Testament olographe de Gabriel de la Porte, 1730, Paris

Un témoignage émouvant

Le 13 février 1730, deux jours après le décès de Gabriel De La Porte, sa veuve, Geneviève BASTONNEAU, dépose chez le notaire le testament olographe (1) de son mari qu’il avait écrit, deux ans auparavant, le 30 novembre 1728. Le document est bien évidemment dûment authentifié avant d’être enregistré et conservé. J’ai pu ainsi le relire, des centaines d’années plus tard… (Voir le document publié sur Geneanet ici)

Ce testament m’a ému. Certaines informations, concernant en particulier les cinq enfants de ce personnage qui, tous, sont morts avant lui, sont assez poignantes. Elles donnent une image très éloquente des sentiments que pouvaient ressentir nos ancêtres lors de la perte d’un être cher.
La perte d’un enfant, bien que beaucoup plus fréquente et quasiment inévitable autrefois, n’en demeurait pas moins douloureuse et irréparable. Nos ancêtres, pas plus que nous, ne s’y habituaient et, à la lecture de ce testament, on découvre un père inconsolable qui exprime avec délicatesse, une grande et terrible tristesse, atténuée cependant par une douce résignation.

Testament olographe de Gabriel De LA PORTE (2)

Au nom de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, Je soubsigné Gabriel De la PORTE conseiller du Roy en la Cour du Parlement et grande chambre d’icelle, ay fait, écrit et signé mon Testament en la manière qui ensuit.
Considérant que mon obligation principale comme chrétien est de me mettre en état d’aller rendre compte à Dieu de toutes les actions de ma vie, si tost qu’il plaira à sa Divine Majesté de m’appeler à luy ; et que le Père Eternel s’estant reservé la connoissance des temps et des moments, il a voulu que le moment décisif de nostre éternité, nous fut caché, pour nous donner lieu de nous y préparer à tout moment.
J’ay bien la hardiesse, tout pécheur que je suis, de luy recommander mon âme, au terrible moment qu’elle sera séparée de mon corps, dans la confiance que j’ay en sa miséricorde qui est infinie, et dans les [ mains ? ] de son fils et notre unique Médiateur Nostre Seigneur Jésus Christ, qui a bien voulu souffrir et mourir pour moy, invoquant tous les Saints et Saintes d’intercéder pour moy auprès de sa divine Majesté et principalement la très sainte Vierge sa Mère, Saint Gabriel mon patron, Mon Ange Gardien, Saint Jean Baptiste, Sainte Marie Magdelaine et Sainte Geneviève.
J’élis ma sépulture au cimetière de la paroisse dans laquelle je seray décédé, souhaitant qu’il n’y ait aucune tenture de deuil à l’enterrement ny au service qui se fera en l’église de ladite paroisse, aux vigiles qui se diront, pour rendre le devoir à mon Pasteur et que le tout soit fait avec modestie, et je souhaite aussi qu’il soit dit un Annuel dans l’Église de L’hôpital de la Charité.
Dieu m’ayant affligé pour mes Péchés, par la mort de mes deux fils et de ma fille à la fleur de leur âge ; le puîné (3) étant mort le premier âgé de vingt ans seulement en février mil sept cent six, et que je pleurerai toute ma vie, vue ses aimables qualités qui me donnaient lieu d’en espérer tout et l’Aîné étant mort en janvier mil sept cent neuf, âgé de trente trois ans seulement après avoir exercé sa charge de Conseiller au Parlement en la troisième Chambre des enquêtes avec honneur et distinction pendant près de six années. Et ne me restant plus aucun des cinq enfants qu’il avoit plu à Dieu de me donner de mon mariage pour ma consolation, que les deux petits enfants que m’a laissé ma chère fille Marguerite Françoise De La PORTE, épouse de Monsieur de Pleurre, Conseiller au Parlement, décédée le jour du samedi saint de l’année mil sept cent treize ; je les faits et institue mes légataires universels et les substitue respectivement l’un à l’autre en cas de décès de l’un d’eux sans enfants et à la charge d’exécuter toutes les dispositions de mon Présent Testament, qui ensuivent.
Je ne peux trop marquer ma reconnaissance à Monsieur MABILE à présent mon secrétaire, de tous les soins qu’il a pris de l’Éducation de mon fils puîné, suivant en cela l’affection que son Père, son oncle, et son Grand oncle ont toujours eu pour mon Père et moy et pour toute ma famille, je veux qu’il soit toujours sa vie durant nourri dans la maison, et qu’il luy soit donné annuellement cent cinquante livres pour son entretien, tant qu’il demeurera avec ma femme, et où il ne demeurerait plus avec elle, qu’il lui sera payé quatre cent livres de rente annuelle et perpétuelle, rachetable de huit mille livres à la commodité de ma femme.
Item, je donne et lègue à Des Granges à présent mon laquais, qui l’était cy devant de mon fils aîné, outre les gages qui luy seront dûs au jour de mon décès, la somme de trois mille livres, en reconnaissance des services qu’il a rendus à mon dit fils, et surtout pour les soins attentionnés qu’il a pris de luy dans sa petite vérole, et dans la dernière maladie dont il est décédé, et des services qu’il m’a rendu depuis et qu’il me rendra jusqu’à mon décès.
Je donne et lègue six cent livres à un fois payée à la femme de chambre qu’aura ma femme et pareille somme à la femme de charge qui sera au logis lors de mon décès.
Je donne et lègue à la servante de cuisine, à La Roux Peltier, à Ogier mon cocher, et à Picard, laquais de ma femme, deux années de leurs gages au pardessus de ce qui leur en sera dû à chacun lors de mon décès.
Item je donne et lègue deux mille livres aux pauvres de la paroisse de Paris, en laquelle je seray demeurant lors de mon décès.
Plus donne et lègue deux cent livres aux pauvres du lieu de Limeil en Brie (4) où j’ai ma maison de campagne et trois cent livres à mon jardinier dudit Limeil.
Desquelles deux mille livres d’une part et deux cent livres d’autres, [?] pauvres, mon exécutrice testamentaire fera la distribution, suivant la connaisance qu’elle aura de leurs besoins, dont je la prie de prendre le soin par elle même, sans s’en fier à personne, de laquelle distribution je la décharge de rendre aucun compte à qui que ce soit.
Je la prie aussi de faire dire pour le repos de mon âme deux cent messes basses le lendemain du jour de mon décès en telles églises qu’elle jugera à propos.
Plus je donne et lègue cent livres de pension à Mademoiselle la Veuve du sieur Aubin, cy devant mon secrétaire la vie durant, attendu le nombre d’enfants dont elle est chargée, laquelle pension après son décès sera continuée à celuy de ses fils qui travaille à présent sous Monsieur MABILE mon secrétaire, jusqu’au décès dudit sieur Aubin.
Je prie ma chère femme et à son défaut Monsieur de Pleurre mon gendre, de vouloir bien accepter l’exécution de ce mien testament, lequel j’ay fait et signé après l’avoir relu, ce jour d’huy en ma maison de Paris, Rue Saint Pères, Quartier Saint Germain des Prés, lundy jour de Saint André, trente novembre mil sept cent vingt huit.

Gabriel De la PORTE.

 

 

Gabriel De La Porte

Gabriel de La PORTE est le fils de Pierre De La PORTE, sieur de la Suardière, Porte manteau de la Reine, Premier valet de chambre ordinaire du Roi,  et de Françoise COTIGNON. La tante de Gabriel De La Porte, Claude, avait épousé Mathurin Le COMMANDEUX, fils aîné de mon ancêtre Jacques LE COMMANDEUX, marchand drapier.


Notes

(1) Testament olographe – Testament entièrement écrit de la main de son auteur, établi sans l’intervention d’un notaire.

(2) Pour plus de lisibilité, j’ai parfois modernisé l’orthographe.

(3) Puîné – Qui est né après un frère ou une sœur.

(4) Limeil en Brie – Actuellement, sans doute, Limeil-Brévannes.


Vignette

Armes de Gabriel De La Porte – Armorial d’Hozier, tome XXIV, p.1431. (Gallica)

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7 réflexions sur “Testament olographe de Gabriel de la Porte, 1730, Paris

  1. C’est vraiment très touchant, et on sent aussi l’affection qu’il a pour sa femme, et son bon coeur (il lègue beaucoup à ses serviteurs, aux pauvres, etc).

    Un document qui en apprend beaucoup sur l’individu, c’est très chouette !

    Aimé par 1 personne

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