Deux cousines en voyage

Voici ma première participation au désormais très célèbre #RDVancestral. Cette participation, cette plongée dans le grand bain, ce grand saut dans le passé, je le dois à ma cousine Mélanie auteur du blog Murmures d’Ancêtres avec laquelle je partage cet article. Il est toujours très étrange de se découvrir une cousine lointaine, qui plus est une cousine qui partage la même passion que la vôtre,  et qui tout comme vous, avec bien-sûr de nombreuses différences, a créé son propre blog de généalogie, quelques mois avant que vous ne créiez le vôtre… sans aucune concertation bien évidemment !

N’est-il pas étrange en effet que deux mondes totalement inconnus l’un de l’autre, celui de Mélanie et le mien, se rencontrent et se croisent, pour la seule et simple raison qu’il y a plusieurs siècles, des hommes et des femmes se sont aimés et se sont unis, ont vécu puis ont disparu, laissant derrière eux une ribambelle d’enfants, qui, à leur tour, se sont aimés et unis, ont vécu puis ont disparu, et ainsi de suite, créant un jour, bien plus tard, quelque part, Mélanie, et quelque part, moi-même ?

Certes, nos ancêtres communs sont bien lointains – Pour tout savoir sur nos cousinages, lisez C’est ma cousine sur le blog de Mélanie qui en parle fort bien – mais il n’empêche, quand je songe à Mélanie, à nos racines communes, aux quelques gouttes de sang identiques, qui, indubitablement, coulent dans nos veines, il me semble sentir des liens, anciens et invisibles, qui nous relient, nous entraînent et nous attachent aux mêmes lieux et aux mêmes noms…

Est-ce la raison pour laquelle, alors qu’une fois encore je songeais à notre incroyable rencontre, je me suis retrouvée, bien malgré moi, entraînée dans les méandres du passé ? Est-ce parce que Mélanie, sans que je le sache, me tenait la main ? Quoi qu’il en soit, je me suis réveillée en sa compagnie dans un chemin creux de l’Anjou. Nous étions en l’année 1644, mais nous savions qu’il nous suffisait de fermer les yeux pour nous téléporter où nous voulions, et dans l’espace et dans le temps…

Pour lors, nous regardions, terrorisées et incapables du moindre mouvement, une charrette qui fonçait sur nous à toute allure ! Impossible de l’éviter… Et c’est ainsi, alors que la charrette passait sur nous sans même nous effleurer, que nous comprîmes que nous n’étions pas de ce monde, mais seulement des ombres invisibles autorisées à parcourir le passé…

Les voyages pouvaient commencer…

9 mai 1644, Andard…

Les cloches sonnent… Les mariés s’avancent. Jeanne OUDET tient fièrement le bras de sa fille, Andrée NAU. Cette dernière n’est pas apeurée. Elle épouse Laurent FELON, le fils de son beau-père,  Marc FELON, qui est aussi le frère de son beau-frère… En effet, Guillaume, le frère de Laurent, est déjà marié à sa sœur Michelle…

Je devine vos yeux interrogateurs… Moi-même, je suis un peu perdue… Je décide de repartir quelques années en arrière…

27 juin 1640, Le Plessis-Grammoire…

Quatre ans plus tôt, les cloches sonnent également en l’église Saint-Etienne du Plessis-Grammoire, le fils aîné de Marc FELON, Guillaume, épouse ce jour-là Michelle NAU, la fille aînée de Jeanne OUDET. Cette dernière est veuve depuis de longues années déjà et ses filles, Michelle, celle qui se marie aujourd’hui, et Andrée qui n’a encore que 17 ans, n’ont presque pas connu leur père, Anceau NAU, disparu bien trop tôt, il y a déjà de cela une douzaine d’années. Heureusement, Jeanne avait auprès d’elle son fils, René, qui n’a cessé de la soutenir. Il s’est occupé de tout… Pour lors, ce Guillaume FELON lui plaît bien. Il sera un bon époux pour sa fille, elle en est sûre. Il n’y a qu’à regarder son père, Marc. C’est encore un bel homme, dans la force de l’âge. A côté de lui, sa femme, Renée DAUDOUET, a l’air bien maladif. On ne peut s’empêcher de remarquer ses traits tirés, son teint cireux, ses yeux creux. On chuchote qu’elle a été très malade pendant la contagion qui, l’année précédente, a décimé la paroisse, et son pâle sourire cache mal sa maigreur.

Mais Renée quant à elle, songe malgré tout qu’elle est bien heureuse de voir son fils se marier et qu’elle sera peut-être bientôt grand-mère…

Hélas ! Je n’ose le lui dire – d’ailleurs m’entendrait-elle ? – mais sa première petite fille qui naîtra au printemps suivant arrivera trop tard… En son honneur, Guillaume lui donnera le prénom de sa mère défunte…

Médusée, Mélanie toujours à mes côtés, je me sens soudain enlevée par un souffle invisible. J’ouvre les yeux que j’avais fermés… Un an s’est écoulé…

15 juillet 1641, Le Plessis-Grammoire…

De nouveau les cloches sonnent en l’église du Plessis-Grammoire. Cela fait maintenant plus de trois mois que Marc FELON s’est retrouvé veuf. Tout naturellement il s’est tourné vers Jeanne. Il avait tout de suite aimé les manières douces et simples de la mère de sa belle-fille, sa gentillesse, son sourire… Elle était seule. Il est seul maintenant à son tour. Quoi de plus simple que de la demander en mariage !

Marc songe que la vie est bien imprévisible : « Il y a un an mon fils se mariait en cette église. Qui aurait pensé qu’un an plus tard, ce serait mon tour ! Qui plus est avec la mère de sa femme ! »

« Marc FELON et Jeanne OUDET, je vous unis par les liens sacrés du mariage… » La voix forte et assurée de l’abbé CLOQUET résonne dans la sacristie…


Je regarde Françoise : à force de changer d’époque et de rencontrer toutes ces différentes générations, elle risque d’avoir la tête qui tourne, surtout pour un premier voyage… Mais elle semble bien supporter l’expérience. Mon attention se porte à nouveau sur la cérémonie.

Il y a du monde dans l’église du Plessis-Grammoire : nous distinguons à peine les mariés. Mais d’où je suis je vois clairement le jeune abbé CLOQUET qui préside à la cérémonie. Il vient d’arriver dans la paroisse et y restera un peu plus de 35 ans : il va en voir passer, de nos ancêtres, depuis la cuve baptismale jusqu’à la fosse finale… Il marquera sans doute toute la paroisse car lors de son décès en 1679 une plaque testamentaire en cuivre portant son effigie peinte sera apposée dans la sacristie. Oubliée des mémoires, elle ne sera redécouverte qu’en 1888 lors de la démolition de d’une cloison de la sacristie. Je regarde le reste de l’assistance : il y a du beau monde parmi les témoins car je reconnais le vicaire Jean CROSNIER ainsi que Charles LESOURD qui est maître chirurgien. A côté de lui, je montre du doigt à Françoise un autre témoin :

– « C’est Maistre René GUESPIN ! Il est sergent royal au Plessis, comme le sera son fils. Il est originaire de Saint Sylvain d’Anjou. Dans quelques années sa fille épousera le notaire royal de la paroisse : tu sais, il existe encore aujourd’hui le château à motte de la Haie Joulain à Saint Sylvain (enfin, une reconstitution) où ils demeuraient. Est-il de tes ancêtres aussi ? »

La cérémonie se termine. Et si nous retournions en 1644, point de départ de notre voyage ?

Une seconde passe. Trois ans se sont écoulés. Nous revoici dans une église pour un autre mariage : nous sommes de retour à Andard. Laurent FELON, fils de Marc, épouse donc Andrée NAU.

9 mai 1644, Andard…

Il y a de la tendresse dans les yeux de Laurent. Lui et Andrée se côtoient depuis quelques années, puisque leurs parents se sont remariés ensemble, sur le tard. Marc avait la soixantaine et Jeanne 10 ans de moins, mais depuis trois ans cette union est un bel exemple à suivre pour Laurent. Il espère que son mariage avec Andrée sera aussi heureux. Il jette un coup d’œil à ses proches : les deux Guillaume, celui que l’on surnomme « Lesné » et l’autre, « le Jeune », son frère, qui sont ses témoins; sans oublier son père bien sûr. Jamais il n’aurait voulu que ce jour arrive sans la présence des membres de sa famille, chaude et rassurante. Mais rapidement son attention se concentre sur celle qui va, dans un instant, devenir son épouse. Il pense à l’avenir et fait le voeu en secret d’avoir une belle et nombreuse famille. Une vie simple mais heureuse.

Bien que plutôt courte, sa vie sera remplie d’enfants (11 tout de même)… mais ça, nous ne pouvons le lui révéler.


Non Mélanie, ne t’inquiète pas, tout va bien ! Je m’habitue et prend plaisir à voyager rapidement sur les courants du temps…

Vers 1645, Andard …

Andrée NAU met au monde son premier enfant. Il sera prénommé Pierre. A peu près au même moment – peut-être le même jour. Qui sait ? –  sa sœur, Michelle accouche aussi d’un garçon qui sera également prénommé Pierre. Nous voici désormais avec deux Pierre FELON, cousins germains, qui vont vivre à quelques kilomètres l’un de l’autre…

J’ai désormais la maîtrise du temps et, en un quart de seconde, je nous transporte 30 ans plus tard, en 1675…

9 juillet 1675, Le Plessis-Grammoire…

Cette année-là, la même année, à quelques mois d’intervalle, nos deux Pierre FELONs vont se marier dans la même église, celle de Saint-Etienne du Plessis-Grammoire où officie encore l’abbé CLOQUET, celui-là même qui a déjà marié leurs parents ! Tu as raison Mélanie, il a dû baptiser, épouser et ensevelir un nombre incalculable de nos ancêtres !

Ce 9 juillet, c’est Pierre, celui dont nous descendons, le fils de Laurent et d’Andrée, qui se marie avec une fille JOUBERT de la Jousselinière à Villevêque (ou peut-être s’agit-il de La Joussinière… J’ai du mal à comprendre ce que disent les invités…) et le 17 septembre, à la fin de l’été, c’est le second Pierre FELON, son cousin germain, celui de Guillaume et Michelle, qui convole à son tour, juste avant les vendanges, avec une fille LETTRIE.

Les deux sœurs NAU, Andrée et Michelle, sont très fières de marier chacune leur fils aîné, même si, un peu de tristesse se mêle à leur bonheur, car, hélas, elles sont toutes les deux veuves. Andrée aurait tant voulu que Laurent s’associe à son bonheur…

Allez ! Encore un petit saut de dix ans ! Nous voici en 1685. Toujours accompagnée de Mélanie, je me faufile avec difficulté parmi la foule qui se presse autour de l’église d’Andard afin d’atteindre la grande porte.

27 mai 1685, Andard…

C’est le jour de la nomination du Procureur de la confrérie de Saint-Symphorien. Il y a quelques semaines, l’ancien procureur, Simon GAULTIER, est mort. Il faut donc le remplacer. C’est Mathurin LEBRETON qui en reçoit la charge.

Oh, j’ai bien fait de venir car je m’aperçois que je m’étais trompée ! Eh oui, tout est clair maintenant que je suis sur place !

Tous les paroissiens d’Andard sont là et parmi eux, nos deux Pierre FELONs. Pour les différencier, on les appelle de leur nom suivi de l’endroit où ils vivent. C’est ainsi que j’entends dire que Pierre FELON de La Porcherie est celui qui est Procureur de la Fabrique, tandis que l’autre est dit Pierre FELON de Chauceron. C’est ainsi que je m’aperçois de ma méprise, celui qui signe, ce n’est pas celui de la Porcherie, mais celui de Chaucheron. Et celui de Chaucheron, c’est le mari de Guillemine LETTRIE, qui d’ailleurs va bientôt y mourir.

Vite ! Il faut que je revienne en 2018 et rétablisse la vérité ici

Carte de Cassini (GallicaBnF)

Non !!! Trop tard ! Françoise, excitée par sa découverte, est retournée dans le présent pour corriger l’article de son blog. Elle ignorait sans doute qu’à trop penser à une époque on y est transportée automatiquement ! Bon, je n’ai plus qu’à rentrer toute seule… Je n’ai même pas eu le temps de lui dire au revoir.


Quel plaisir également pour moi, Mélanie ! Pardon d’être partie si vite et merci de m’avoir entraînée dans cette aventure ! Car le mal est fait, j’y ai pris goût et  je reviendrai à coup sûr me promener sur  les méandres du temps où peut-être à nouveau nous nous croiserons, soit dans la pénombre d’une église, soit au détour de quelque chemin, ou bien encore, au creux d’une alcôve  ou près de la chaleur d’un âtre…

Vous l’aurez compris, Mélanie « parle » en bleu et mes paroles sont en rouge et pour retrouver cet article sur le blog de Mélanie,  avec une autre introduction et une conclusion différente, cliquez ici.
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10 réflexions sur “Deux cousines en voyage

  1. Merveilleuses petites cousines,qui savez si bien conter notre famille…
    Passion commune,j’ai vraiment beaucoup de chance de vous avoir rencontrées.
    Pour moi .
    Une Marie Guespin X Michel Busson d’Ecouflant (12 génér).?
    Une Jehanne Guespin x Jehan Davau,meunier des moulins de Villevêque,avant 1595 ?
    Bien loin dans le temps !

    Aimé par 1 personne

  2. Absolument passionnant et si vivant. Ce récit nous transporte avec bonheur dans ce coin d’Anjou quelques siècles en arrière. La généalogie telle qu’on en rêve. Merci.

    Aimé par 1 personne

  3. J’aime beaucoup ce RDVAncestral à quatre mains, la partie est superbement jouée.
    Quelle chance d’avoir trouvé cette complicité généalogique !
    J’aimerais bien cousiner avec vous pour écrire ainsi.

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