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Une croix et quelques tombes…

Petite ballade au cimetière , il y a 300 ans.

Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde (49)

Les registres paroissiaux de Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde du début du XVIIIè siècle contiennent quelques actes de sépultures très particuliers dans lesquels le curé a noté l’endroit précis où le défunt avait été inhumé dans le cimetière.

Bien sûr ces précisions sont sommaires. Pas de numéro, pas de rangée, ni même de tombe, mais des éléments extérieurs, tels qu’une croix, la grille d’entrée ou le presbytère, qui permettent, peu à peu, au fil des actes, de reconstituer – ou presque – le cimetière, tel que nos ancêtres le voyaient, il y a de cela tout juste 300 ans.

Voici donc, au travers de quelques extraits d’actes de sépultures, une petite ballade dans ce cimetière d’autrefois.

  • Le cimetière des enfants. De nombreuses paroisses possèdaient deux cimetières, fréquemment dénommés  » petit » et « grand » cimetière.  Les défunts étaient alors inhumés indifféremment dans le Petit ou le Grand cimetière, sans que l’on sache pourquoi. Ce n’est pas le cas à Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde qui possèdait effectivement deux cimetières distincts, mais dont l’un, dit fréquemment « ordinaire » était réservé aux enfants. Tous les enfants morts en bas-âge et jusqu’à la fin de l’adolescence y étaient inhumés systématiquement.

 « Le vingt uniesme jour d’octobre audit an 1712 a esté inhumé dans le cimetière ordinaire des enfants, Louise, aagée de trois mois, fille de François BANCHEREAU laboureur et de Jeanne MESNARD… » (vue 123)

 « Le trezieme jour de décembre 1712 a été inhumée dans le cimetière des enfants de cette paroisse, Perrine, fille de Philippe LE ROUX et de Perrine MASSON, agée de deux mois… » (vue 124)

 « Le vingtseptiesme jour de septembre mil sept cent treze par nous curé sousigné a esté inhumé au cimetière des enfants le corps de René DENESCHEAU décédé aujourd’huy aagé d’environ onze ans… » (vue 127)

  • La Croix Stationalle. Lors des processions religieuses, l’on pratiquait des haltes à différents endroits. Cette croix du cimetière devait donc être l’une des halte – ou station – située sur le chemin des processions.

« Le sixieme jour d’octobre 1713 a eté inhumé dans le cimetière de cette paroisse proche la Croix Stationale, le corps de Pierre METAYER agé d’environ cinquante quatre ans… »

« Le vingtième jour d’octobre mil sept cent treize par nous curé soussigné a esté inhumé dans le cimetiere de cette paroisse, proche la Croix Stationalle, le corps de Mathurine GREGOIRE aagée de cinquante ans ou environ… »

 « Le septieme jour de janvier 1715 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse proche la Croix Stationnalle, par moy curé soussigné, le corps de Jacques METAYER, homme veuf âgé de quarente et six ans… »

  • Les deux tombes. Cette appellation est curieuse de prime abord, mais il ne faut pas oublier qu’en ce temps-là, les défunts n’avaient pas de cercueil, encore moins de tombeau ; il n’est donc pas étonnant de n’y trouver que deux tombes… sans doute celles de personnages importants… qui n’auront pas été inhumés dans l’église.

« Le dixneufvieme jour de novembre 1713 a eté inhumé dans le cimetière de cette paroisse, proche les deux tombes, le corps de Françoise BOUSSION, femme de Louis VIAU … »

« Le unzieme jour de mars 1714 a eté inhumé par nous curé soussigné proche les deux tombes du cimetière de cette paroisse, le corps de Jean HUMEAU, laboureur demeurant à la Petite Rivière, mari de Marie LEPIN, agé d’environ trente un ans… » (vue 135)

  • La grille. Il s’agit très certainement de la porte d’entrée du cimetière.

« Le sixieme jour de feuvrier l’an 1714 a eté inhumé dans le cimetière de cette paroisse, proche la grille, par moy curé soussigné, le corps de Jacques BANCHEREAU, métayer demeurant à La Pelouillère, aagé d’environ trente ans… » (vue 133)

  • La galerie de l’église.

« Le quinzieme jour de juin l’an 1715 a eté inhumé par nous vicaire soussigné dans le cimetière de ce lieu proche la Galerie, le corps de François MENANTEAU demeurant à la Petite Rivière, agé d’environ cinquante quatre ans… » (vue 147)

« Le deuxiesme jour de setembre l’an mil sept cent seize… a esté inhumé le corps de François MALINGE décédé le dernier jour d’aoust sur les onze heures du soir aagé de cinqaunte ans ou environ et a esté mis proche l’entrée de la galerie de l’église… »

« Le dixsetiesme jour de may l’an mil sept cent dix huit a esté inhumé dans le cimetiere de cette parroisse au bout de la tombe qui joint la gallerye de cette église, le corps de Marie BERNIER décédée la nuit dernière, aagée de trante sept ans… »

  • Le presbytère et la cure.

« Le treizieme jour de novembre a eté inhumé dans le cimetière de cette parroisse du côté de la maison presbyteriale par nous curé sousigné le corps de François CATROUX mort d’hier agé de vingt et deux ans ou environ… » (vue 151)

« Le septiesme jour de may mil sept cent seize a esté publiquement inhumé dans le cimetiere de ce lieu vers la haye du jardin de la cure, le corps de deffunt Joseph PAPIN… »

« Le vingtquatriesme jour de novembre mil sept cent dix sept par nous curé soussigné a esté inhumé publiquement dans le cimetiere de ce lieu sur le bord de la route qui conduit à la cure, le corps de Claude MARTINEAU, aagé de trente trois ans ou environ… »

  • La Gagnerie. Ce lieu-dit, proche du cimetière, est très souvent cité dans les actes de sépulture. Les défunts sont enterrés tour à tour dans les différents lieux formés par cette ferme : le pré, le jardin, la cour, le mur

Le pré

« Le quatorziesme jour de novembre mil sept cent treze par nous curé soussigné inhumé au bas du cimetière, vers le pré de la Gagnerye, le corps de René DUBOIS, mary de François BOUMARD, pauvre journalier décédé d’hier, aagé de quarante neuf ans ou environ… » (vue 128)

« Le dixieme jour de juin 1713, a eté inhumé dans le cimetierre de cette parroisse du coté du pré, le corps de François SUBILEAU, agé d’environ cinquante ans… « 

Le jardin

« Le dernier jour de décembre 1713 fut publiquement inhumé dans le cimetiere de ce lieu joignant le petit jardin de la Gagnerye, le corps de Perrine BOUSSION décédée d’hier, aagée de dix huit ans ou environ… » (131)

« Le quatorzieme jour de may 1714 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse proche le jardin de la Gaignerie, le corps de Françoise PENOTE, veufve de Jacques DENESCHEAU, agée d’environ quatre vingt ans… » (vue 134)

La cour ou l’aireau (Aireau -s.m. – Cour qui précède une ferme. Ensemble des bâtiments d’une ferme et cours attenantes. Nom fréquemment utilisé pour les lieux-dits. Glossaire de l’Anjou, Verrier et Onillon.)

« Le dix neufvieme jour d’octobre 1714 a eté inhumé dans le cimetière de cette parroisse proche la cour de La Gagnerie, le corps de François PLAUT meunier demeurant au moulin des Gardes, mort d’hier, agé d’environ trente ans…

« Le vingt et quatrieme jour de juillet 1715 a été inhumée dans le cimetière de cette parroisse près l’aireau de La Gagnerie, par nous vicaire soussigné, le corps de Jeanne BLOUIN, morte d’hier, agée d’environ trente et trois ans…

La route

« Le seizieme jour de feuvrier 1716 a été inhumé proche la route tendante à La Gagnerye dans le cimetiere de ce lieu, le corps de François DENESCHEAU demeurant au Buffoy, âgé de quatre vingt deux ans… » (vue 154) Sur le registre départemental, on peut lire « dans le cimetière de ce lieu près la route par où l’on va en procession ».

Le mur ou la muraille

« Le vingt cinquiesme jour de juin mil sept cent dix neuf par nous curé soussigné a esté inhumé dans le cimetiere de ce lieu proche le mur du jardin de la gagnerye, le corps de Marie GREGOIRE moete d’hier aagée de vingt et un ans… »

« Le vingt février l’an mil sept cent vingt par nous curé soussigné fut inhumé publiquement dans le cimetiere de ce lieu vers la muraille de la Gagnerye, le corps de Jacquine DENESCHEAU… »

 _______________

Voici le lieu-dit de la Gagnerie tel qu’on peut le voir encore aujourd’hui. Sur la carte, au dessus du nom – que j’ai surligné en jaune – on aperçoit une petite croix…

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Saint-Georges-des-Gardes, La Gagnerie – (Géoportail, carte IGN)

 

L’ancien cimetière n’est plus, mais cette petite croix correspond à cette très jolie Madone… Comme un dernier vestige de ce que furent ces lieux autrefois…

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Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde, rue de la Gagnerie -(Google Maps)

Sources

  • AD49 – Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde – BMS -1700-1720

Voir aussi sur ce blog

11 réflexions sur “Une croix et quelques tombes…

  1. Merci pour cette ballade, poétique malgré son thème. En lisant ce texte et en décortiquant moi aussi les registres paroissiaux, je me demande toujours ce que penseraient les curés qui écrivaient ces précisions en découvrant qu’elles font l’objet d’un article des siècles plus tard ?

    Aimé par 1 personne

  2. Cette croix stationale ne serait-elle pas celle qu’on appelle dans le Poitou, la croix hosannière d’où partait la procession du dimanche des Rameaux, d’où le nom « hosannière », du nom du chant « Hosanna » pour acclamer le Christ ? A suivre.
    Et pour l’aireau, il me semble qu’il faut distinguer la cour devant la maison et l’aireau (appelée l’aire à la Brouarderie), l’aire à battre ou fouler le blé. A suivre.
    Les promenades de la Toussaint dans les cimetières, et particulièrement cette année, sont de toute beauté de lumière et de fleurs. En somme, c’est une belle ballade.
    Merci pour cette ballade à St Georges du Puy de la Garde.

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  3. bonjour,
    il peut aussi s’agir d’une des 14 stations du chemin de croix, d’où le nom de croix stationalle. Il y avait aussi dans les processions pratiquées les croix des Rogations où l’on « stationnait » le temps d’un chant les 3 jours précédent le jeudi de l’Ascension… Il y a sûrement d’autres explications possibles, certaines appellations étant parfois locales.
    En tout cas, c’était un curé très précis dans ses rédactions d’actes, intéressant !
    cordialement

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ces explications.
      Ce curé semble vouloir se souvenir des lieux où il enterre ses paroissiens, j’ai parfois eu l’impression qu’il prenait des notes…

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  4. Merci pour ce bel article.
    Les mentions « inhumés en l’église » ou « inhumés dans l’église » est à comprendre comme une inhumation dans le cimetière autour de l’église, voire une inhumation selon le rite chrétien, donc cela peut parfois prêter à confusion, et reste d’une interprétation délicate.
    Bien à vous,

    Aimé par 1 personne

  5. Avez-vous consulté le cadastre dit « napoléonien » de la commune, soit sur place, aux archives départementales concernées, soit par internet ? Vous trouveriez peut-être trace de ce cimetière.

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