I comme IGNORANCE ou les enfants baptisés au coin de la cheminée…

Capture10Villevêque, le 25 janvier 1624, jour de Conversion de Saint Paul

Que s’est-il réellement passé ce terrible soir d’hiver 1624 à Villevêque ?

A la Potardière, Laurence, un peu fatiguée, prépare la soupe en attendant que son mari revienne. Son enfant sera là dans quelques mois… Les beaux jours seront arrivés. Tant mieux. Soudain des douleurs la prennent. Serait-ce déjà l’heure ? Non. Il est trop tôt. Sans doute n’aurait-elle pas dû ramasser le bois toute seule… Trop tard. Elle perd les eaux. L’enfant est presque aussitôt là. Vivant ! Sans réfléchir, Laurence cherche un peu d’eau, mouille ses doigts et trace fébrilement un signe de croix sur le front du nouveau-né. Les mots sacrés, maintes fois entendus, sortent de ses lèvres sans effort… Cela devrait suffire… Mais l’enfant ne respire plus. Elle pleure… Incontinent les douleurs la reprennent. La délivrance sans doute. Mais non, un autre enfant est bientôt là. Sans vie celui-ci. Son mari, entre temps revenu des champs, ne sait que faire de ces deux petits corps. Ont-ils déjà une âme ? Ils semblent si petits… et il fait si froid. Faut-il vraiment se rendre à l’église ? Au cimetière ?  Alors, sans un mot, il saisit une pioche et enterre ses enfants au coin de la cheminée. Où qu’ils aillent désormais, au moins seront-ils au chaud et à l’abri…

Inhumés-coin-cheminée-Villevêque-25-01-1624
Extrait de l’acte de sépulture des enfants PERIER, 25 janvier 1624 – (AD49-Villevêque-S-1616-1661, vue 37/199)
« Le XXV janvier, jour de la Conversion de Saint Paul, Jean PERIER laboureur demeurant à la Potardière, paroissien de Villevesque, assisté de René PIOLIN aussy laboureur du mesme lieu, a apporté deux petitz corps venus d’une mesme ventrée et tous deux masles de la femme dudict PERIER nommée Laurance JUIN, laquelle il nous ont dict estoit acouchier longtemps avant terme et par accidant, l’un desquelz, pour ce qu’il avoit vie, auroit esté baptisée par ladicte JUIN selon la forme nécessaire et l’autre estoit mort, et ce, dit il y eut lundy huict jours, lesquelz par ignorance il avoit enterré dès ledict temps en sa maison au coing de la cheminée, lesquelz corps ont esté inhumés, sçavoir celuy qui a esté baptizé au grand cimetiere dudict Villevesque et l’autre en lieu honneste proche dudict cimetiere aynsy que les canons de l’esglise ordonnent, faict es presence de Messire Guis LE MESLE, Messire Jacques GARNIER prestres chappellains dudict lieu et dudict PIOLIN, lequel PIOLIN et PERIER ne sçavent signer. »
(AD49-Villevêque-S-1616-1661, vue 37/199)
En 1624, la conversion de Saint Paul, fêtée traditionnellement le 25 janvier, est un jeudi ; les enfants sont donc nés vers le 15 janvier et enterrés depuis une dizaine de jours au coin de la cheminée lorsqu’on les déterre pour les inhumer de façon réglementaire. Ils seront donc séparés; l’un, ayant reçu le baptême, pouvant rejoindre le cimetière, l’autre, non baptisé, n’ayant droit qu’à un « lieu honnête », proche du cimetière certes, mais hors de la terre consacrée.
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15 réflexions sur “I comme IGNORANCE ou les enfants baptisés au coin de la cheminée…

  1. Il s’agit peut-être plus d’une fausse-couche que d’un accouchement : mention de « petits corps ». La précocité de cette interruption de grossesse peut expliquer le désarroi des parents. Mais dans le village on la savait enceinte. Forcément. Car les ventres sont très surveillés et le linge au lavoir parle des fertilités. Alors, ignorance ou peur d’une dénonciation ? La lecture des dossiers d’infanticide montre que la délation est terrible au village. Les femmes qui accouchent seules d’enfants morts-nés, sont suspectes et redoutent par dessus tout d’être accusées par une voisine, d’où souvent, ces petits corps dans le jardin, pour éviter les ragots, les enquêtes… Le père les enterre à coté de la cheminée, c’est rare, et c’est à l’abri des regards. Le curé en précisant les circonstances, apaise peut-être la rumeur qui court déjà…
    Belle archive !

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    1. Merci pour ce nouvel éclairage auquel je n’avais pas songé.
      Cela expliquerait le terme « ignorance » qui m’avait paru suspect.(Personne ne devait ignorer les lois de l’inhumation…)

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  2. Emouvante histoire en effet que celle de Laurance , de Jean et de ces deux petits garçons,venus d’une » mesme ventrée »
    Fort bien contée.
    Je me plais à penser que mon ancêtre Nicolle Esnault,décédée à » La Potardière « , en 1692,lui aurait porté secours.(peut-être n’habitait elle pas le village en 1624 ?).

    Aimé par 1 personne

    1. Peut-être certains de vos ancêtres alors !
      Voici les miens (qui sont peut-être les vôtres) qui vivaient à La Potardière à cette époque :

      CLAVIER Jehan (~ 1570-1621)
      Décès (7.1.1621) –Sosa 6566
      DIBON Perrine (-1628)
      Décès (2.7.1628)
      DUCHESNE Jacques (~ 1635-1673), vigneron à La Potardière
      Décès (4.9.1673)
      GAYGNARD Mathurin (-1639) – laboureur à bras de La Potardière, mari de DIBON Perrine, décédée à la Potardière
      Décès (30.10.1639)

      Mais il devait y avoir plusieurs maison en ce lieu-dit. J’ai trouvé souvent « village de la Potardière ».

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  3. Le Village de La Potardière,(touchant Pellouailles), devait compter plusieurs « feux »
    Un ancêtre.
    Jehan Clavier x Louise Ribourg .(12ème G)
    dont:
    Guillemine Clavier X Nicolas Bottereau.

    Par contre petit tour dans votre arbre,où figure
    Nicolle Esnault (décédée à La Potardière) X Estienne Bardoul.
    Nicolle est fille de Mathurin Esnault et de Nicolle Allain.
    Cette famille Allain de Corzé ?,qui m’interroge ,car alliée aux de La Porte.!
    Là ,des découvertes à faire !
    Mais difficile, tout cela est très haut dans l’arbre…
    Les Esnault sont de Soucelles.
    Un Mathurin Esnault de Soucelles est dit « du four à ban ».
    Bon courage.
    MAG.

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  4. Je rejoins l’hypothèse de fausse couche de deux jumeaux, j’y avais pensé tout de suite compte tenu « des petits corps ». Il y a un peu plus d’une vingtaine d’années, dans la campagne autour de La Rouxière (44), grâce au nouvel occupant d’une maison on avait découvert dans le jardin un nombre important de restes de sept ou huit enfants probablement tués ou décédés à la naissance. Ignorance encore mais aussi celle des « autres »… ou D comme déni de grossesses ! mais E comme épouvantable.

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    1. Fausse couche sans contredit !
      Quant à l’ignorance, nous ne saurons jamais si elle fut réelle ou non… J’ose espérer que oui…
      Un grand merci pour votre commentaire.

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