C comme CLOQUET

VIE de Pierre CLOQUET, curé du Plessis-Grammoire

Lorsque je parcours les registres paroissiaux, rien ne me fait plus plaisir que d’y découvrir une note qui ne concerne pas directement un baptême, un mariage ou une sépulture mais qui évoque un événement important pour la paroisse. Certains officiants signalent ainsi les inondations, les orages, les grandes épidémies ou quelques faits historiques.

C’est le cas du curé du Plessis-Grammoire, Pierre CLOQUET.  Son registre est émaillé d’observations sur des événements, petits ou grands, ayant marqué la vie de ses paroissiens.

CLOQUET Pierre - 1663 - Curé du Plessis-Grammoire - Signature
AD49 – Signature de Pierre CLOQUET vers 1663

Sa vie

Le 3 décembre 1647 Pierre CLOQUET a environ 37 ans. Il prend possession de la cure du Plessis-Grammoire dont il était auparavant vicaire, depuis environ trois ans (des actes signés de sa main apparaissent en 1644).

CLOQUET Pierre - 1647 - Prise de possession de la cure du Plessis-grammoire
« Le troisième de décembre mil six cent quarente et sept missire Pierre CLOQUET a pris possession de la cure du Plessis. » (AD49)

Il y restera plus de trente ans et deviendra l’une des figures importantes de la paroisse . La preuve en est, qu’en 1888, en démolissant la sacristie,  on y découvrit une plaque funéraire en cuivre ornée de son portrait et accompagnée d’une épitaphe. Cette plaque a été classée « monument historique » en 1974. Elle est toujours visible dans l’Eglise Saint-Etienne du Plessis-Grammoire.

Il décède le 8 janvier 1679 âgé de 69 ans. L’année précédente, le 15 mars 1678, se sentant près de sa fin, il rédige son testament auprès de René GUESPIN, notaire royal à Angers mais résidant au Plessis-Grammoire, dans lequel il cède une partie de ses biens à la cure de la paroisse.

CLOQUET Pierre - S - 9-01-1679 - Curé du Plessis-Grammoire
Acte de sépulture de Pierre CLOQUET – 9 janvier 1679 (AD 49 – Le Plessis-Grammoire BMS 1652-1680)
« Le neufviesme jour de janvier mil six cent soisxante et dix neuf a esté inhumé dans la cour de l’église du Plessis Grammoire par moy archiprestre d’Angers et curé d’Andart, son annexe, soubssigné, le corps de messire Pierre CLOQUET vivant curé dudit lieu, lequel y est décédé agé de soixante et neuf ans ou environ, ont esté presens messire Pierre PIGEON curé de St Silvin, messire Daniel GUERIN curé de Peloile, messire Pierre PARÉ à présent curé dudit Plessis Grammoire et autres soubssignés. »

Il est également l’auteur d’un petit traité,   De septem peccatis mortalibus, que l’on trouve au milieu du registre des mariages de 1653-1659 (Le Plessis-Grammoire BMS 1544-1675, vues 493 à 496). Ce traité de sept pages est incomplet et ne comprend que le péché d’orgueil, superbia.

SES NOTES

Voici quelques unes des notes de Pierre CLOQUET, (d’autres notes feront l’objet d’un futur article – Voir H comme Hiver).

La première concerne l’histoire d’Anjou.

– 14 février 1652 – Le presbytère du Plessis-Grammoire est l’objet d’une attaque et notre pauvre curé est menacé de mort « tenu de force les armes à la gorge », tandis que l’on dévaste et pille tous les meubles autour de lui et que l’on jette les papiers et les titres détenus par le presbytère.  Il écrit :

« Le mercredy jour des cendres, quatorziesme jour de feuvrier mil six cent cinquante et deux, l’église du Plessis au Gramoyre feut pillée et tous les meubles rompus et fracassés en la présence de Messire Pierre CLOQUET, curé d’icelle église, tenu de force les armes à la gorge, par les troupes allemandes et poullonoises qui estoient venu pour assiéger Angers, et ledit jour le presbitere dudit lieu pillé, les meubles rompeuz et bruslés, les tiltres aussy jettez et bruslés. »

En effet, en 1652, le Duc de Rohan, gouverneur de l’Anjou, prend fait et cause pour le prince de Condé (surnommé le Grand Condé) en lutte contre le roi de France. Louis XIV et Mazarin envoient l’armée royale, parmi laquelle des mercenaires allemands et polonais,  assiéger Angers. Le Duc de Rohan capitule et évite le sac de la ville en signant un traité de paix.

– 25 février 1652 – La Bertière, seigneurie du Plessis-Grammoire est dévastée ainsi que les paroisses avoisinantes. (Saint Mathias était fêté le 24 février, ou le 25 février les années bissextiles. Sa fête a été déplacé au 14 mai.)

« Le jour de Saint Mathias en suivant, la Bertière feut pillez et tout mis en désordre ou la populassse de trois paroisse perdirent tous leur biens, les uns noiez et les autres viollés. Le dernier de feuvrier feut faict un accord de Monsieur CHABOT duc de Rohan avecque le maréchal d’OCQUINCOURT, général de l’armée pour le Roy et le Conte de Quinssé touchant la paiz ou il feut aresté que l’armée se retireroit ou ils ruinèrent toute la campagne, vollant toutes les églises, viollant, estropiant et tuant les pauvres gens des champs, faisant mille indignitez aux prestres. Je croy que c’est un fléaux de Dieu pour nos méchancetés, Dieu nous punist quand il luy plaist. »

Bertière (la) - Seigneurie du Plessis-grammoire
La seigneurie de la Berthière qui dépendait du roi par le château d’Angers (Dessin d’André Sarazin).

Voici les articles du traité signé le 28 février 1652 par le Duc de Rohan et le maréchal d’Hocquincourt (Revue de l’Anjou, GoogleBooks, pp. 520-521) :

1° Le duc de Rohan remettra demain, premier jour de mars, la ville et château d’Angers entre les mains du maréchal d’Hocquincourt, avec toutes les munitions, fors cinq pièces de canon qu’il sera permis au marquis de la barre de faire emmener en sa maison.

2° M. le marquis d’Hocquincourt pourra faire entrer quelques compagnes des gardes, tant dans la ville qu’au château, à la charge qu’elles ne feront aucun désordre.

3° Les prisonniers seront rendus de part et d’autre.

4° Il ne sera rien changé dans la police et gouvernement de la ville et il n’y sera levé aucune taxe ou imposition extraordinaire.

5° Amnistie aux maires, échevins, bourgeois et soldats du parti de M. de Rohan, à la charge qu’ils reconceront à toutes ligues, associations et intelligences contre le service du roi.

6° M. de Rohan se retirera où bon lui semblera, fors au château du Pont-de-Cé.

7°Les amis de M. de Rohan, qui l’ont servi durant cette guerre, pourront se retirer chez eux en toute liberté.

8° Mme de Rohan pourra demeurer huit ou dix jours en la ville, sans déloger du Logis-Barrrault, pour donner ordre à ses affaires domestiques.

9° M. de Rohan promet de ne rechercher aucun secours.

D’autres notes concernent l’histoire de France, dont celle-ci :

Le 25 août 1660 – C’est l’entrée triomphante du Roi Louis XIV à Paris avec son épouse, Marie-Thérèse,  qu’il présente pour la première fois aux parisiens, le 25 août 1660 (il s’agit en réalité du 26 août).

Plessis-Grammoire-1660 août - Feste Saint Louys

« Feste Saint Louys – Le vingt cinquiesme du mois d’Aust 1660 le Roy Louys Xiiii du nom fist son entrée avecques Marie Térèse infante d’Espagne,  son espouse, dans la ville de Paris ou il y eut grande magnificence, assistée de tous les princes et noblesse de France. »

Un grand nombre de notes sont plus locales et concernent la vie paroissiale ou les phénomènes météorologiques locaux : elles feront l’objet d’un autre article à la lettre… Je vous laisse deviner…

Sources, Notes et liens

Célestin Port, Dictionnaire de L’Anjou, Edition Originale (Petites erreurs sur la date de prise de possession de la cure, sa date de décès et son âge).

Célestin Port, Dictionnaire de l’Anjou, Edition Révisée..

Base Palissy – Plaque funéraire de Pierre CLOQUET.

Site de la commune du Plessis-Grammoire – Plaque funéraire de Pierre CLOQUET.

Revue de l’Anjou et de Maine et Loire publiée sous les auspices du Conseil général du département et du Conseil municipal d’Angers, par MM. P. MARCHEGAY, A. LEMARCHAND et L. COSNIER, Première Partie, Tome Deuxième, Angers, Librairie de Cosnier et Lachèse, 1853. (Googlebooks)

L’Anjou Historique, (n°238, Juillet 1950 – Décembre 1952) , revue dirigée par le Chanoine Uzureau, contient un extrait des Mémoires de l’Abbé Jousselin, curé de Sainte-Croix, intitulé « Le siège d’Angers – 1652« , pp. 121-132.

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17 réflexions sur “C comme CLOQUET

  1. J’aime aussi ces mentions qui nous font toucher du doigt la vie quotidienne de nos ancêtres. Les curés du Plessis (et son ancienne paroisse associée Foudon) sont particulièrement prolixes en la matière (j’en ai retrouvé jusqu’au XVIIème).
    Et merci pour la mention de René Guespin, fils et frère de mes ancêtres (René père, aussi notaire et sergent royal; sa fille Marguerite de qui je descends…).

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    1. Je viens de lire en effet votre article sur Foudon au XVIIè siècle… Il rejoint un article que je publierai bientôt…
      Il y a des GUESPIN également dans mon arbre, mais pas ceux-là, du moins pour l’instant. C’est un nom qui m’intéresse et je pense m’y pencher bientôt… après le challenge !

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  2. Au Plessis-Grammoire:Un baptême qui a du rester dans la mémoire familiale…
    Procès verbal d’enquête,pour inscrire sur les registres au 16 2 1652,le nom omis de Pierre Carré.
    Les dépositions des témoins,rapportent que « lors dudit baptême,le siège d’Angers avoit été formé et que lorsqu’on estoit à faire les cérémonies du baptême,arriva grande quantité de soldats,qui leur causèrent grande frayeur et pour cela s’enfuirent tous,sans faire enregistrer le baptême »(vues 932-933.)(Sources Supplément Série E.)
    Pierre était fils du couple Urbain Carré X Françoise Lesné (ancêtres à la 12 Gén.).

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