découverte faite par M. Joseph Denais des poésies de Germain Colin Bucher, un Angevin, qui fut un des plus brillants émules de Clément Marot (1). On les croyait à tout jamais perdues, quand un très heureux hasard les fit retrouver par mon savant compatriote au cours de recherches qu’il avait entreprises à la Bibliothèque Nationale en vue d’un travail d’un tout autre genre.

Dans plusieurs de ses pièces, le bon Germain Colin a parlé des fêtes qui, de son temps, avaient lieu en Anjou.

La mode des œufs de Pâques y existait, ainsi que le prouve la petite poésie suivante adressée A deux soeurs.

Tenez, mes sœurs, vela vos œufs de Pasques

Ils ne sont pas de nos poulles communes.

Jamais n’en vint que dix ou vingt caraques,

Qui sans casser ont passé gran fortunes :

Ce sont des œufs ponnus (2) entre deux lunes

Dont le moyen est de telle efficace

Qu’Amour s’en paist et en casse les jeusnes.

Si, de par luy, ils sont en vostre grâce,

Je demourray, de par vous, en la sienne ;

Et vous et luy je diray ceste audace.

Aurez de rien beaucoup d’être en la mienne.

 

Le premier jour du mois de Mai on avait la gracieuse coutume d’envoyer des fleurs en cadeau à ses meilleurs amis.

Pour se conformer à cet usage, Germain Colin Bucher se plaisait à leur offrir des bouquets… en vers, ce qui était plus durable.

Dans le livre que j’ai sous les yeux, je trouve le commencement suivant, d’un Rondeau adressé au sieur de Saint-Aulbin ;

Rondeau tenez, Monsieur, pour votre May,

Car je n’ai plus violettes ni fleurs.

Le Dieu d’amour qui me tient en émoy

A fait changer toutes mes fleurs en pleurs.

………………………………………………………………………..

 

Si notre poète Angevin n’a point parlé de la Fête du Sacre, en revanche il a chanté avec conviction la Saint-Martin qui ramenait, chaque année, avec elle, une occasion de joyeuses « beuveries ». Il paraîtrait, d’après la pièce que l’on va lire que « la vigile Saint-Martin » était chômée par les « amys de la bouteille » dans de gais réveillons.

Gentilz pions, amys de la bouteille,

Qui vous levez pour mieulx boire matin.

Je vous requers que chascun s’apareille

Pour célébrer la feste Saint-Martin !

Gens savourans liqueur blanche et merveille,

Acourez tous au solennel festin

Que Bachus faict soubz une verde treille,

Pour boire en grec, en flamand, en latin !

Meurtriers de vin, dont la gorge traveille

Depuys le jour jusques au vespertin,

Buvez si fort que le vin s’en merveille

Pour célébrer la feste Saint-Martin !

Gens saphirez qu’un dint de verre esveille,

Ausquelz le boire eschauffe l’avertin,

N’espargnez pas le creux de vostre beille

Pour boire en grec, en flamand, en latin !

Beuveurs d’aultant, beuveurs pour la pareille,

Vuydeurs de potz et tasses à butin,

Chascun de vous en ce jour se réveille

Pour célébrer la feste Saint-Martin !

Gros taverniers, beuvans à pleine seille,

Fils du pressoir ayans cerveau mutin

Monstrez qu’avez alaine nompareille

Pour boire en grec, en flamand, en latin !

Prince Bacchus, le grand Dieu, vous conseille,

Quand vous aurez avalé maint tatin,

Que reprenez goust en une autre fueille

Pour boire en grec, en flamand, en latin,

Puys soubs la table ung chascun s’assommeille

Pour célébrer la feste Saint-Martin !

…..

La fête de la Saint-Martin n’est plus du tout célébrée en Anjou. Peut-être cependant est-ce à cause d’elle que, tous les ans, au chef-lieu de notre département, il se tien tune foire si renommé, à l’époque où jadis elle était si gaîment chômée.

Lionel Bonnemère.


Sources, Notes et liens

1- Les poésies de Germain Colin Bucher, Angevin ; publiées en un volume, chez Techener, Paris.

2- Les paysans angevins disent encore ponnu pour pondu.

3- Quelques mots sur Lionel Bonnemère. (Wikipedia)

4- Lire en ligne les poésies de Germain Colin Bucher (GallicaBnF)

Vignette – Carte postale trouvée sur Geneanet.

 


 

 

 

3 réflexions sur “Les fêtes populaires de l’Anjou au XVIe siècle

  1. Une tradition qui semblait perdurer depuis le moyen-âge.
    à Frossay en Loire Atlantique.
    Existait t’elle encore en Anjou ?
    La nuit du 30 avril au 1er mai ,les jeunes allaient « courir les oeufs » de ferme en ferme en chantant.

    « Le maitre du logis qu’avez de la volaille.
    Mettez la main au nid.
    N’apportez point de paille.
    Apportez nous des oeufs ou de l’argent.
    A l’arrivée du joli mois de mai. ».

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