La femme, la servante et le bâtard, Faveraye-Machelles, 1657.

Au folio 113 du plus ancien registre de Faveraye-Machelles, on découvre un acte écrit à l’envers. Il s’agit, comme bien souvent dans ce cas de figure, de l’acte de baptême d’un enfant illégitime.

Folio 113 sur lequel, en bas à droite, on découvre un acte écrit à l’envers – [AD49 – Faveraye-Machelles – BMS -1615-1691]

Le soir du 14 septembre 1657 en effet, on baptise dans l’église de Faveraye, l’enfant bâtard de Richard FROISSART, fermier¹ des Hautes Folies et seigneur de Mondreille² ; ce qui en soi n’est guère étonnant. De nombreux « honorables hommes », « nobles hommes » ou encore « messires » et « maistres  » de toutes sortes, sont fréquemment mentionnés comme étant les auteurs de ces enfants particuliers, baptisés à la va-vite, le soir, parfois même la nuit, et notés à l’envers – ou parfois à la fin – dans les registres  !

Cet enfant, baptisé Richard, est déclaré comme étant le fruit des amours ancillaires de son père. Rien d’étonnant à cela non plus. On précise même que la servante, Françoise CAILLAUT, est à son service depuis environ deux ans. 

En revanche, et cette fois c’est très étonnant, celle qui déclare l’enfant, celle qui l’apporte donc à l’église et qui par ailleurs est également sa marraine, n’est autre que l’épouse légitime de Richard FROISSART, père du bâtard. Elle a pour nom – très joli nom au demeurant – Marie GUERIN de La TOUR et sa signature, assez imposante, ornemente le bas de l’acte de baptême du petit Richard.

Le vendredy quatorzième jour de septembre 1657 sur les sept à huict heures du soir fut baptizé en l’église de Favraye, Richard, fils batard de Richard FREUSSART, sieur de Mondreille, fermier des hautes Folies en Fabvraye, fut parain [plié] QUATROUX, fut marraine honorable femme Marie De La TOUR femme dudit FREUSSART, ladite DELATOUR nous a dict que ledit enfant estoit filz batard dudit FREUSSART son  mari et de Françoise CAILLAUD sa servante domestique depuis deux ans” – Signé Marie Guérin De La Tour.

Sur Geneanet, on découvre assez facilement le mariage de Richard FROISSARD  – dont le nom a quelque peu été écorché dans les registres de Faveraye – avec Marie GUERIN de La TOUR. Il eut lieu le 28 août 1644 à Tours, paroisse Saint-Pierre-du-Boile. Sur l’acte de mariage (voir ci-dessous), Richard FROISSART est alors dit Bourgeois de Paris. On y voit sa signature, magnifique, ainsi que celle de Marie GUERIN de La TOUR.

Mariage de Richard FROISSART, bourgeois de Paris et de Marie GUERIN de La TOUR, Tours, 28 août 1644 – (AD Indre-et-Loire)

Pourquoi ce mariage à Tours ? Le couple a-t-il eu des enfants ? Pourquoi venir vivre à Faveraye ? Y sont-ils restés longtemps ? Pourquoi Marie GUERIN de La TOUR a-t-elle acceptée d’être la marraine de cet enfant ? Pouvait-elle d’ailleurs avoir des enfants ?…

Autant de questions qui me traversent, et qui malheureusement restent sans réponse, mais … qui sait, les ombres inévitables qui s’abattent irrémédiablement sur nos ancêtres, parfois se lèvent et se dissipent, et je ne désespère pas, un jour, d’éclaircir un petit pan de leur mystère…


Notes, Sources et Liens

¹ Fermier – Attention ! Faux-ami ! Désigne une personne qui tient à ferme des terres ou qui prend à ferme le recouvrement de certains impôts.

² Sieur de Mondreille – A vérifier.

– Le contrat de mariage de Richard FROISSART et de Marie GUERIN de La TOUR a été établi à Tours le 14 septembre 1644. (Source Geneanet)

-Voir aussi – toujours sur Geneanet – un extrait du registre des Tutelles de Paris, datant de 1671, dans lequel Richard FROISSART, sieur de Mondreille, est cité.

9 réflexions sur “La femme, la servante et le bâtard, Faveraye-Machelles, 1657.

  1. Surprenant en effet. Peut-être que Marie a eu de la compassion pour Françoise et sa « situation » difficile à cette époque. Ou peut-être que Marie était une féministe avant l’heure et ne supportait pas le pouvoir des hommes sur les femmes. Du coup, elle aurait ainsi obligé son mari adultère à assumer ses actes.
    Merci pour cette lecture.

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    1. Merci pour ces suggestions. Pour ma part je pencherais plutôt pour une sorte d’usurpation de maternité, comme si la servante était en quelque sorte une « mère-porteuse » à l’ancienne… mais c’est moins joli !

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      1. Effectivement, c’est une hypothèse à laquelle je n’avais pas pensé (d’où ton interrogation sur le fait que Marie ne pouvait peut-être pas avoir d’enfant). Reste à espérer que Françoise a eu un peu le choix et n’a pas été contrainte.

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  2. La curiosité est une qualité en généalogie, et les suppositions peuvent aller bon train… Une autre : à cette époque, si pour la femme le mariage était synonyme de fidélité, pour les hommes, il en allait tout autrement. Il était bien vu qu’il ait des aventures. Ce que j’ignore, c’est le regard des femmes.

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    1. C’est une très bonne suggestion, je n’y avais pas pensé. A mon avis les femmes devaient avoir un regard très bienveillant, voire reconnaissant, sur ces « écarts » masculins, d’où, peut-être, le rôle de marraine…
      Cela me fait penser à l’un de mes ancêtres qui a fauté plusieurs fois sans que personne, semble-t-il n’en prenne ombrage… Il faut que je le retrouve…

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  3. Pour ce qui est du mariage à Tours, peut-être que Marie GUERIN de la TOUR était née là-bas, était orpheline, et héritière des domaines de ses parents.. Elle était peut-être sous tutelle d’un oncle qui a cherché un bon parti pour elle.. Souvent à cette époque, dans ces familles nobles, bourgeoises… on ne se mariait pas par amour mais par intérêt uniquement..Il faudrait savoir quel était l’écart d’âge entre les époux et voir qui était présent lors du contrat de mariage pour défendre les intérêts de MARIE, car à l’époque c’était une affaire d’hommes..

    Donc, c’est pour cela je pense que Marie GUERIN de la TOUR a fermé les yeux sur les écarts de son mari.. Même si elle devait en souffrir, on avait dû lui apprendre que c’était la loi des hommes que de chercher à détrousser tout ce qui portait jupons… À elle de vivre avec..
    Elle a du apprendre que la servante était enceinte des œuvres de son mari, et a peut-être aidé la matrone à accoucher la jeune servante, comme ça se faisait à l’époque..à moins qu’elle l’ai aidée seule..
    Normalement, c’était à la matrone de déclarer l’enfant en cas d’absence de père..
    Là, c’est elle qui déclare l’enfant de sa servante, avec le secret de la paternité qu’elle avait du sûrement avouer au curé de la paroisse lors d’une confession…
    Je ne pense pas que ça soit une naissance sous forme d’une mère porteuse, car ils auraient fait autrement, et le couple aurait adopté l’enfant..
    Peut-être que Marie avait un très bon cœur et avait pardonné à sa servante, connaissant son époux.. Donc, elle a voulu la protéger, et peut-être fait une reconnaissance de paternité à la naissance au cas où…
    Ce qui serait intéressant, c’est de savoir si Marie a eu des enfants, et si non, qui a hérité après le décès du couple..

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