Les enfants à l’évier, Fougeré, 1832-1838

Jour 20 – Calendrier de l’Avent 2020

Les enfants à l’évier, Fougeré, 1832-1838

A plusieurs reprises, les actes de déclaration de naissance des enfants trouvés font état d’enfants déposés sur l’évier de la maison. Cet évier, situé à l’extérieur, au départ sans doute simple canal de pierre servant d’égout dans la cour, s’est peu à peu complexifié jusqu’à devenir une sorte de bassin en pierre, quelque peu surélevé, permettant diverses utilisations de l’eau.  Très souvent on y déposait une seille, c’est-à-dire, un seau, une cruche ou un baquet.

Vincent CHEVALLERIE (1832)

Déclaration de naissance de Vincent CHEVALLERIE, 24 janvier 1832, neuf heures du matin.

J’imagine la surprise de Pierre METIVIER quand, à l’aube, sortant de sa maison et encore tout ensommeillé, il découvre cet enfant sur son évier.

… est comparu Pierre METIVIER cultivateur demeurant à La Chevallerie, commune de Fougeré, lequel nous a déclaré que ce jour à cinq heures du matin, étant dans sa maison et ayant besoin de sortir pour vaquer à ses occupations ordinaires, il a vu dans son évier ou ordinairement ils metent la seil à puiser de l’eau, un ballot d’étofe dans lequel était un enfant

L’enfant est vêtu d’un gilet de laine blanche broché et d’un bonnet d’indienne gorge-pigeon. Il possède un mouchoir bleu, une chemise et deux couches, tous cela mis dans un oreiller de toile garni de balle d’avoine.

Félicité LATOUCHE (1832-1832)

Déclaration de naissance de Félicité LATOUCHE, 8 mars 1832, sept heures du matin.

… est comparu Jean GAUDIN cultivateur demeurant au lieu de La Touche, lequel nous a déclaré que cette nuit à dix heures du soir, il a entendu frapper à sa porte et qu’aussitôt étant sorti, il a trouvé sur l’évier de sa maison un enfant du sexe féminin, parraissant né depuis trois à quatre jours, enveloppé dans un orriller de toile commune blanche, d’une chemise de toile commune, une brassière et un lanjeu de molleton blanc neuf, un bonnet piqué d’indienne fond brun avec tache rouge garni d’une dentelle noire. Il se trouvait dans le trousseau deux chemise et trois couches sans marque ni tache sur le corps … Nous avons ordonné que l’enfant soit remis desuite aux soins de la femme François POULAIN cultivateur aux Viellieres, commune de Fougeré…

Féléicité LATOUCHE ne vivra que quelques jours. Elle décède le 16 mars 1832.

Euphémie Rosalie DELAFOUGERAY (1838)

Voici un nom bien pompeux pour cette petite fille trouvée, quant à elle, sur une selle, sans doute une sorte de baquet puisque cette selle sert d’évier…

Déclaration de naissance d’Euphémie Rosalie DELAFOUGERAY, 5 septembre 1838, huit heures du matin.

… est comparu Pierre BERTRAND cultivateur, âgé de quarante six ans, demeurant aux Croix en cette commune, lequel nous a déclaré que ce jourd’hui à minuit, ou environ, il a été réveillé par plusieurs coups de bâton frappés à sa porte, ayant demandé qui frappait ainsi on lui a répondu de se lever de suite, ce qu’ayant fait il est sorti sans avoir vu personne, mais en rentrant il a entendu le cri plaintif d’un enfant que l’on avait déposé sur une selle servant d’évier à sa maison… L’enfant était vêtu comme suit : savoir coiffé d’un petit bonnet de soie ponceau, une chemise de toile de lin, brassière d’étoffe brune, le tout enveloppé d’un lange de vieux moleton blanc, couché sur un peu de paille d’osier recouvert d’un mouchoir de poche blanc, entouré de carreaux rouges...

Je n’ai pas trouvé trace de cette petite Euphémie décrite pourtant si minutieusement…

[Ponceau est un nom de couleur qui indique la teinte rouge vif foncé de la fleur du coquelicot, dérivé au XVIIᵉ siècle de poncel ou ponceau, autre nom du coquelicot en ancien français.]

Marie CROULTIERES (1829)

Et pour terminer cette évocation des éviers, je reviens un petit peu en arrière avec la déclaration de naissance de Marie CROULTIERES, datant du 15 janvier 1829, qui contenait une locution dont je viens de découvrir le sens.  Le maître de maison, Pierre COUDRAY, raconte en effet qu’il a trouvé la petite Marie alors qu’il était sorti pour mettre ses enfants « gâter de l’eau ». Or, selon Verrier et Onillon, la locution gâter de l’eau signifie uriner. C’est donc en accompagnant ses enfants « faire pipi », en bon père de famille, qu’il a découvert l’enfant exposée…

… est comparu le sieur Pierre COUDRAY cordonnier demeurant aux Croultières, lequel nous a déclaré que ce jour vers une heure du matin, il s’est levé pour metre sest (=ses) enfans gâté de l’eau, il a trouvé à côté de sa porte un enfant…


Les enfants trouvés de Fougeré en 1832

Tout comme en 1831, le nombre des enfants trouvés est « raisonnable », surtout si on le compare aux années précédentes.

  1. Vincent CHEVALLERIE, 24 janvier 1832. Déclaré par Pierre METIVIER cultivateur demeurant à La Chevallerie. Confié à la femme de René DENIEAU cultivateur au lieu des Souchetières.
  2. Félicité LATOUCHE, 8 mars 1832, sept heures du matin. Déclaré par Jean GAUDIN cultivateur demeurant au lieu de La Touche. Confié à la femme François POULAIN cultivateur aux Viellieres. Décédée le 16 mars 1832.
  3. Joseph GRINDINIERE, 19 mars 1832. Déclaré par Anne LINDÉ femme de Louis RICHARD demeurant à La Grindinière. Confié à la femme de Pierre LANDELLE demeurant au lieu de La Souchelière.
  4. Françoise DOBERT, 26 mars 1832. Déclaré par René MAUBERT charon demeurant au bourg de Fougeré. On ne précise pas à qui l’enfant est confié.

5 réflexions sur “Les enfants à l’évier, Fougeré, 1832-1838

  1. Avoir  » besoin de sortir pour vaquer à ses occupations ordinaires » ou pour « gâter de l’eau »… En voilà de jolies expressions, et bien noté dans les actes d’état civil ! Merci aux officiers de l’époque de nous laisser ce si riche vocabulaire !
    Ce que je remarque également ce sont des vêtements de couleur des bébés : les petits bonnets sont souvent en toile indienne de couleur rouge, noire ou foncée… C’est donc plus tardivement que nous avons habillé les nouveaux-nés en blanc. Le bleu ciel ou le rose, c’est encore bien après.

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  2. Les pierres d’évier en ardoise ou en pierre naturelle dépassaient largement à l’extérieur et formaient ainsi une sorte de plateau.

    Dans notre campagne angevine,des anciens employaient encore l’expression « gâter d’leau »…

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  3. Oui en Anjou je me souviens que ma mère disait que « on gâtait de l’eau »…. mais cela ne voulait pas dire qu’on allait « faire pipi »…. simplement qu’on laissait échapper de l’eau ou autre chose en provenance d’un verre, d’une carafe, d’un saladier, d’une casserole et… Bref « on gâtait » quelque chose.

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  4. « Gâter d’ l’eau ».
    Oui Rose,dans le sens de renverser (c’est pourquoi on utilisait de grandes serviettes de table,glissées dans le col, au cas ou on gâterait) …,mais je l’ai aussi entendu (par plaisanterie) dans le sens d’aller uriner.

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