Carte des gabelles

Assassiné par les gabelous, (Botz-en-Mauges, 1694)

Botz-en-Mauges, 5 février 1694

Le cinq de febvrier 1694 a eté inhumé au cimetiere de ce lieu le corps de François ANTIER notre paroissien demeurant à la Fontaine Horau, lequel est mort d’hier par assassinat commis à sa personne par les nommés CHEVALIER et MOUCHET, gardes de gabelle de la Brigade de Saint Florent Le Viel, ainsi qu’il nous a été raporté par temoins, et de ce ayant eté enquis et informés, nous nous serions trensporté jusqu’au grand chemin qui conduit dudit lieu de La Fontaine Horau au Moulins de Gervise où estant, aurions trouvé ledit corps mort que nous avons enlevé et oté dudit lieu et conduit dans notres église et ensuitte donné et accordé la sépulture ecclesiastique apres nous estre informés des dits temoins le plus diligemment qu’il nous a eté possible comment l’accident avoit arrivé, outre que pendant sa vie, il nous a donné des tesmoignages de bon chretien, le tout fait en presence de Messire Joseph BRINARD vicaire de Botz et de Jean DENECHEAU hoste dans ce bourg qui a declaré ne scavoir signer. Est signé de Sarazin curé de Botz.

[Botz-en-Mauges, BMS-1677-1725, vue140/290]

 

Voici une carte précisant les lieux cités, Fontaine Horau et les Moulins de Grevisse :

Botz-en-Mauges-Fontaine Horau et Gévrisse
Les lieux-dits, Fontaine Horau et Grevisse, à Botz-en-Mauges (Geoportail)

Je n’ai pas trouvé les Moulins de Grevisse sur la carte de Cassini, mais Fontaine Horau est bien noté ainsi que plusieurs moulins à eau (les petits « soleils »).

Botz-en-Mauges-Fontaine Horau et Moulins à eau

 

Une affaire de faux-saunage ?

S’agit-il d’une affaire de faux-saunage ? Vraisemblablement. Saint-Florent-le-Viel se situait sur la frontière même qui séparait l’Anjou, province de Grande Gabelle, de la Bretagne, province libre de Gabelle et la tentation devait être bien grande de tricher et de se procurer du sel à moindre coût !

Carte des confins et limites de la province de Bretagne, où se voit la ligne ponctuée de séparation d’entre cette dite province et celles de Poictou, d’Anjou, le Mayne, petit Maine et Normandie… (Cliquez pour accéder à la carte sur Gallica)

D’autre part, si aucune information précise n’est donnée, on voit bien dans cette affaire que les gardes s’en sont allés sans être apparemment inquiétés. C’est le curé lui-même, accompagné de quelques paroissiens, qui doit aller quérir le corps sur place pour le ramener à l’église et l’inhumer dignement. Ce dernier n’hésite pas d’ailleurs à employer le mot « assassinat » et rappelle que François ANTIER était un bon chrétien.

Dans sa thèse, Mme Huvet-Martinet écrit :

Les brigades se composent le plus souvent de deux à six hommes, plus rarement de huit ou davantage. Les gabelous, et c’est un lieu commun de le rappeler, sont exécrés de la population : « ce corps abhorré de tout le genre humain est composé en grande partie de la plus vile canaille ; on y admet le plus souvent les plus gros scéléras, plusieurs d’entre eux font le double métier d’employés et de faux-soniers […] en un mot, ce corps très nombreux est comme le foyer de la fénéantise, du libertinage et du coquinisme ».

 Les violences des gardes sont bien connues et il leur est parfois rappelé à l’occasion d’un procès qu’il leur est interdit « d’abuser de leurs armes » lors des arrestations, mais ces prescriptions ne semblent guère trouver d’échos, car il est de notoriété que, principalement en Anjou, depuis environ dix ans, les employés des gabelles dans presque tous les cantons portent à l’extrémité d’un long bâton des crochets avec une dague et des pointes rabattues. Ils saisissent avec cruauté disctinctement toutes les personnes par les parties du corps où ils peuvent les attraper, en sorte qu’un nombre considérable reste estropié ».

Ou mort, comme François ANTIER en ce jour funeste du 4 février 1694.


  • Micheline Huvet-Martinet, La répression du faux-saunage dans la France de l’Ouest et du Centre à la fin de l’Ancien Régime (1764-1789). [Lire en ligne] (Cette thèse concerne une époque plus tardive que cet assassinat, mais les choses n’ont sans doute guère évoluées…)
  • Vignette  – Carte des confins et limites de la province de Bretagne, où se voit la ligne ponctuée de séparation d’entre cette dite province et celles de Poictou, d’Anjou, le Mayne, petit Maine et Normandie… Le Loyer, Jacques (1619-1704). Cartographe [Source GallicaBnF]

3 réflexions sur “Assassiné par les gabelous, (Botz-en-Mauges, 1694)

  1. Ces conflits sont constants dans toutes les régions qui se prêtaient à cette contrebande.
    Sur le même sujet, je recommande « Les mulets du sel, une rébellion paysanne dans le pays du Verdon en 1710 », n°126 de la Revue Les Alpes de Lumière publié en 1998.

    http://www.alpes-de-lumiere.org/

    On y voit qu’à l’époque, les mailles de la justice étaient très larges et trouées et aussi qu’il fallait faire feu de tout bois pour survivre.
    Et on y voit là aussi que les gabelous étaient souvent de la racaille et les premiers à faire de la contrebande ou à fermer les yeux, si on y mettait le prix.
    Cette affaire avait mené certains protagonistes paysans sans protection aux galères.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour le lien et toutes ces précisions.
      Cela devait être en effet assez fréquent et je viens de tomber sur un autre acte du même genre, à Saint-Florent-le-Viel justement. J’envisage peut-être une étude plus poussée sur ce thème… un de ces jours !

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