L comme Lourdes

Voici l’histoire de celle qui aurait pu être mon arrière-grand-mère si la tuberculose ne l’avait pas emportée trop tôt.
LIZAMBARD Léontine - vers 1898 -
Léontine LIZAMBARD – 1898 (Collection particulière)

Léontine Marie LIZAMBARD fut en effet la première femme de mon arrière-grand père maternel, Pierre DELAVIGNE. Malade, elle s’était repliée à Lourdes, tout d’abord  parce qu’elle était très pieuse, et ensuite pour éviter de contaminer son jeune fils, Raymond, alors âgé de six ans.

Elle est morte à Lourdes le 20 août 1908 à 10 heures et demie du soir. Quelques mois auparavant elle avait écrit ce qu’elle appelle ses « Adieux » dans une longue lettre transmise et conservée depuis dans la famille DELAVIGNE.

Voici le début de cette lettre :

« Le vendredi 8 mai 1908,

Ce matin par une permission extraordinaire de Soeur Lagarde, je me suis levée à sept heures et demie pour aller à la Chapelle où avait lieu l’Adoration de la Vraie Croix. , je me suis recouchée ensuite et ce soir je vous écris ces lignes.

Aux miens, à mes sœurs, à maman Livain, à mes beaux-frères, aux Religieuses et à mes quelques intimes,

Mes Adieux

Je les place sous la protection de la Sainte Vierge et de la Vraie Croix.

Adieu mon enfant chéri, mon mari bien aimé, adieu ma vieille Grand-Maison que j’aimais tant, ma vieille tourelle que l’on voyait de si loin, adieu ma petite chambre à moi, adieu à mon bénitier, souvenir de Sœur Saint-Pierre, à mon Saint-Joseph et à l’Enfant Jésus, à ma petite glace, à mes beaux vases bleus, à ma si jolie petite cheminée où le grand vent soufflait si fort dedans, au point, Marie, que je te faisais lever en disant : Je t’en prie va voir dans le grenier, il me semble que j’entends les ardoises frétiller, le feu est peut-être chez nous… »

Grand-Maison -Tourelle
La Grand-Maison est un lieu-dit de Villevêque. Voici la maison dont parle Léontine avec sa tourelle que l’on voyait (que l’on voit toujours…) de loin. (Collection particulière)

« … Adieu aux meubles qui sont dans ma chambre et qui étaient à mes parents sauf un, adieu à la jolie petite brassière de Raymond, à sa petite robe blanche qui lui avait servi de pelisse à son baptême, à ses deux petits sarreaux blancs dans lesquels je l’aimais tant, à son petit habit de velours fait avec une jaquette de maman et une à moi, adieu à ton petit lit rose, mon ange, adieu à mon autre chambre dont les meubles avaient été acheté par toi, mon cher ami, et dont j’étais bien un peu fière, surtout de l’armoire, car je trouvais qu’elle faisait si bien ainsi placée en coin. Pauvre orgueil et pauvre vanité humaine, allez… »

Sa lettre se poursuit ainsi sur sept longues pages. Elle y évoque ses plus chers souvenirs tout en consolant son entourage.

Son fils, celui pour qui elle écrit surtout cette lettre, celui dont elle s’est éloigné afin de ne pas le contaminer, mourra malheureusement lui aussi  de la tuberculose à la veille de ses vingt ans, le huit décembre 1920.

Je laisse de nouveau la parole à Léontine qui raconte de façon extrêmement vivante – il me semble la voir cachée dans l’escalier – la façon dont elle a appris qu’elle allait mourir…

« Ne soyez pas surpris mes biens chers Amis, si j’ai l’air si convaincue de ma mort prochaine. Un jour, le docteur étant monté avec la soeur assistante de la communauté m’a examinée et est redescendue. Pour savoir, j’ai ouvert ma porte, j’ai longé le corridor jusqu’au pied de l’escalier, juste à temps pour entendre Sœur Lagarde dire : « Eh bien , comment la trouvez-vous ? » Voilà la réponse : « Oh vous savez, elle est perdue, c’est fini, elle s’en va. » Je n’avais plus besoin d’en savoir davantage, mon indiscrétion et ma curiosité étaient satisfaites d’une bien triste façon. Vous devez penser qu’après cela, on ne peut plus douter n’est-ce-pas… »

LIZAMBARD Léontine - 1898 - Ecouflant
Signature de Léontine LIZAMBARD à son mariage en 1898 à Ecouflant.

Notes

Léontine LYZAMBARD est la petite fille de Jeanne LYZAMBARD dont j’ai parlé dans un article précédent. ( J comme Jeanne ou Jacques).

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11 réflexions sur “L comme Lourdes

    1. Oui, en effet. J’ai eu connaissance de cette lettre étant petite, et cela m’a toujours impressionnée.
      Merci pour le commentaire ; cela fait plaisir de savoir être lue !

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    1. Oui, sa lettre est très vivante. Quand on connait en plus la maison et les lieux qu’elle évoque, c’est encore plus poignant ! Merci beaucoup pour vos commentaires.

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  1. Rien que ces quelques lignes étaient très émouvantes. Une femme courageuse et qui même sachant sa mort proche, a pris la peine d’écrire aux siens et surtout pour son fils afin de leur offrir de la consolation dans sa disparition. Très « belle personne » au sens humain.

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