Notre Dame l'Angevine

A comme Angevine

Pour inaugurer ce challenge AZ,  je vais vous présenter l’une de mes très, très vieilles ancêtres[1] qui est née vers 1590, sans doute à Cherré, et qui porte, c’est ce qui m’intéresse chez elle, un très joli prénom : Angevine.

Sa vie

Angevine GILLIER,  son nom est relativement rare lui aussi, s’est mariée le 17 octobre 1611 à Tiercé avec Noël CHASSERIE. Elle aura deux enfants, une fille et un garçon, mais seul le garçon, prénommé Noël comme son père et son grand-père, lui survivra, et elle sera inhumée le 20 septembre 1638 à Tiercé.

Angevine GILLIER - détail (mariage)

Les registres de Cherré ne commencent qu’en 1590. Je n’y ai pas trouvé le baptême d’Angevine, mais (par des cheminements qui seraient trop longs à développer ici) j’y ai trouvé la trace de celui qui fut très certainement son père, Olivier GILLIER. Ce dernier m’a conduit vers la paroisse de Miré où ont vécu et se sont mariés plusieurs GILLIER sans doute parents de mon Angevine GILLIER.

Le prénom Angevine

On pourrait penser que ce prénom est fréquent en Anjou et aux alentours d’Angers, il n’en est rien. Pour ma part, jusqu’à maintenant, Angevine GILLIER était la seule Angevine que j’avais rencontrée.

Dans le Dictionnaire des noms de baptême, de G. BELEZE, Paris, 1863 (numérisé sur Gallica), on trouve, Ange, Angéline, mais pas d’Angevine.

Je suis alors allée sur Geneanet pour y chercher ce prénom (il suffit de ne remplir que la case « prénom » et ça marche !) et j’ai trouvé la mention de deux autres Angevine :

Angevine LEBLOND - détail

Angevine LEBLOND baptisée le 6 septembre 1684 à Caunay (79), fille de Gabriel LEBLOND et Catherine HUET. (voir arbre de Maud LEBLOND).

– Angevine LE BOUCHER mariée à Damian de TAUTON (voir arbre de la Famille Ruault) originaire de Vernantes.

En fouillant les registres de Vernantes, je suis tombée alors sur le baptême d’une autre Angevine :

Angevine BAPTEREAU - détail

– Angevine BAPTEREAU baptisée le 9 septembre 1586 à Vernantes. (AD 49 en ligne – Vernantes 1583-1637 – Vue 254/285)

« Le neufviesme jour de septembre mil cinq cent quatre vingt et six a esté baptizée Angevine fille de Jehan BAPTEREAU et de Jehanne sa femme, parain Jehan POTIER, marainnes Jehanne femme de Jehan AUDUBERT et Jehanne fille de feulx Jehan CHALON. »

Au cours de mes recherches à Miré, j’ai aussi trouvé une Angevine. Malheureusement les registres ne remontent pas assez loin pour trouver son baptême.

Elle est mentionnée dans le mariage de René DROUET, fils de deffunct Estienne DROUET et de Françoise GUIARD,  avec Renée LANGLAIS, fille de René LANGLAIS et de Angevine DE LAUNE paroissiens de ceans qui a eu lieu le 27 mai 1623 à Miré. (Voir AD 49 en ligne – Miré 1605-1785- vue 92/248)

Origines du prénom Angevine

Ce prénom n’est donc pas un cas isolé. Il a bel et bien existé de manière relativement fréquente jusqu’au début du 17è siècle, puis s’est raréfié et a presque disparu.

J’ai découvert alors qu’en France, la fête la Nativité de la sainte Vierge avait longtemps porté le titre de Notre-Dame Angevine, rappelant que la Vierge Marie, était apparue, en 430, près de Saint-Florent, au saint évêque Maurille d’Angers pour lui demander l’institution de la fête de sa Nativité . En Anjou, la Nativité de la Sainte Vierge est donc appelée pendant longtemps Notre Dame l’Angevine et elle est fêtée le 8 septembre ainsi que nous le montre cette image.Notre Dame l'Angevine

Notre Dame de Marillais est l’église de Saint-Florent-Le-Vieil. Elle est le lieu, encore aujourd’hui, de très nombreux pélerinages.

Comme par hasard, nos deux baptêmes d’Angevine ont lieu respectivement le 9 et le 6 de septembre. J’en viens à supposer que mon Angevine GILLIER fut très certainement baptisée en septembre et peut-être le huit !

Notre Dame Angevine

Pour terminer avec Angevine, voici les textes que j’ai pu trouver qui mentionnent l’histoire, l’origine ou même l’étymologie de Notre Dame Angevine.

Jehan de BOURDIGNÉ, chroniqueur du XVIè siècle, qui, selon Célestin Port, « raconte et discute avec le sérieux d’un Allemand de nos jours les billevesées de son imagination que rien n’arrête, comme s’il lisait à pleine page dans quelque recueil inconnu du passé. »,  mort à Angers le 15 avril 1547.

«  Duquel monseigneur saint Maurille, évesque d’Angiers, puis que sommes venuz à en parler ; je ne vueil obmettre qu’il estoit de si grant saincteté de vie, que le Sainct Esperit fut veu descendre sur luy en forme d’une coulombe blanche. Et à luy fut (ainsi que plusieurs veullent dire), divinement révélé la feste de la nativité de Nostre Dame devoir estre en septembre VIIIè jour délébrée ; parquoy ladicte feste de la Nativité print son nom de l’Angevine, combien que aucuns y alléguent d’autres raisons. »

BOURDIGNÉ Jehan de - Chroniques d'Anjou et du Maine - réédité par Quatrebarbe - 1842

(Chroniques d’Anjou et du Maine, par Jehan de Bourdigné, réédité  par Quatrebarbes, Books-Google, p.48)

Jehan HIRET, l’un des plus anciens historiens de l’Anjou,  évoque le fait que la Nativité de la Vierge Marie s’appelle en Anjou Angevine. Il allègue pour raison que cette fête a tout d’abord été fêtée en Anjou avant de se généraliser sur le territoire français. Selon lui, c’est également Saint Maurille, évêque d’Angers, qui aurait eu la révélation que cette fête ait lieu le 8 septembre.  Il est né à Chazé-sur-Argos le 8 avril 1562. Docteur en théologie, il fut curé de Challain du 12 mars 1608 et jusqu’en 1734, date à laquelle on perd sa trace. (Célestin Port)

Voici ce qu’il écrit en 1609 :

« On tient que ce Saint Evesque [Saint Maurille] eut en révélation que l’on eust à faire feste de la Nativité de la vierge Marie le 8 jour de septembre. Les Angevins appellent ceste feste l’Angevinne et pource est-il semblable qu’elle a esté premièrement gardée en Anjou. »

HIRET Jean - Des Antiquités d'Anjou - 1609

Des Antiquités d’Anjou, Books-Google, Livre premier, p. 33.

Joseph GRANDET, né à Angers en 1646, curé de Sainte-Croix d’Angers, puis directeur du Séminaire de cette ville, mort en 1724, débute son Traité historique de toutes les églises d’Anjou dédiées à la sainte Vierge par une étude sur l’origine du nom Notre Dame Angevine. Traité que l’on trouve également sous le titre : NOTRE-DAME ANGEVINE ou Traité  Historique, Chronologique et Moral de l’origine et de l’antiquité de la cathédrale d’Angers, des abbayes, prieurés, églises collégiales et paroissialles, monastères et chapelles baties et dédiées en Anjou en l’honneur de Dieu sous l’invocation de la très-sainte Vierge Marie Mère de Dieu.

Je cite ;

« Le sçavant René CHOPIN, avocat au Parlement, illustre Angevin donne deux étymologies à ce nom Notre Dame Angevine. La première est qu’ordinairement en Anjou, et de tous tems, on a mis le terme de la nativité de la Sainte Vierge pour payer les cens et rentes dus par les vassaux à leurs seigneurs. La seconde est une tradition très ancienne que la feste de la Nativité de la Sainte Vierge a été appelée en Anjou Notre Dame Angevine, parce que, sous le règne de Clodion le Chevelu, roy de France, et du tems d’hengiste, Saxon, premier consul ou comte d’Anjou, Saint Maurille, quatrième évêque, d’Angers fut inspiré de Dieu de faire solenniser publiquement en son diocèse la feste de la Nativité de Notre dame, le 8 de septembre, et que, depuis ce tems là, on a toujours appelé cette feste Notre Dame Angevine, parce qu’elle avoit commencé à être célébrée la première fois en Anjou. »

GRANDET Joseph - Notre Dame l'Angevine

GRANDET Joseph – Notre Dame Angevine ou Traité… – Numérisé par Gallica. (voir chap. Premier, p. 7 et suiv.)

Gilles MENAGE, né à Angers le 15 août 1613 et mort à Paris le 23 juillet 1692, grammairien, historien et écrivain, auteur du célèbre Dictionnaire Etymologique de la langue françoise,  allègue, à l’entrée ANGEVINE, que tous se trompent et que cette fête ne tient pas son nom de Saint Maurille, pour preuve que la fête de la Nativité de la Sainte Vierge n’existait pas encore du temps de Charlemagne (soit 400 ans après Saint Maurille). (Numérisé par Googlebooks ou Gallica, page 63)

Sans entrer dans des discussions théologiques assez ardues sur la date de l’apparition de la fête de la nativité, assez tardive effectivement semble-t-il, cette petite reconstitution bibliographique m’a surtout permis de découvrir de jolies anecdotes, curieuses et amusantes ( certes, très certainement, « inventées » par l’Eglise pour remplacer une vieille fête païenne d’origine sans doute celtique ; le huit septembre, c’est en effet la fin des moissons, l’approche de l’automne, le temps des vendanges…),  qui font partie néanmoins de notre histoire angevine. Elle m’a menée aussi à lire, avec admiration, de vieux historiens angevins.

Et surtout, si vous rencontrez une Angevine, pensez à moi !


Notes

[1] Génération 14 – Sosa 15829

[2] Je n’ai pas trouvé dans les textes numérisés par Gallica ou Google Books, le passage évoqué par Joseph GRANDET au sujet de René CHOPPIN.

[3] Une foire  appellée assemblée de l’Angevine se tenait le 8 septembre à Puy-Notre-Dame. (C. Port)

12 réflexions sur “A comme Angevine

  1. Merci, c’est très encourageant d’avoir des commentaires et d’être lu. Pour la suite, il faudra attendre un peu, après-demain, je change de sujet…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s