Histoire de Marie-Louise ABELLARD (1772-1840) laissée pour morte dans la Forêt de Vezins (#AdopteUnAncêtre n°1)

Voici un nouveau RDV qui a tout pour me séduire ! Suivre un inconnu rencontré dans les registres : quoi de plus délicieux ! (Pour en savoir plus sur #AdopteUnAncêtre voir ici)

Pour mon premier ancêtre adopté officiellement j’ai choisi une femme, une vendéenne qui fut blessée en 1794 dans la forêt de Vezins et y laissée pour morte. En 1824, trente ans après les faits, elle déposait un dossier de pension qui racontait et dévoilait quelques bribes de son passé. J’ai tenté d’en savoir plus… 


Dossier de Pension de Marie Louise ABELLARD

Dans son dossier de pension, Marie Louise ABELLARD (son nom est également orthographié ABAILARD ou encore ABESLARD) est dite veuve et mère de six enfants. Elle dépose sa demande à double titre, tant en qualité de veuve de brave soldat vendéen que comme martyre elle-même.

Son défunt mari, Joseph VINCENT, est en effet réputé avoir fait toutes les campagnes de la guerre dans les rangs des royalistes dans l’armée d’Anjou et Haut Poitou, dont les fatigues et l’épuisement presque total lui ont fait terminer ses jours il y a environ dix ans.

Quant à elle qui est dite couverte de blessures qu’elle a reçues de la main des Républicains dans un massacre qui eut lieu dans la forêt de Vezins le 11 mars 1794, plusieurs témoins oculaires, dont François René VIAU, capitaine de la première division des armées royales de la Vendée, attestent qu’à l’époque du onze mars mil sept cent quatre vingt quatorze, étant dans la forêt de Vezins, elle y fut massacrée et reçut plusieurs coups de sabre et de feu dont elle est restée pour morte sur place ».

En-tête du dossier de pension de Marie Louise ABELLARD (AD49)

Un certificat médical détaille précisément les plaies et les blessures que lui ont affligées les Républicains. Il est établi par le chirurgien Jean Baptiste Baguenier Desormeaux, celui-la même qui créa puis dirigea, sous les ordres de Stofflet, l’hôpital caché dans la forêt de Vezins :

Loin du regard des bleus, au centre de l’épaisse forêt de Maulévrier [Les forêts de Maulévrier, de Vezins et du Breuil-Lambert, voisines et pour ainsi dire réunies ensemble, occupaient alors une grande partie de l’espace qui sépare Maulévrier, Yzernay, Chanteloup, Nuaillé et Tout-le-Monde], près d’un grand chêne appelé le Chêne des Marchais, Stofflet fit construire une maison en planches où il installa une imprimerie, des logements pour ses officiers et divers ateliers. A peu de distance de ce premier bâtiment s’élevait un édifice plus vaste qui servait d’hôpital pour les malades et les blessés. Des femmes lavaient le linge ou préparaient la charpie ; des prêtres administraient les secours de la religion, et le chirurgien Désormeaux, aidé dans cette oeuvre charitable par les religieuses de Saint-Laurent -sur-Sèvre, prodiguait les secours de la science. [Stofflet et la Vendée, par Edmond Stofflet, 1875, p.209 in Gallica]

Le personnage principal

Marie-Louise ABELLARD fut baptisée le 20 octobre 1772 au lieu-dit de La Huttière à Vezins. Sa mère, Madelaine OGEREAU mourut alors qu’elle n’avait pas encore six ans. Son père, Jacques ABELLARD, tisserand de Vezins, remarié puis veuf à nouveau, disparut dans la tourmente des Guerres de Vendée. Le onze mars 1794, alors âgée d’une vingtaine d’années, la jeune fille qui portait alors régulièrement aide et secours aux blessés réfugiés dans la Forêt de Vezins, fut victime des Républicains et laissée pour morte dans les taillis. Soignée par le chirurgien DESORMEAUX, remise de ses blessures mais n’ayant plus de famille, elle épousa en août 1796 à Cossé-d’Anjou, Joseph VINCENT, un soldat ayant combattu dans les rangs royalistes. Comme son dossier de pension l’indique, elle mit ensuite au monde six enfants dont l’un d’entre eux, Pierre, marié en 1826 à Marie BENARD,  la fera grand-mère de nombreuses fois. Elle mourut à Cossé-d’Anjou le 13 avril 1840 âgée de 67 ans.

La Huttière à Vezins,, lieu de naissance de Marie-Louise ABELLARD – (Carte Cassini, numérisée par Gallica)

Les personnages secondaires

  • François René VIAU, Capitaine de la Première Division des Armées Royales de Vendée –  François CHARIER – Vincent François BRUNET – René GENSELOT. Survivants du massacre ayant été perpétré dans la Forêt de Vezins le 11 mars 1794 et témoins oculaires des blessures de Marie-Louise ABELLARD. Tous quatre habitants de Vezins et signataires d’un certificat daté du douze février 1824.
Signature des quatre témoins au bas du certificat du 12 février 1824 – (AD49)
  • Jean-Baptiste Etienne BAGUENIER DESORMEAUX (1768-1836) ancien chirurgien des armées royales vendéennes. Auteur d’un certificat décrivant très précisément les blessures de Marie-Louise ABELLARD qu’il a soignée personnellement. « Je certifie le tout sincère et véritable ayant  moi même donné tous mes soing à la dite ABELARD jusqu’à sa guérison et après cela elle resta encore à l’opital n’ayant plus de parent et elle s’y occupa en ce qu’elle pu faire. »

Les faits

C’est dans la forêt de Vezins, réputée impénétrable, que Stofflet avait établi son quartier général ainsi qu’un hôpital et un refuge pour les habitants des villages alentours. Selon les historiens, c’est le 25 mars 1794 au matin qu’eurent lieu les terribles massacres : la dixième colonne infernale, sous les ordres de Crouzat,  après avoir perpétré un premier massacre à La Poterie, entra dans la forêt de Vezins. Tous ceux qui furent découverts furent impitoyablement massacrés, les malades et les blessés, mais aussi les prêtres, les femmes et les enfants qui par malheur se trouvaient là. Marie-Louise ABELLARD est censée avoir été massacrée le 11 onze mars. Y eut-il plusieurs massacres ? Les témoins se sont-ils trompés ? Quoi qu’il en soit, Marie-Louise reçut trois balles et s’effondra sur le sol.

1-Une balle et des morceaux de fer lui traversent le bras droit au dessus du poignet ; les muscles étant coupés, elle en est restée totalement estropiée.

2-Une autre balle lui a traversé le bras gauche.

3-Une autre balle a passé transversalement la poitrine  et a traversé les deux mamelles.

Sur les lieux du drame s’élève désormais une chapelle. (De très belles photos ici)

 

 


Epilogue

Une pension de 50 francs fut accordée à Marie-Louise ABELLARD.

 

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12 réflexions sur “Histoire de Marie-Louise ABELLARD (1772-1840) laissée pour morte dans la Forêt de Vezins (#AdopteUnAncêtre n°1)

  1. Merci pour l’article sur cette ancêtre adoptée. Sur le « 6bisruedemessine » nous avons eu l’occasion de parler de nos ancêtres et collatéraux ayant vécu cette guerre de Vendée mais a priori aucune ancêtre femme n’a pu participer d’aussi près à ces terribles événements du côté de Vezins. Bravo aux AD 49 pour la mise en ligne des demandes de pensions.

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    1. J’ai bien-sûr des ancêtres très proches qui ont vécu les Guerres de Vendée (et je n’en ai pas encore fait totalement le tour d’ailleurs), mais cette femme m’a touchée car, bien que sur Geneanet, elle n’était qu’un nom tout esseulé sans ascendance ni descendance. Pire, elle apparaissait dans un arbre avec sa date de naissance mais sans lien avec les événements tragiques racontés ici.
      Et puis de toute façon, il y a de grandes chances pour qu’elle soit une cousine éloignée…

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  2. Décidément, un coin bien dangereux ! L’un de mes ancêtres fut tué sur la route de Coron à Vezins « près le petit bois de la Roche » en janvier 1794. Mais apparemment, par « les insurgés de la Vendée », comme on disait alors…

    C’est en tout cas une excellente idée de suivre ainsi la piste d’un ou d’une inconnue : l’occasion d’en apprendre davantage sur l’histoire. Bravo !

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  3. Oh c’est amusant, le chirurgien qui l’a soignée est mon ancêtre à moi ! Je me demande dans quelle état était cette pauvre femme après les coups de sabre et feu, elle a bien mérité sa pension.

    Du coup je serais bien intéressée par le visionnage du billet de JBE Baguenier Desormeaux, pourrais-tu me transmettre les références de cette source ?

    On va devoir créer, comme entre plusieurs arbres voisins : #entrelacementdancetres !

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      1. Mille mercis, j’y cours de ce pas !

        Je m’efforce de rassembler les éléments de sa vie, mais aucun document n’est arrivé dans ma branche de famille, j’ai donc peu d’infos et dois tout contrôler.

        Les histoires de cette période sont vraiment passionnantes je trouve (bien qu’on ait régulièrement le coeur en miettes à la lecture des précisions des massacres survenus).

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  4. Merci Françoise pour cette toute petite et si grande page de l’histoire des guerres de Vendée.
    Je suis au bord des larmes à la lecture de cette page. Moi aussi, comme Hélène, j’ai le coeur en miettes.
    Tu présentes-là l’une des rescapées des batailles sanglantes qui ont eu lieu dans la forêt de Vezins, et où a été bâtie ensuite une chapelle des martyrs. Incroyable que cette femme ait survécu à autant de blessures.
    Merci beaucoup. Et je te souhaite de retrouver toute l’histoire de Marie-Louise, au nom de tous les anonymes morts pendant ces guerres de Vendée.

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  5. en 2013, au « 6bisruedemessine », François-René Denou (1769-1832) fut adopté comme « cousin adopté historiquement assisté ». Lui fut soldat napoléonien et de multiples fois blessés lors de diverses batailles, décoré de la Légion d’honneur. Malgré des recherches faites à l’époque, je n’ai pu le raccrocher à nos ancêtres qui pourtant possèdent les mêmes patronymes : Renou donc, Dion, Lainé !

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