La poupée du curé (Chaudefonds-sur-Layon, 1669-1690)

Notes du curé de Chaudefonds-sur-Layon, 1669-1700 (suite)

La poupée du curé

Parmi les notes inscrites sur le registre de baptême de Chaudefonds-sur-Layon (B-1664-1684)  – dont j’ai déjà parlé ici –  certaines contiennent un mot assez surprenant de prime abord, c’est le mot poupée. Au fil des phrases, la signification de ce mot – qui n’a rien à voir avec son sens actuel – commence à apparaître…

Voici ces notes, disséminées dans l’original mais que j’ai rassemblées ici. Comprendrez-vous ce qui peut bien  se cacher sous la poupée dont parle le curé de Chaudefonds ?

La poupée du curé

Le vingt mars 1672, j’ay donné cinquante et deux livres de poupée à dix sols la livre et trois livres quinze sols en argent qu’elle me doit.

Plus donné au cousin SIGONNE quarente livres de poupée à dix sols la livre et six vingt livres de reparons à deux sols marquer la livre qu’ils me doivent ce jour d’huy jeudy vingt et un apvril 1672.

Plus donné audit cousin SIGNONNE trois cent quatres vingt livres de reparon à deux soils marquer la livre ce samedy dernier apvril 1672.

J’ay receu de Mesdame GOGUET et BURGEVIN huict livres sur la poupée et reparon que je les ay priez de me vendre le 12 février 1690, de plus elles ont payé la façon de ma toile au tissier de Chanzeaux et Madame BURGEVIN m’a donné quelque argent, je croy un escu.

Receu de Madame GOGUÉ sur ma poupée dix sept livres dix sous.


Une femme debout tenant une quenouille et filant (GallicaBnF)

La poupée et le reparon

L’avant-dernière note nous livre la solution. Le curé parle chiffons ! Il note ce que lui coûte la toile qui va servir à son habillement ou à son linge, fabriqué maison bien sûr, comme il se doit à cette époque !

Selon Le Trésor de la Langue Française (1606), une poupée (ou quenouillée) est une charge de fillace. Le Dictionnaire de l’Académie Française (5è édition, 1798) précise, qu’en en termes de fileuse, « poupée » se dit du paquet d’étoupe ou de filasse dont on garnit le fuseau.

A ce sujet, le Glossaire du Patois Angevin, cite le terme de poupelier, terme utilisé pour désigner le filassier, celui qui transporte la teille du chanvre en filasse très fine, prête à filer et la dispose en poupées qui sont des sortes de paquets très longs, faits de façon que la filasse ne soit pas froissée et ne s’emmêle pas lorsqu’on voudra en faire un poupieau  (ou poupée) au bout de la quenouille.

Quant au reparon, il désigne la toile grossière, l’étoupe de moindre qualité. Le Glossaire du Patois Angevin précise que le reparon est la partie la plus grossière de la filasse de lin, celle que le peignage sépare du brin. L’article est illustré par la note suivante :

Les poupeliers faisaient deux sortes de filasses : le brin (ou brun) et le reparon (ou gros). Le brin, filasse excessivement fine et douce, formée de la partie de la fibre textile couvrant le brin de chanvre (filasse de tige), entre la tête et le pied (entre la cime et la baudre) ;et le reparon, le « grous », formé de la baudre et de la cime. Nos grand-mères filaient le brin (fil fin, file de fin, fil de brin) et le reparon (fil de gros) et faisaient faire leur toiles. Dans certaines fermes, tout le long de l’année, des fileuses étaient occupées soit à la quenouille, soit au rouet, pour le service de la ferme. Les chemises de brin étaient les chemises « du dimanche », celles de reparon étaient les chemises de travail », « de tous les jours ». En reparon, grosses chemises de travail, torchons, essuie-mains, encherroués (ou encherriers), draps de dessous, poches, culottes ; en brin, tout le linge fin, draps de dessus…

Cholet - Dévideuses choletaises
(Source – Geneanet)

Il est à noter qu’un certain Mathurin GOGUÉ, maître chirurgien, vivait à Chaudefonds-sur-Layon aux dates qui nous intéressent et  que sa femme se nommait Anne BURGEVIN…

[Il me reste encore quelques notes du curé de Chaudefonds à exploiter. A suivre bientôt, je l’espère…]


Notes, sources et liens

  • Glossaire Étymologique et Historique des Patois de l’Anjou, A.J. Verrier et R. Onillon.
  • Trésor de la Langue Française (TLF).
  • Filassier, tisserand, marchand de fil en Haut-Anjou, par O. Halbert.
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4 réflexions sur “La poupée du curé (Chaudefonds-sur-Layon, 1669-1690)

  1. Du temps où le musée du chanvre à Montjean existait, j’avais assisté à la démonstration, un beau jour de septembre, du travail du chanvre. J’en avais rapporté une « poupée de chanvre » (plutôt en forme de tresse). Elle figure depuis dans ma petite entrée avec la liste de mes aïeux ayant vécu dans cette commune, non pas comme chanvriers, mais dans les mines de charbon. Le musée se trouvait à côté de l’entrée de cette mine et à côté du jeu de boules tenu par la cousine germaine de ma mère, Marie Turbelier…

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  2. J’ai appris ces termes avec votre article. Vu l’illustration, je me doutais bien que ça avait un rapport avec la filasse de la quenouille. Sa forme se rapproche d’ailleurs des poupées de maïs comme nous disions autrefois. J’ignorais tout par contre du reparon et du brin. Encore bravo.

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  3. Dans le dictionnaire (1997 du monde rural « les mots du passé » de Marcel Lachiver, les deux mots « poupée » et reparon » sont cités avec les définitions que vous donnez. Le mot « poupée » est associé à un autre mot  » Pouperon » qui dans le Berry correspondait au paquet de chanvre destiné à être filé et qu’on attachait à la quenouille… Evidemment de nos jours, la poupée couplée au curé évoque une autre situation en rapport avec le froc…

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