Baptisée le lendemain de l’éclipse du soleil, Ecuillé, 12 août 1654

C’était il y a … 365 ans !

Ecuillé, mercredi 12 août 1654

Une petite notation dans la marge  a attiré mon regard…

La petite Perrine Crochet, fille de Pierre et de Perrine RONDEAU a été baptisée le lendemain de l’éclipse du soleil du 12 août 1654. Cette remarque parait anodine. Elle ne l’est peut-être pas…

Eclipse du soleil du 12 Août 1654

En effet, cette éclipse du 12 août 1654 suscita une abondante littérature dans laquelle s’affrontèrent détracteurs et défenseurs de l’astrologie. (Voir à ce sujet L’Entrée de Saturne au Lion, Elisabeth Labrousse, 1974).

Tout commença en août 1652, par une Dissertation composée par le docteur Andreas Argolin, astrologue et professeur à Padoue, consacrée à l’éclipse du 12 août 1654 à laquelle il attribue des effets funestes en raison d’une configuration particulière du soleil et de certaines planètes, telle Saturne et Mars, réputées maléfiques. Ces prédictions, déformées et amplifiées, répandirent la peur à Paris. On attendait la fin du monde dans un délai de deux ans et, à l’approche de l’éclipse, une angoisse générale, voire une sorte de panique populaire, apparurent.

Face à l’agitation grandissante, les autorités politiques et religieuses de la France jugèrent nécessaires de réagir contre cet affolement. Des réfutations furent publiées en grand nombre. Ainsi fit-on appel à Pierre GASSENDI (1592-1655), professeur au Collège royal, qui écrivit une brochure de 16 pages intitulée Sentiments sur l’éclipse qui doit arriver le 12 du mois d’août prochain. Pour servir de réfutation aux faussetés qui ont été publiées sous le nom du Docteur Andreas.

Une des Pensées de Pascal évoque ce grand débat :

« Ils disent que les éclipses présagent malheur, parce que les malheurs sont ordinaires, de sorte qu’il arrive si souvent du mal, qu’ils devinent souvent ; au lieu que s’ils disaient qu’elles présagent bonheur, ils mentiraient souvent. Ils ne donnent le bonheur qu’à des rencontres du ciel rares ; ainsi ils manquent peu souvent à deviner. » (Blaise Pascal, Pensées.)

 

 

Un exemple de réfutation

Mais pour en revenir à notre toute petite Perrine CROCHET, je vous livre ce passage extrait d’une des nombreuses réfutations du « tract » du docteur Andreas (en ligne sur Gallica), qui éclaire d’un jour nouveau la mention marginale du curé…

On a publié, que l’an 1654, il paraîtrait un changement au Ciel, qui causerait de grands désordres sur la Terre. On veut que cette défection du Soleil produise celle des Peuples, et que la suspension de la vertu de cet astre pour quelques heures, présage la ruine des Puissances souveraines pour toujours. Il y a même des femmes, qui pour se faire plus de peur, assurent que toutes celles qui sont nées au mois d’août, doivent infailliblement mourir cette année.

Examen du jugement de l’Argolin sur l’éclipse du mois d’août 1654, René de Ceriziers, (1603-1662), Paris, 1654. (Orthographe modernisée)

Alors cette petite Perrine ? A-t-elle survécu ?… Hélas, pour le moment, je l’ignore ! Je n’ai pas trouvé son acte de décès, mais je n’ai pas trouvé non plus de preuve de son existence au delà de ce baptême…


  • Illustration – « Le soleil et la lune ». (Le miroir historial, de Vincent de Beauvais, traduction de Jehan du Vignay, XVe siècle)

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