Les dernières heures de Jacques GRENOUILLEAU, Melay, 1707

Melay, Le Moulin du Ry, au soir du mercredi 13 juillet 1707

Jacques GRENOUILLEAU est satisfait. Il contemple d’un œil ému toute l’assemblée. Ses fils sont là ; Pierre, bien-sûr, et sa toute nouvelle femme, la petite Jeannette, qui a l’air si brave ; François, qui, lui aussi, s’est remarié l’année dernière, suite à la mort de sa première femme – mais qu’ont-elles donc toutes à mourir ainsi ! – et René, dont le petit dernier a seulement quelques mois et qui se remariera, lui aussi, mais dans longtemps, quand le père  ne sera plus là pour le voir…

Car Jacques est fatigué. Trop de vin peut-être… ou trop de pâté aux prunes ! A moins que cela ne soit la petite Françoise, qui, toute mignonnette qu’elle soit, n’a cessé de monter et de descendre des genoux de son grand-père pendant toute la journée ; à la messe, au repas et entre les danses. Jacques l’aperçoit là-bas, enfin endormie, dans les bras de sa toute nouvelle belle-fille.
– Certes ! Elle n’est pas bien jolie, mais au moins elle sait cuisiner ! pense-t-il, tout heureux de savoir qu’il dormira ce soir au moulin et ne retournera, chez lui, à Chemillé, que demain. Pierre l’y conduira tout en allant porter la farine à ce brave curé de Saint Léonard. En attendant il rejoint le lit que lui a préparé Jeanne dans la chambre des enfants, sans savoir qu’il s’endort pour la dernière fois…

Le lendemain matin, la petite Françoise à peine réveillée se juche aussitôt sur son grand-père, elle imagine déjà les éclats de rire et se réjouit des chatouillis… mais son grand-père dort trop profondément, elle n’arrive pas à le réveiller… Françoise descend à la cuisine où déjà Jeanne, bien que nouvelle mariée, s’active déjà. Françoise, du haut de ses deux ans lui sourit :

– Maman Jeanne, Grand-père dort encore. Je peux lui apporter son lait chaud ?
– Que dis-tu ? Le père dort encore… Attends-moi là.

Jeanne sait que le père de son mari ne se lève jamais  après le lever du soleil… Pleine d’appréhension, elle se rend dans la chambre…


Melay, Cimetière, Vendredi 15 juillet 1707

La robe de mariée aura fait long feu  ! Voilà Jeanne déjà vêtue de noir… On enterre son beau-père, Jacques GRENOUILLEAU au cimetière de Melay. Mais le pire est à venir ! Dans quelques jours, dans quelques semaines, c’est toute la paroisse qui sera en deuil…

Dès le 20 juillet, les registres de Melay présentent un accroissement conséquent des actes de sépulture, comme on peut le voir sur cette page du registre correspondant.

Une épidémie fait rage. Le curé fait fi des détails superflus mais note cependant, toujours scrupuleusement, celles et ceux qui ont assisté à l’enterrement.

Les paroisses des alentours ne sont pas épargnées. A la Tourlandry, à Cossé, à Chemillé, les inhumations s’enchaînent également à un rythme effréné.

François Lebrun écrit :

L’exceptionnelle gravité de l’épidémie de dysenterie de l’automne de 1707, résurgence de celle de l’année précédente après quelques mois de rémission, vient précisément du fait qu’elle sévit dans des paroisses déjà durement éprouvées ; plus limitée géographiquement (seuls le Craonnais et les Mauges sont touchées), elle se révèle infiniment plus meurtrière que l’épidémie de 1706. Tout commence dans les derniers jours de juillet 1707. Le mois avait été remarquablement chaud et sec : le 19 et le 20 notamment, la température avait été si élevée qu’il y avait eu dans les campagnes de nombreux accidents mortels. Or l’on a dit le rôle des brusques changements de température dans la propagation de la dysenterie bacillaire.

Les Hommes et la Mort en Anjou aux XVIIè et XVIIIè siècles, p.248.


Jacques GRENOUILLEAU est l’un de mes ancêtres de la dixième génération. J’ignore quels sont ses parents. Il est mort le lendemain du troisième mariage de son fils, Pierre GRENOUILLEAU, dont je descends par sa fille, Françoise GRENOUILLEAU, qu’il a eu avec sa deuxième femme, Mathurine RICHARD, décédée lors de la première vague de dysenterie, en 1706.

à suivre…

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5 réflexions sur “Les dernières heures de Jacques GRENOUILLEAU, Melay, 1707

    1. Merci Sébastien pour ce commentaire.
      J’ai un peu de mal à me « matérialiser » en tant que personne dans ces Rendez-vous Ancestraux, mais je « vois » parfois mes ancêtres, comme dans un film, et c’est ce que j’ai essayé de transcrire…

      Aimé par 1 personne

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