Un ancêtre chouan… René CHAIGNON

René CHAIGNON (1776-1842), Chouan de la division Gaullier

 

Dossiers Vendéens - AD 49 en ligneAux Archives départementales du Maine-et-Loire ont été numérisés et mis à la disposition du public les dossiers Vendéens. Il s’agit des dossiers de demandes de pensions et secours, constitués à partir de 1814 à la demande du ministère de la Guerre pour indemniser des soldats et veuves de soldats ayant combattu dans les armées contre-révolutionnaires de 1793 à 1800. Les documents ont été répartis en deux groupes : le premier contient les documents récapitulatifs, comme les cahiers et les listes des pensionnés ou de leurs ayant droits,  le second rassemble les dossiers individuels. J’ai ainsi pu découvrir le dossier individuel de plusieurs de mes ancêtres. La plupart ont combattu au sud de la Loire et font partie des insurgés que l’on appelle Vendéens (tel mon aïeul Michel DILLÉ dont j’ai parlé ici), mais quelques uns, dont celui dont je vais vous parler aujourd’hui, René CHAIGNON, ont combattu sur la rive droite, au nord de l’Anjou. Ces insurgés, royalistes également, sont cependant appelés  Chouans

René CHAIGNON (1776-1842)

Situons tout d’abord cet ancêtre dans ma lignée. Il appartient à la Génération 7 et porte le numéro sosa 112. Il est aussi le beau-père d’Adèle GAULARD, responsable de ma branche normande, et le fils de Françoise BOISDAUFRAY, au très joli patronyme, mais morte dans l’oubli, si bien que personne, pas même ses enfants, n’ont connaissance ni du lieu ni de la date de sa mort (et moi je cherche encore… mais ceci est une autre histoire…).

8- Jacques CHAIGNON x Précigné 1760 Françoise BOISDAUFRAY

7-René CHAIGNON x Durtal 1797 Renée LASNE

6- Napoléon CHAIGNON x  Seiches-sur-le-Loir 1841 Adèle GAULARD

5- Jacques CHAIGNON x Villevêque 1871 Henriette FARINEAU

4- Henri CHAIGNON x Villevêque 1911 Marie-Louise CROCHET

3- Berthilde CHAIGNON x Villevêque 1936 Pierre DELAVIGNE

2- Mes parents

1- Moi

René CHAIGNON naquit le 7 février 1776 à Notre-Dame-du-Pé. Dernier enfant d’une fratrie assez nombreuse (sept enfants), ses parents n’étaient plus très jeunes et tous deux moururent avant qu’il n’atteigne sa dixième année, à Durtal, où la famille s’était installée depuis peu. Que devint alors le jeune orphelin ? Sans doute fut-il recueilli par l’un de ses frères ainés, mais sans doute aussi fut-il livré à lui-même ; raison pour laquelle il n’est pas étonnant qu’il ait suivi, avec toute la passion et la fougue de sa jeunesse, les événements de la Révolution et se soit engagé, vers 1794, aux côtés des Chouans. En 1797, il a 21 ans. Il se marie alors, toujours à Durtal, où il restera encore quelques années, avec Renée LASNE dont il aura six enfants. Je le retrouve en 1813 à Huillé, lieu de naissance de sa dernière fille. C’est à Huillé qu’il établira son dossier de pension en 1825 ; et c’est à Huillé qu’il mourra le 22 juin 1842 alors âgé de 66 ans, non sans s’être remarié cinq ans auparavant avec Renée HARDY, veuve elle aussi.

CHAIGNON René - Lieux de vie
Lieux de vie de René CHAIGNON (1776-1842)

Le dossier de pension

Il est constitué de quatre pièces : la lettre officielle de demande de pension, un certificat d’indigence, un extrait d’acte de baptême et enfin, le plus intéressant, un état de ses « services » pendant les Guerres de Vendée.

La Lettre officielle de demande de pension

Cette lettre, datée du 15 mai 1825, n’est pas rédigée par René CHAIGNON qui ne savait ni écrire ni même signer. Elle offre le style caractéristique des suppliques de ce genre et s’accompagne, sans aucun doute, à la fois d’une certaine dose de dramatisation et d’un soupçon d’exagération, quant aux conditions de vie réelles de mon ancêtre et à la qualité de ses services rendus au « Trône et à l’Autel« … mais elle me plaît !

CHAIGNON René - Dossier - Vue 1
Extrait de la lettre officielle de demande de pension (AD49)

En voici la teneur (orthographe respectée) :

A Monsieur le préfet du département de Maine et Loire, chevalier de l’ordre Royal de la Légion d’honneur

Monsieur le préfet, à l’honneur de vous exposer, René CHAINGNON, cultivateur, demeurant commune de Huillé, que dès le commencements de la Révolution ; il porta avec zèle et bravoure pour combattre les tirans qui, dans les temps de malheurs et de désastres, ravagèrent nôtre commune patrie, et qu’il se distingua par une fidélité constante à l’auguste famille des Bourbons, et que, sans cesse, dans toutes les occurrences de sa vie, il n’a ravie dans ses principes et que toujours il sera prêts à faire tous les sacrifices pour le soutien du trone et de l’autel. […]

La lettre se poursuit par une énumération des pièces jointes au dossier. L’auteur précise également que René CHAIGNON a une femme et six enfants et qu’il ne sait signer.

Le certificat de services de René CHAIGNON

Suite à cette lettre, sont joints au dossier de René CHAIGNON un certificat d’indigence qui atteste qu’il est dans le besoin, et un extrait de son acte de naissance. Le dernier document du dossier est un certificat d’exercice, signé par d’anciens capitaines chouans, prouvant qu’il a bien pris part aux Guerres de Vendée aux côtés des insurgés.

CHAIGNON René - Dossier - Vue 8 - certificat d'exercice
Extrait du certificat d’exercice de René CHAIGNON – (AD49)

Rédigé à Précigné, le huit mai 1825, dans une orthographe presque phonétique – tant et si bien qu’il m’a fallu parfois un certain temps pour éclaircir certains termes – voici ce que ce certificat déclare :

Armée roialle deloiste de larive droite de la Loire

je soussigné que rené chennion a fait la guerre de la première campaigne dans ma compagnée sous les hondre de monsieur le general de Septpos division de monsieur gaulié cest pour quoi je lui ai délivré le présens pour lui servir que de droit

Je traduis : « Armée Royale de l’Ouest de la Rive droite de la Loire. Je, soussigné, [certifie] que René CHENNION a fait la guerre de la première campagne dans ma compagnie sous les ordres de Monsieur le Général de Scépeaux, divivion de Monsieur GAULLIER. »

CHAIGNON René - Dossier - Vue 9 - certificat d'exercice-suite
Aperçu des signatures au bas du certificat d’exercice de René CHAIGNON – (AD49)

René CHAIGNON s’est donc battu dans l’Armée Royale de la rive droite de la Loire, celle des Chouans. Sous l’orthographe tarabiscotée « septpos » se cache le Général Marie-paul de Scépeaux de Bois-Guignot qui eut sous son commandement une dizaine de divisions de chouans, dont celle de Marin-Pierre GAULLIER dit Grand-Pierre. L’attestation est signée de plusieurs capitaines, signatures vérifiées à Précigné et à Notre-Dame-du-Pé, nommés pour l’un Julien BRICHET, pour l’autre D’AILLIERE (et peut-être y en a-t-il un troisième nommé BROCHERIE, à moins qu’il ne s’agisse du susdit Julien BRICHET…).

S’il a participé à la première campagne de Vendée, il était donc bien jeune ! En février 1794, il avait 18 ans. Un petit détail me chiffonne. Lorsqu’il se marie le 20 floréal de l’an V, c’est-à-dire le 9 mai 1797, il a en sa possession un extrait d’acte de naissance, comme il est d’usage lors des mariages dès cette époque, mais cet extrait lui a été délivré le 21 octobre 1793, soit presque quatre ans plus tôt. Pourquoi si tôt ? Ne serait-il pas allé le chercher justement à ce moment-là afin de prouver son jeune âge lors de la levée en masse qui débuta en août 1793 ? Celle-ci exigeait en effet que tout homme célibataire âgé de 18 à 25 ans fut enrôlé.

VIII – La levée sera générale; les citoyens non mariés ou veufs sans enfants, de dix-huit à vingt-cinq ans, marcheront les premiers ; ils se rendront sans délai au chef-lieu de leur district, où ils s’exerceront tous les jours au maniement des armes, en attendant l’ordre du départ. [Article VIII du Décret du 23 août 1793]

Marin-Pierre GAULLIER dit Grand-Pierre (Morannes, 6 mars 1766 – Bouère, 9 avril 1817) était colonel dans les armées royales. Il fut l’un des chefs des divisions de chouans de la Mayenne. Son surnom lui fut donné à cause de sa grande taille. Sa biographie peut-être lue ici sur le site de La Maraîchine Normande.

Selon Célestin Port, Marin-Pierre GAULLIER opérait dans les environs de Sablé, soit très près de Précigné et de Notre-Dame-du-Pé, je cite :

GAULIER (Pierre-Marin), né en 1766 à Morannes, où son père était notaire, servit d’abord comme grenadier au 1er bataillon des volontaires de 1793 ; puis, son père, arrêté comme royaliste, étant mort en prison, il alla rejoindre sous le nom de Grand-Pierre les chouans de Monsieur Jacques, qui l’adressa à Coquereau. – Celui-ci en fit son second et le nouveau venu lui succéda quelques mois après. Grâce às a fortune personnelle qu’il y employait, la bande fut bientôt la plus nombreuse des cantons d’enre Sarthe et Maine. Il procédait d’ailleurs, au contraire de son prédécesseur, avec une froise raison mêlée d’une certaine douceur et d’une modération relative. Il répondit au nouvel appele de Bourmont et se seignala à la rise du Mans (15 octobre 1799) et reparut en armes aux Cent-Jours. (Descépeaux, t. II, p. 323-325) [Célestin Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique du Maine-et-Loire]

Apparemment, aucune pension ne sera attribuée à mon ancêtre René CHAIGNON, mais je cherche encore… On ne sait jamais !


Sources, Notes et Liens

  • Généalogie de Marin-Pierre GAULLIER dit Grand Pierre (Geneanet, Vendée Militaire).
  • Biographie de Marin-Pierre GAULLIER dit Grand-Pierre (La Maraîchine Normande)
  • Bibliographie concernant la Révolution Française et la Chouannerie- Ouvrages relatifs au Bas-Maine et à la Mayenne. (Coeur de Chouan)
  • Lettres sur l’origine de la chouannerie et sur les chouans du Bas-Mains, Jacques Duchemin-Descepeaux, 1825. (Lire en ligne)

Illustration – Carte de Cassini -[065-Tours] – (Gallica)

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13 réflexions sur “Un ancêtre chouan… René CHAIGNON

  1. Merci de parler de votre ancêtre chouan, chez nous (voir 6bisruedemessine) il s’agit plutôt de Vendéens des Mauges en Anjou et la plupart des gens confondent Vendéens et Chouans. En tous cas leurs demandes de pension sont passionnantes à consulter, tout un pan d’histoire grâce à ces documents est parvenu jusqu’à nous.

    Aimé par 1 personne

    1. Nous sommes également plutôt habitués aux Vendéens dans la famille et je ne savais pas, jusqu’à très récemment, que nous avions aussi des ancêtres Chouans. Il y en eut en effet plusieurs, dont un DELAVIGNE qui fera bientôt sans doute l’objet d’un article…

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  2. Article d’autant plus intéressant que j’ai passé mon enfance et mon adolescence entre Durtal et Sablé, en un lieu cité ici où mes parents vivaient. Il n’y a pas un chemin que je ne connaisse là, les ayant parcourus à pied, à vélo ou en voiture. Vos chroniques sont toujours très instructives, bien documentées et illustrées. Bonne année à vous, je continuerai à vous lire en 2016 comme par le passé. Ce que vous faites n’est pas de la généalogie mais le recueil, caillou par caillou, de l’histoire d’une grande nation. magnifique.

    Aimé par 1 personne

    1. Quelle chance d’avoir vécu en ces lieux ! Je ne les connais que très peu « en vrai », mais j’ai aussi joué et erré sur quelques chemins d’Anjou dans mon enfance (mais pas tout à fait dans ce coin…). Merci beaucoup pour ces compliments qui me font très plaisir. Je vous souhaite également une très bonne et heureuse année !

      Aimé par 1 personne

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