Et la peste passa par Notre-Dame-D’Allençon (1629)

Une famille décimée (1629)

J’ai récemment ajouté à mon arbre un nouveau rameau découvert à Notre-Dame-d’Allençon. Pour être franche, j’ignorais totalement l’existence de cette paroisse avant de la rencontrer pour la première fois sous le vocable « Alençon », dans l’acte de mariage de Gilles MESNARD et de Renée JALLETEAU, le 27 mai 1681, à Faveraye-Mâchelles.

Un prêtre, François AMONNET, vicaire d’Allençon, assiste à ce mariage. Il est un cousin lointain de Marguerite LEMERCIER,  mère de la mariée.  Sa présence – associée à d’autres indices qui seraient un peu trop longs à expliquer ici – m’a permis de découvrir l’ascendance maternelle de Renée JALLETEAU à quelques kilomètres de Faveraye-Mâchelles, dans la paroisse de Notre-Dame-d’Allençon.

Notre-Dame-d'Allençon-Eglise
L’église de Notre-Dame-d’Allençon – (Source Delcampe)

La famille AMONNET y vivait au début du 17ème siècle. Marguerite LEMERCIER, fille de Jean LEMERCIER et de Renée AMONNET, mariés en 1615,  y naquit en 1618. Renée AMONNET quant à elle, était fille de Pierre AMONNET, marchand de blé, et de Marie CHAUVEAU. Ces derniers avaient eu au moins 6 enfants, dont Martine, qui fut baptisée en 1606 et François, baptisé en 1608.

Si je cite tous les personnages de cette famille, c’est qu’ils vont tous disparaître en l’espace de quelques mois, voire de quelques jours pour certains, décimés par ce qui fut, très probablement, un épisode de « contagion ».

Ascendance de Marguerite LEMERCIER
Ascendance de Marguerite LEMERCIER en juin 1629

Tout commence par la mort de Jean LEMERCIER au mois de juin 1629. Deux mois plus tard, sa femme, Renée AMONNET meurt à son tour. Elle est inhumée le 20 août 1629. La petite Marguerite, mon ancêtre, est devenue orpheline à onze ans. Mais ce n’est pas tout. Sa grand-mère, Marie CHAUVEAU, qui peut-être avait pris soin d’elle et de ses frères et sœurs, décède quelques jours plus tard, en même temps que son fils, François AMONNET, tout juste âgé de 21 ans . Ils seront inhumés ensemble le 9 septembre, suivis deux jours plus tard par Martine AMONNET, une autre des filles de Marie CHAUVEAU. Elle avait 23 ans.

En l’espace de quelques mois, Marguerite LEMERCIER a perdu ses parents, sa grand-mère, un oncle et une tante. Je perds sa trace par la suite jusqu’en 1640 où je la retrouve mariée à André JALLETEAU à Faveraye-Mâchelles et j’ignore qui a bien pu s’occuper d’elle…

Ascendance de Marguerite LEMERCIER-2
Ascendance de Marguerite LEMERCIER en septembre 1629

 

Un épisode de la « contagion » 

Les actes de sépulture de la famille AMONNET ne contiennent aucune explication quant à l’origine de ces décès multiples et rapprochés. Cependant, quelques actes plus loin, et donc quelques mois plus tard, le curé a mentionné par deux fois le mot « contagion ».

Le 11 octobre 1629 décède Fabienne GRIMAULT, femme de Marin Marais, qui est dit absent « d’autant qu’il estoit malade de contagion et ladite GRIMAULT en est morte » et le 10 novembre meurt « de contagion » Raoul RULLIER, dont la fille est morte le 29 octobre et la femme, Louise FROUIN, en janvier de la même année.

Par ailleurs, la peste va et vient aux cours des premières années du XVIIe siècle. Virulente jusqu’en 1606, et après une accalmie d’une vingtaine d’années, elle est de retour en 1627, comme l’explique François Lebrun :

La peste reparaît brutalement à l’été de 1625 et va ravager la province pendant près de 8 ans, notamment en 1626-1627. Elle est signalée d’abord (outre en Bretagne) dans l’est de l’Anjou, à La Flèche, Baugé et Saumur[1].

 


Sources, Notes et Liens

  • [1] François LEBRUN, Les Hommes et la Mort en Anjou aux XVIIe et XVIIIe siècles, Flammarion, 1975.
  • AD49 – Notre-Dame-d’Allençon, BMS 1608-1640, vue 50 et suivantes.

Voir aussi :

Illustration – Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits, Français 4962, détail de f. 135v. Recueil de prose et de vers concerning Alexandre, Annibal et Scipion, Hector et Achille, Dagobert, Clovis II et Charles VIII, Philippe le Beau, roi d’Espagne, Les Comtes de Dammartin. (1er semestre 16ème siècle)

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9 réflexions sur “Et la peste passa par Notre-Dame-D’Allençon (1629)

  1. Bonjour,

    La peste semble sévir à cette période, de manière plus virulente qu’à d’autres moments, en particulier en Espagne et en Italie.

    Dans le Bas-Languedoc à Mèze en 1630 une infirmerie est ouverte (pour isoler les malades) et les décès dus à la peste couvrent 4 pages. Le commentaire du curé montre l’écart de pensée entre cette période et la nôtre : « le 18 mai 1630 veille de la Pentecôte il a plu à Dieu d’affliger cette ville du mal de la peste dont sont morts… » (enfin écart de pensée pour les clercs et intellectuels).

    Mais ce qui est curieux, c’est qu’à Bouzigues qui est le village voisin à cinq kilomètres, on voit apparaitre une poussée brusque de mortalité en 1632, sans qu’il soit signalé qu’il s’agit de la peste, ni qu’il soit indiqué qu’une infirmerie a été mise en place.

    En 1631 la peste a effleuré Lézignan la Cèbe (qui est plus dans l’intérieur des terres à 20 km), mais cela a justifié quand même la mise en place d’une infirmerie (toujours pour l’isolation des malades).
    On voit un an d’écart entre les épidémies alors que les villages sont relativement proches, mais les cycles d’évolution de la maladie entre les rats, les puces et l’homme expliquent sans doute cela.

    Cordialement,

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  2. Merci pour tous ces détails.
    En effet, la peste aux alentours des années 1630 ne s’est malheureusement pas cantonné à l’Anjou.
    J’ai remarqué également des écarts dans le temps selon les paroisses et les registres. Sans doute la maladie s’éteignait-elle à un endroit puis reparaissait dans un autre au fur et à mesure de sa progression sans que l’on sache vraiment pourquoi. De plus, nos sources (registres et autres) sont moins fiables que nos observatoires actuels (quoi que !) ; les curés expliquant rarement l’origine du décès. Il me semble qu’en plus, en cas de contagion, on hésitait à le noter. J’ai vu certains registres ou, lors d’une épidémie, le prêtre précisait bien « n’est pas mort de contagion », comme si le fait de mourir de la peste était une sorte de malédiction !

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  3. Merci pour toutes ces informations.
    Feuilles d’ardoise, nous sommes une fois de plus cousines ! En effet, jadis je m’étais arrêtée au mariage de 1681 de Renée Jalleteau avec Gilles Mesnard… Alors merci de m’avoir fait remonter de plusieurs générations très intéressantes. La vie de Marguerite Lemercier n’a pas dû être rose, oserai-je dire que grâce à la contagion de la peste… qui l’a épargnée toutefois – nous pouvons parler d’elle encore, notre ancêtre commune, quelque 400 après !

    Aimé par 1 personne

  4. Cet article est intéressant. Pour ma part j’ai pensé à m’assurer que mes ancêtres avaient échappé à la grande peste de Marseille de 1720. Je suis un peu rassurée sur leur sort, mais je ne connais pas tous ceux qui vivaient autour d’eux pour être sûre qu’ils n’avaient pas été touchés.

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