Denis RAGOT, adjudicataire des enfants exposés

Je n’ai pas retrouvé trace de Benoîte, petite fille exposée dans le cimetière de Saint Samson à Angers et dont j’ai parlé dans un article précédent. (Voir Un enfant abandonné, un cimetière et un sachet de sel…)

Voici cependant l’acte de décès de Claire, autre petite fille exposée, décédée le 3 février 1626 à l’âge d’environ un an. Trouvée dans l’église de Saint Maurice d’Angers, le jour de Saint Clair , elle fut donnée en nourrice à Michel GUILLOU par Denis RAGOT adjudicataire des enfants exposés.

Claire-Exposée le jour de St Clair dernier
AD49- Angers Saint Samson – BMS 1572-1672 (Vue 549)
« Le troisiesme jour de febvrier an susdit fut ensépulturée au cimetiere de ceans Claire agée d’un an ou environ, laquelle estoit en nourice chez Michel GUILLOU et qui avoit esté baillée par Denis RAGOT adjudicataire des enfans exposez, laquelle avoit esté exposée dans l’église de la paroisse de Saint Maurice d’Angers, le jour de Saint Clair dernier. »
Le quinze avril 1626, deux mois plus tard, décède une autre petite fille, Renée, elle aussi exposée, elle aussi mise en nourrice par Denis RAGOT adjudicataire des enfants exposés, chez un nourricier nommé Laurent RAIMBAULT.  Chez ce même nourricier, Laurent RAIMBAULT, meurt le 6 juin de la même année, un autre enfant, Denis, lui aussi « baillé » par Denis RAGOT. (AD49 – Angers Saint Samson – BMS 1572-1672 – Vue 550)
 Des enfants adjugés comme des objets

Les enfants exposés n’appartiennent à personne. Ils deviennent donc la propriété d’un adjudicataire, ici Denis RAGOT, qui, en échange, je présume,  d’une rémunération, est chargé de s’en occuper. Il doit veiller à leur entretien et pour cela les confie à des familles nourricières, elles-aussi bien-sûr rémunérées.

Il remplace le père comme lors du baptême d’une autre petite fille, Anne, baptisée le premier avril 1622 à Angers dans la paroisse de La Trinité, exposée dans la rue Lyonnaise, qui est représentée par Denis RAGOT « adjudicateur de la nourriture et entretien des enfants exposés« . ( Acte signalé également sur le blog  Modes de Vie aux 16e, 17e siècles)

Anne-Exposée en la rue Lyonnaise
AD49 – Angers La Trinité – BM 1601-1631 – Vue 237 « 

« Le premier jour d’apvril mil six cent vingt deux fut baptisée Anne fille exposée en la rue Lyonaise représentée par Denis RAGOT adjudicataire de la nouriture et entretien des enfants exposés et furent parain et maraine Maurice MAGET et Estienette LANDAYS qui ont déclaré ne sçavoir signer. »

Un personnage à découvrir

Qui était ce Denis RAGOT ? Comment s’acquittait-il de sa tâche ? Était-il marié ? Avait-il lui-même des enfants ? …

Il semblerait qu’il ait eu le droit d’engager des poursuites envers les « expositeurs », mais aussi que des plaintes furent enregistrées à son égard, comme le suggère deux folios relevés par Célestin Port dans son « Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d’Angers« . Il résume ainsi le premier : « La ville autorise Denis RAGOT adjudicataire de la nourriture et entretenement des pauvres enfants exposés à faire recherches « contre les expositeurs d’enfants. » et le second : « Plaintes contre la négligence du sieur Denis RAGOT, adjudicataire de l’entretien des enfants trouvés« .

En attendant que je lise peut-être un jour ces archives et que je puisse vous en dire un peu plus sur ce mystérieux personnage, vous pouvez vous reporter à cet article sur le devenir des enfants exposés qui m’a agréablement été signalé par  l’auteur du blog « Petite et grande Histoire d’Echenay Haute Marne » :

Mise en nourrice et devenir des enfants exposés d’après les registres canoniaux de la ville d’Angers (1660-1675), par Vincent Danet.


Sources, Notes et liens

– Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d’Angers, par Célestin Port, Gallica. (p. 73).

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4 réflexions sur “Denis RAGOT, adjudicataire des enfants exposés

  1. Article très intéressant, merci ! Adjudicataire… quel merveilleux terme… Cela fait vraiment chose mise aux enchères…

    Nous ne sommes ni au même endroit, ni à la même époque, mais au début du XIXe siècle à Joigny (Yonne) les actes de « naissance » concernant les enfants trouvés étaient signés par le receveur de l’hospice. Je n’ai pas encore fait de recherches sur les siècles précédents. J’espère que le receveur ne s’y transformera pas en adjudicataire…

    Aimé par 1 personne

  2. Oui vraiment très intéressant!
    Je suis toujours attiré par les histoires sur les enfants abandonnés et les mystères qui les entourent; ayant moi même une ancêtre qui fut abandonnée à Nancy en 1838, et donc le dossier était le seul qui manquait dans les archives hospitalières.

    Aimé par 1 personne

  3. J’imagine la frustration que vous avez dû ressentir à ce moment-là ! Mais peut-être est-ce le début d’un nouveau mystère… Les enfants abandonnés me fascinent également même si je ne suis pas, pour l’instant, concernée directement.

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