Les voix de Fougeré, messagères des enfants trouvés, 1830

Jour 19 – Calendrier de l’Avent 2020

Un curieux phénomène se produit à Fougeré aux alentours des années 1830. Plusieurs personnes, la nuit, entendent à leurs portes une voix, qui leur intime l’ordre de se lever et est de venir chercher à leur porte un présent. Ces personnes se lèvent et font ce que les voix demandent. Elles découvrent alors, immanquablement, devant leur porte, un nouveau-né que l’on vient de déposer…

En voici quelques exemples…

Clémence BARRILLERAIS (1830-1897/)

Déclaration de naissance de Clémence BARRILLERAIS, 25 novembre 1830, deux heures après midi.

… est comparu à la chambre commune de Fougeré, Marie COUYÉ veuve de François D’ARONDEAU demeurante au Petites Barrilerais, nous a déclaré que ce jour à cinq heures du matin il a été frappé à sa porte et une voix s’est fait entendre et a demandé s’il y avait du monde à la maison, elle a répondu que oui et que de suite, elle a ouvert sa porte et a trouvé un enfant telle qu’elle nous l’a présenté, vêtu d’une chemise de toile sans garniture, une brassière de molleton blanc bordée de gallon de fil blanc, une couche de toile, un langeux d’étoffe brune, un mouchoir de mousseline à petit pois avec une bordure de tulle à tuyaux doublée d’une garniture, un petit bonnet de calicot bordé d’une dentelle, le tout attaché ensemble sans aucun signe ni papier propre à le faire reconnaître, l’enfant est du sexe féminin, nous l’avons nommé sous le nom et prénom de Clémance BARRILLERAIS, fille naturelle, en présence des sieurs René BESNARD et Etienne SOUCHARD, les deux culitvateurs, majeurs, voisins de la déclarante, et avons ordonné que l’enfant soit remie de suite aux soins de la veuve Michel CHAUDET cultivateur demeurante aux Barrilerais…

Clémence, devenue domestique, se mariera le 13 juin 1859, âgée de 28 ans, à Vern d’Anjou, avec un laboureur, Pierre LEBICHE. L’un de ses enfants, François Joseph, né le premier août 1866, se mariera, toujours à Vern d’Anjou, avec Célestine GAUTIER, le 18 octobre 1897. Clémence, devenue Clémentine, est veuve mais toujours en vie.

Emérence CHEVALLERIE (1831-1875/)

Déclaration de naissance d’Emérence CHEVALLERIE, 14 janvier 1831, dix heures du matin.

… est comparu Jean BATAILLAU cultivateur demeurant à La Chevallerie à Fougeré, lequel nous a déclaré que hier à sept heures du soir, on a frappé à sa porte, il a demandé qui était là, une voix d’homme lui a répondu que c’était un présent qu’on lui mettait à sa porte, aussitôt ledit BATAILLAU a été ouvrir sa porte et il a trouvé à côté de sa porte un enfant enveloppé dans un orrilé de toile de gaz, vêtu d’un langeux de flanelle blanche usée, une brassière d’étoffe brune, un mouchoir rouge rabillé, un bonnet de Guingand à petits grains, une chemise et deux couches, n’ayant sur lui aucune marque ni écrit, après avoir visité l’enfant nous avons reconnu qu’il était du sexe féminin, âgé d’un jour environ, desuite nous avons inscrit l’enfant sous le nom et prénom d’Emerence CHEVALLERIE, fille naturelle, avons ordonné que l’anfant fut remie à la veuve François LANFANT demeurante à Barrier…

Sans doute les voix mystérieuses portent-elles chance car Emérence, tout comme Clémence précédemment, survit et se marie, le 30 janvier 1856, à Avoise, commune de la Sarthe, avec Michel BESNARD. Leur première fille, Marie Anne Elisabeth, née à Paris, le 12 mai 1856, s’y marie en 1875. Ses parents sont alors encore vivants et sont concierges dans le 8ème arrondissement, au numéro 6 de la rue du Cirque.

Médard OILLET (1831 – 1863/)

Déclaration de naissance de Médard OILLET, 08 juin 1831, cinq heures du soir.

… est comparu Madelaine BESLAUD femme d’Urbain BATAILLEAU cultivateur demeurant au Clôs Doillet, à Fougeré, laquelle nous a déclaré qu’aujourd’hui à deux heures du matin, une voix de femme s’est fait entendre et a frappé à sa porte à deux heures du matin disant : « Levez vous un anfant est à votre porte.« , aussiteau elle s’est levée, a ouvert sa porte et a trouvé un enfant placé sur le seuil de sa porte, vêtu d’une chemise, une couche, une brassière d’étoffe noire, un langeux aussi d’étoffe noire, le tout mis dans un oreiller de toile garni de plume de volaille … avons reconnu qu’il était du sexe masculin, parraissant être âgé d’un jour, n’ayant sur lui aucun écrit ni signe remarquavle, nous l’avons inscrit sous le nom et prénom de Médard OILLET, enfant naturel, avons ordonné qu’il fut remie de suite aux soins de la veuve Urbain GUILLEMET cultivatrice au Souchettière, commune de Fougeré…

Lui aussi semble avoir survécu. En 1863, on retrouve en effet un Médard OILLET, militaire à Médéa en Algérie. Ce nom étant particulièrement rare, je suis quasi certaine qu’il s’agit de notre homme. Peut-être un jour trouverai-je ce qu’il est advenu de lui…

Journal Officiel de la République Française. Lois et décrets. (GallicaBnF)

Marie CHEVALLERIE (1831-1906/)

« Petite sœur » de Louise CHEVALLERIE, découverte quelques mois auparavant, elle aussi est trouvée suite à l’ordre d’une voix venue de nulle part qui fait se lever en pleine nuit la veuve RAVENEAU de La Chevallerie.

Déclaration de naissance de Marie CHEVALLERIE, 11 juin 1831, quatre heures du matin (!)

… est comparu la veuve RAVENEAU fileuse demeurante à La Chevallerie, laquelle nous a déclaré que ce jourd’hui vers trois heures du matin une personne a frappé à sa porte et lui a dit : « Levez-vous, un enfant est à votre porte. » Aussitôt elle s’est levée, a ouvert sa port.e et a trouvé un enfant plassé tout au près de sa porte, vêtu d’une chemise de linge usé bordée de grosse mousseline, un langeux d’étoffe bleue usée, une brassière de cotton tout neuf bordé tout autour de bord blanc, un bonnet d’indienne tout blanc, deux mauvaises couches usées, le tout mis dans un méchant oreiller de toile usée ensouillé de plumes de volaille, après avoir visité l’anfant, avoir reconnu qu’il étoit du sexe féminin, naissant, n’ayant sur lui aucun effet qui puisse le faire reconnaître de suite, nous avons enregistré l’anfant sous le nom et prénom de Marie CHEVALLERIE, fille naturelle, et avons ordonné qu’elle fut remise à la femme de Pierre LEMOINE, cultivateur au Clos-Doillet au dit Fougeré…

Devenue domestique, elle épouse le 29 juin 1862 à La Chapelle-d’Aligné (72), Jean-Joseph DUTEIL, également domestique, dont postérité…


Les enfants trouvés à Fougeré en 1831

Après la terrible année de 1830, le rythme des enfants trouvés diminue fortement à partir de 1831. Désormais, leur nombre est beaucoup plus « normal »…

  1. Emérence CHEVALLERIE, 14 janvier 1831. Déclaré par Jean BATAILLEAU cultivateur demeurant à La Chevallerie. Domestique. Mariée à Michel BESNARD, 30 janvier 1856 , Avoise (72).
  2. Médard OILLET, 08 juin 1831. Déclaré par Madelaine BESLAUD femme d’Urbain BATAILLEAU cultivateur demeurant au Clos Doillet.  Confié à la veuve Urbain GUILLEMET cultivatrice. Militaire en 1863.
  3. Marie CHEVALLERIE, 11 juin 1831. Déclaré par la veuve RAVENEAU, fileuse.  Confié à la femme de Pierre LEMOINE.

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