A comme AUTREFOIS ou le baptême à tout prix !

CaptureA comme AUTREFOIS

Quoi qu’il en coûte, que la maladie règne, que la guerre rôde, que les éléments se déchaînent, en un mot, quelles que soient les circonstances qui entouraient la naissance d’un enfant, son baptême restait une priorité absolue et primordiale. A la crainte qu’il ne meure, ce qui arrivait bien souvent, s’ajoutait pour ses parents, la terreur que son âme ne puisse rejoindre le séjour des bienheureux et ne soit condamnée à errer éternellement dans les limbes, territoires mystérieux, redoutables et inconnus.

Les nouveaux nés, âgés seulement de quelques heures, étaient le plus rapidement possible transportés à l’église. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle, qu’importe ! Il fallait à tout prix placer ces petits êtres sous la protection divine ! Les plus faibles, ceux dont on doutait qu’ils ne puissent survivre bien longtemps, étaient baptisés sur place, en chambre, au foyer, par celui ou celle qui se trouvait là à ce moment-là, que ce soit la sage-femme, le chirurgien, la grand-mère, l’oncle, la voisine…, et qui avait la présence d’esprit de pratiquer le rite d’ondoiement. S’ils mouraient, ils étaient sauvés et pouvaient être inhumés en terre sainte,  s’ils survivaient, le prêtre terminait la cérémonie quelques heures plus tard…

C’est pourquoi un grand nombre d’actes de baptêmes portent les traces de cette nécessité absolue et nous présentent des enfants baptisés, qui sur la main, qui sur un pied, qui dans le sein même de leur mère.

 Un enfant baptisé sur une main

Gonnord,  9 mars 1671

 « Le neufieme jour de mars mil six cens soixante et unze est décédé un petit enfant de Mathurin ESNARD et de Jacquine CHARTIER, lequel enfant n’ayant peu venir au monde a été baptisé seulement sur une main par Luce GODIVEAU sage femme veuve de deffunct Pierre LE GEAY, laquelle GODIVEAU m’a certifié avoir veu que ledit enfant avoit vie, l’ayant apperceu branler sa ditte main plus de demye heure après qu’elle l’a eu baptisé, et sur ce rapport, je, curé de Gonnord, inhumé le corps dudit enfant au cimetière dudit Gonnord le landemain es présences de Jean BAUSQUE tissier en toille et de Pierre LECOQ aussy tissier en toille demeurans au bourg dudit Gonnord qui ont dict ne sçavoir signer. »

Gonnord-Baptisé sur une main-1671
(AD49 – Gonnord – BMS – 1668-1671 – vue 86/113)

Cette pauvre malheureuse, qui se trouve être la boulangère de Gonnord, ne pouvant mettre son enfant au monde, mourra en couches quelques heures plus tard…

Un enfant baptisé sur un bras

Andard, 14 novembre 1714

« Le quatorzieme jour de novembre mil sept cent quatorze a esté inhumé dans le cimetière de la paroisse d’Andart par nous archiprestre d’Angers et curé dudit Andart soussigné, le corps de l’enfant né mort de ce jour, fille de René BORDIERE et de Marie LE BRETON son épouze, ledit enfant baptisé sur un bras sorty du ventre de la mère avant la sortye du reste du corps, dans le doute s’il estoit vivant, par Honorable Homme LE SOURD maistre chirurgien suivant le raport dudit BORDIERE, ledit LE SOURD de la paroisse du Plessis Gramoire, présent ledit BORDIERE et Urbain LE BRETON de cette paroisse qui ont dit ne sçavoir signer. »

Baptisé sur un bras - Andard - 1714
(AD49 – Andard – BMS – 1701-1715 – vu 25/224)

Un enfant tiré du sein de sa mère

Villevêque, 5 octobre 1673 

« Jacquine DAVAU espouse de Pierre GALLAUD décéda au village de Fayé estant agée de vingt et un an ou environ le cinquieme jour d’octobre mil six cent soixante et treize, estant enceinte de trois à quatre mois, et fut le corps d’icelle ensépulturé le lendemain au petit cymetiere de cette paroisse par nous curé d’icelle soussigné avec celuy de l’enfant qui fut tiré de ses entrailles après sa mort, et baptizée par Messire Vincent GALLAUD, à laquelle sépulture assistèrent Messire Julien BARDOUL vicaire, Jean RENOUL, Jean BAUSSIÉ, Michel MAUBERT, Vincent GALLAUD, François DATÉ prestres habituez en l’église de ceans, François GREMONT, Jacques REGNARD, Jean DAVAU, Pierre FOUIN et plusieurs aultres paroissiens dudit Villevesque dont partis ont icy signé. »

Villevêque-Tiré du sein de sa mère
(AD49-Villevêque-BMS-1668-1676-vue 223/295)

Je n’ose imaginer comment l’enfant a pu être tiré des entrailles de sa mère afin de recevoir le baptême… Jacquine DAVAU était l’une de mes tantes par alliance. Mariée un peu plus d’un an auparavant, sa première grossesse lui aura été fatale…


Illustrations

Vignette – Jean Mansel, Fleur des Histoires, XVè siècle, BnF ms fr 56, fol 19 – (Source Gallica)

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17 réflexions sur “A comme AUTREFOIS ou le baptême à tout prix !

  1. Merci pour tous ces encouragements, ça fait plaisir !
    Demain la suite (en pire… hélas !)

    Mais je file vite lire quelques articles ailleurs…

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  2. Le Plessis-Grammoire 27 janvier 1696.
    Sépulture « d’une fille âgée de trois heures,appartenante à Fleurant François,baptisée dans le corps de sa mère sur une jambe ,qui paroissait,par Laurent Dumesnil,docteur en médecine et maître chirurgien »
    (Lire Fleurant Frémont,la mère Marguerite Leclerc,décède le même jour.( vue 124 )
    -Le Plessis-Grammoire 27 avril. 1696.
    Sépulture d’un enfant mâle appartenant à Nicolas Bardoul, »lequel enfant vint mort au monde et fut néanmoins baptisé le jour précédent sur un bras qui luy parut estant au ventre de sa mère »(vue non trouvée… )
    Nicolas Bardoul époux de Marguerite Lestrie ?? (.Ancêtres à la 9 ème génération )
    Egalement les vôtres je pense ?
    Marguerite aura au moins 9 enfants,et décède le 29 2 1736 à 69 ans !
    ( Supplément à la série E.-Arrondissement d’Angers Canton Nord-Est.)

    Aimé par 2 people

    1. Petit coup d’œil rapide à mon arbre… Je n’ai pas cet enfant de Nicolas BARDOUL et Marguerite LESTRIE (mes ancêtres effectivement, à la dixième génération pour moi). Merci pour cette information sur laquelle je me pencherai dès que j’aurai fini le challenge (J’en suis encore à la lettre L…)
      J’y retourne !

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    1. Merci pour ce commentaire. J’ai lu votre article. Je ne sais pas si effectivement le baptême avait vraiment lieu sur un membre du pauvre bébé, mais j’ai découvert, lors de mes recherches, qu’il existait des « seringues » à baptiser : on les remplissait d’eau bénite et lorsque l’enfant était impossible à atteindre, on pouvait alors espérer que quelques gouttes du précieux liquide l’atteigne… Je n’ai jamais encore trouvé mention de l’usage de cette seringue dans un acte, mais il est incroyable de voir à quel point l’église pensait à tout… !

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