Un petit miracle à Fougeré, Noël 1828

Jour 25 – Calendrier de l’Avent 2020

Voici, pour terminer le calendrier de l’Avent de cette si particulière année 2020, un petit miracle …

Le jeudi 26 décembre 1828, un enfant est déclaré à la mairie de Fougeré. Il est né la veille, le 25 décembre, jour de la fête de Noël, et il a été trouvé par Jean LANDELLE, charpentier. On le nomme donc …  Noël ETIENNE.

Déclaration de naissance de Noël ETIENNE, 26 décembre 1828, trois heures du soir.

… est comparu à la maison commune de Fougeré, Jean LANDELLE charpentier, demeurant en ce bourg de Fougeré, lequel nous a déclaré que ce jour à cinq heures du matin, il s’est levé dans la rue, il a trouvé à côté de sa porte un balot dans lequel il y avait un anfant. Il a aussiteau été chercher deux témoins nommés Louis GAUMONT, charpentier âgé de cinquante ans, et Michel BLOT, marchand et débitant de vin, âgé de vingt deux ans, les deux majeurs demeurant à Fougeré pour levé et visiter cette enfant, qu’il nous ont présenté, avons découvert qu’il étoit du sexe masculin, âgé d’un jour ou environ, vetu de haillons. Nous l’avons enregistré en présence des deux témoins si dessus nommés, l’avons nommé sous le nom et prénom de Noel ETIENNE anfant naturel, et ordonné que ledit anfant soit remis desuite aux soins de la femme de Louis GAUMONT qui a bien voulu sans charger et en prendre soin, le déclarant et les deux témoins ont signé avec nous après que lecture leur a été faite de ce enquis…

Le petit miracle est inscrit dans la marge de cet acte de naissance. Le 28 janvier 1849, soit vingt ans plus tard, l’enfant est reconnu par sa mère, Louise RITOIT, domestique à Bailleul, dans la Sarthe.

L’enfant Noël ETIENNE dénommé ci-contre a été reconnue par la nommée Louise RITOIT, domestique demeurant au Bailleul (Sarthe) suivant acte passé devant le maire de cette commune à la date du 28 janvier 1849 et transcrit sur les registres de Fougeré le vingt cinq mars 1849. N° 14. 

S’agissait-il d’un « faux-abandon » ? On trouve effectivement sur les registres de Bailleul, dans la Sarthe, l’acte de reconnaissance de Noël ETIENNE par sa mère Louise RITOIT. Elle est alors âgée de 46 ans. Deux témoins, Urbain HARDY et Charles LORGUEILLEUX, cultivateurs, l’accompagnent. Pour quoi le reconnaître si tardivement, alors même que l’enfant a 21 ans et est donc devenu majeur ?

Peut-être était-ce pour se marier ? Mais on ne trouve rien d’autre sur les registres de Bailleul et c’est seulement en 1859, soit dix ans plus tard, que Noël ETIENNE, cultivateur, devenu désormais Noël RITOIT, se marie. Le 11 juillet 1859 en effet, il épouse Louise HAMMONEAU, cultivatrice comme lui, à Durtal.

… Noël Etienne RITOIS cultivateur âgé de trente ans, né commune de Fougeré le vingt cinq décembre mil huit cent vingt huit demeurant ville de Durtal, fils naturel reconnu par Louise RITOIT domestique par acte passé devant Monsieur le maire de Bailleul (Sarthe), le vingt huit janvier mil huit cent quarante neuf… la dite louise RITOIS ici présente et consentante au dit mariage et demoiselle Louise Françoise HAMONEAU cultivatrice, âgée de vingt quatre ans, née à Précigné (Sarthe) le quinze août 1834..

On leur connaît deux enfants :

  1. Noël Louis, né le 27 janvier 1866, aux Vieilles-Maisons à Durtal.
  2. Marie Louise, née le 23 mars 1867, aux Vieilles-Maisons à Durtal. (qui épousera Pierre BAUDRIER le 6 juillet 1691 à Echemiré).

Quant à Noël Etienne RITOIT, il meurt le 8 novembre 1880 à Marcé, au Petit-Chaulumet, âgé de 51 ans, sous le nom erroné de Pierre Noël RITOIS.

Itinéraire d’une vie – Noël Etienne RITOIT (1828-1880)

 

Cette reconnaissance nous apprend que l’on venait d’assez loin pour « déposer » son enfant à Fougeré. Les enfants qui y sont trouvés ne sont donc pas – ou alors exceptionnellement – des enfants de la commune. D’autre part cette reconnaissance pour le moins tardive est assez étrange. Elle prouve que la mère n’avait pas coupé totalement les ponts avec son enfant, puisqu’elle est capable, 20 ans plus tard, de le retrouver. Il y a donc obligatoirement quelques connivences entre certaines familles de Fougeré et certaines mères dans le besoin, mais sous quelle forme ? Dans quelles conditions ? Peut-être y avait-il à Fougeré un officier public qui fermait les yeux et qui était plus accommodant que dans les communes environnantes ? Tout cela reste malgré tout très mystérieux…

Quelques recherches me restent à faire pour essayer de répondre – en partie du moins, je l’espère – à toutes ces questions. Bientôt un récapitulatif de ce calendrier de l’Avent et des enfants trouvés de Fougeré. En attendant, je vous souhaite à tous, de tout mon coeur, un très très très joyeux Noël, le plus joyeux et chaleureux que possible. L’étude des temps passés nous montrent que les jours heureux ne sont pas forcément derrière nous …   Merci à tous de m’avoir suivi jusqu’ici.

12 réflexions sur “Un petit miracle à Fougeré, Noël 1828

  1. Heureux Noël à vous et les vôtres Françoise.
    Merci de nous avoir fait partager toutes ces belles ,étonnantes et parfois tristes histoires de vies.
    Continuez surtout à nous entretenir de vos trouvailles.
    M@g.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à vous pour tous vos commentaires que j’ai toujours plaisir à découvrir et qui contribuent à enrichir ce blog et à le rendre plus vivant.
      Très joyeux Noël à vous et à tous vos proches.
      Françoise.

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  2. Merci à vous de nous avoir tenu en haleine en mettant en lumière tous ces enfants abandonnés. Vous semblez avoir trouvé une clef pour expliquer ce nombre insolite d’abandons.
    Passez un bon Noël. A bientôt de vous lire toujours avec plaisir.

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  3. Merci Françoise pour ce petit Noël qui retrouve sa maman … quelques années plus tard … Peut-être même ne l’avait-il jamais complètement perdue ?
    Il me semble que ces histoires d’abandon n’étaient pas aussi anonyme que seul l’acte de naissance pourrait le laisser entendre. Si Louise Ritoit a pu reconnaître son fils vingt ans plus tard sur sa seule déclaration, c’est que les « preuves » de cette naissance étaient connues ? Qu’en penses-tu ?

    Aimé par 1 personne

  4. L’Agena (Closier N° 171 qui vient de sortir) fait un article pour les mêmes raisons mais pour la commune de Moulierne. Là aussi beaucoup d’enfants abandonnés dans divers lieux et les patronymes qu’on leur donne sont similaires aux « vôtres ». Sans dévoiler l’article de cette association dont suis adhérente sous le N° 447, il semble que les nourrices recevaient un subside léger et il se pourrait aussi que les abandonneuses (eurs peut-être) auraient un lien de parenté même lointain avec les personnes qui découvraient tous à point d’heure de la nuit l’enfant abandonné. Une circulaire officielle a été promulguée dans les temps où l’on remit à Beaufort les enfants abandonnés. J’espère ne pas décevoir quelque peu vos lectrices ?

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, j’ai lu également cet article hier soir, c’est amusant ! Mais il y a déjà beaucoup d’articles sur les enfants trouvés à cette époque, car effectivement, ce n’est pas seulement à Fougeré que cela se produit, c’est un phénomène national, dû effectivement en partie à la publication d’un décret… Bon, mon article de « synthèse » n’est pas terminé, mais il en arrive aux mêmes conclusions.
      Non je ne crois pas que mes lectrices soient déçues, nous ne sommes pas en compétition et surtout je ne suis pas du tout historienne.
      Mais ce sujet est un véritable sujet de thèse !!!

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  5. dommage qu’on ne puisse nous rendre aux AD à Angers, on trouverait sans doute trace de thèse… et Gallica ou autres sites en ont peut-être trace. Passionnant en tous cas car il faudrait pouvoir faire pas mal de communes angevines. J’avais trouvé jadis des cousins descendants Turbelier mais la cousine avait un mari dont l’ancêtre avait été abandonné au tour d’Angers. Description similaire des vêtements de l’enfant. Mais lui se maria et eut une descendance donc. A bientôt votre article avec les conclusions… Merci pour tout chère cousine lointaine dans tous les sens du terme !

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